Je commence à avoir suffisamment de bouteille dans le métier de magicien (11 ans) et dans la vie (40 ans) pour savoir qu’il y a des conseils qu’il ne faut pas écouter.

En voici un florilège :

“Un numéro copié sera toujours moins bon que l’original”

Je l’ai longtemps cru mais parfois je voyais des copistes dépasser de loin la prestation du créateur et au lieu de jeter ces exceptions dérangeantes aux oubliettes, je me suis demandé pourquoi. Il s’avère que la copie est l’apanage de nombreux magiciens sans talent qui se bornent à mimer un numéro qu’ils ont apprécié. Ca ne marche pas dans la plupart des cas car ils copient sans comprendre.

Dans mes conférences, je commence toujours par dire que tout ce que je fais est du domaine public (c’est vrai aussi pour mes logiciels informatiques où je suis l’un des rares à céder le source de mes applications depuis dix ans).

Je dis aussi que la clé du succès est de savoir pourquoi un numéro marche ou fait rire.

A titre d’exemple, je décortique ma routine de cigarette à la veste ou les anti-boulettes de Slydini qui fait découvrir toute une architecture théorique bâtie sur une logique rigoureuse. L’évolution des descriptions de routines magiques ne peut aller que dans ce sens.

Je me suis toujours révolté contre les livres qui ne dévoilaient que les techniques requises avec la conclusion classique ‘vous adapterez la présentation selon votre style’ alors que la présentation, c’est 90% du numéro et que le lecteur est tout bonnement incapable de CONSTRUIRE une présentation. De l’arnaque pure et simple. La vidéo a déjà changé les choses en donnant le rythme d’exécution et le boniment.

“On apprend mieux avec les livres qu’avec les vidéos” est aussi une idée fausse.

Nombreux sont les jeunes qui ont appris en un an ce qui nous avons mis dix ans à acquérir via les livres. Depuis, j’ai vu que les livres de magie donnaient souvent le boniment qui accompagne les tours. La seule chose qui fait encore défaut est d’expliquer POURQUOI telle présentation fonctionne sur le public. Sans cela, vous serez incapable d’effectuer les ajustements mineurs à votre jeu selon le type de salle, l’humeur du public, sa composition, etc.

A mes débuts, quand je faisais le clown dans un festival de cirque, j’arrivais à faire rire la première fois mais jamais les fois suivantes. Un ami jongleur de réputation internationale m’a alors dit : “Dans ce même festival, Peter SHUB faisait rire à chaque fois le même public, mais lui, il savait POURQUOI il faisait rire. Toi non…”.

Une grande leçon que je comprends aujourd’hui.

Note : Peter SHUB a commencé dans la rue à Beaubourg dans les années 80, j’allais le voir souvent béat d’admiration. Aujourd’hui c’est une star en Allemagne alors qu’il a copié tout son répertoire sur les uns et les autres. Et pourtant c’est un grand bonhomme.

Je n’ai vu que peu de conférenciers aborder ces ‘détails’ : James HODGES qui explique que les pieds chromés des guéridons ou les boules en strass sont une ineptie, Juan TAMARIZ avec sa gestuelle psychologique et surtout Jacques DELORS, penseur trop méconnu de la philosophie de la magie, qui explique pourquoi le symbole (ex : les colombes blanches de Chaning POLLOCK) était plus important que tout pour apporter de l’émotion à un numéro.

Aujourd’hui quel magicien a conscience en présentant son numéro de boules excelsior que c’est d’abord la forme et la couleur des boules qui est le plus important ?

Pratiquement aucun en réalité. Qu’ils essaient donc de présenter leur routine avec des cubes de toutes les couleurs par exemple et l’impact sera au moins réduit de moitié ! Vous riez mais j’ai vu, sous prétexte d’originalité, une mise en scène sur le thème du casino avec des boules de billards.

De nombreux numéros comme le sel de Fred KAPS, les coupes inépuisables, etc. fonctionnent uniquement sur de tels principes sous-jacents. Sans réelle difficulté technique, on les voit rarement présentés car les copistes n’ont pas rencontré le succès attendu même avec des kilos de sel !

Quand on saisit ‘la philosophie de la chose’, on peut copier avec succès, par exemple Jeff Mc Bride avec les coupes d’eau. Pour ma part, j’avais vu lors d’un congrès suisse à Morges il y a une dizaine d’années, un malheureux candidat en magie générale rater involontairement la fumée dans le verre et les plumets multicolores. La salle était pliée en quatre.

En reprenant ces ingrédients, j’ai obtenu le second prix de magie comique au congrès du Puy (avec bien sûr inscription en magie générale, un faux nom (Tafapie) et moumoute à l’appui pour ne pas être reconnu).

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Né le 1 mai 1960 Elevé en Bretagne, bon élève condamné par ses parents à faire l'Ecole Centrale de Paris d'où il sortira en 1985 avec le premier prix d'Informatique. Trésorier du Groupe de Paris de 90 à 93 Trésorier adjoint de l'AFAP de 91 à 93 Fondateur de la revue magique Sycophante 95-96 avec Michel FONTAINE Président du CFI depuis mars 2000 Primé une dizaine de fois dans les congrès sous divers pseudonymes. Professionnel depuis 1989 quoique pratiquant la magie en dilettante. Ses maîtres : Michaël VADINI, Stanislas, Peter SHUB, Alan TURING, Evariste GALOIS, Yvonne-aimée de Malestroit. Sa passion : la programmation des bases de données sur macintosh plusieurs heures par jour. Principal défaut : n'a jamais pu s'empêcher de dire tout haut ce qu'il pense tout bas.