Le samedi, c’est le grand jour.

La matinée est consacrée majoritairement au concours  national du meilleur « children entertainer » Cela se passe dans un vrai beau théâtre kitch, avec de vrais enfants et de vrais pros. Je n’ai malheureusement pas pu tenir longtemps. La salle était bondée.

J’ai donc opté pour la conférence de Jay Sankey.

Nous étions plus de  600 dans la salle !

Mes impressions : Ce Monsieur nous a fait un très grand One man show parfaitement millimétré. Un Rire toutes les 15 secondes. Je connais ce tempo, c’est celui de tous les  Stand up ! Donc la magie est secondaire. Chaque phrase commence par « Dans mon DVD vous verrez … » et pour bien faire rentrer la leçon, pour l’occasion, un petit pack est proposé à la vente !

Ce jour là, Sankey, Wilson, Ricky Mac Leod, Henry Evans et Dirk Losander vont faire des records de vente.

A noter une très belle routine d’Henri Evans qui fait apparaître des pièces géantes entre deux cartes ! Magnifique et magique, sauf que ce sont des pièces « chinoises » ; franchement c’est désuet et cela ne veut rien dire à personne sauf à certains magiciens !

L’après midi marque le lancement du gala de close up.

Là encore l’organisation fait très bien les choses.

Le gala est en libre accès. 8 tables  sont réparties dans un immense corridor en forme de fer à cheval.

Devant chaque table 50 chaises.  Le spectateur est donc  à moins de 5 mètres du tapis.

La subtilité c’est que ce sont les magiciens qui changent de table après leur numéro. Ainsi, pas de problème de caméra et, surtout, le close up reprend toute sa signification.

Petite cerise sur le gâteau vous pouvez donc, au choix, attendre que les magiciens défilent à votre table, ou bien suivre un magicien de table en table pour voir plusieurs fois son numéro, ou bien zapper un magicien qui vous gonfle un peu.

Bref, une liberté totale !

Aldo Colombani, David Roth, Simon Lowell Randy Wakeman, David Shimshi, Dan Garett, Aaron Fisher, Nathan Kraken feront le premier tour de table.

Les conférences s’enchaînent en parallèle pendant toute l’après midi.

Dirk Losander finit par me convaincre et je me décide donc à acheter son « pack » conférence.  Je le regrette et ne ferai aucun commentaire. Je risque d’être méchant.

A 17 heures, malgré un programme alléchant, je préfère quitter le palais pour aller dormir un peu (car la nuit fut agitée) et me préparer à affronter  le « BRITISH MAGIC STAGE CHAMPIONSHIP »

Et, franchement, j’ai bien fait de me préparer à cet événement, car cela  ressemble à quelque chose.

Tout d’abord, c’est un spectacle ! Cela signifie qu’un orchestre joue en live pour nous faire patienter. (C’est une obligation légale en Grande Bretagne) Là, enfin, nous réalisons que nous sommes effectivement 3 500. La salle est immense.

Disposée à l’ancienne, elle compte deux balcons. Le poulailler est immense et très raide. Le lendemain, il coûtera d’ailleurs quelques « flashages » à certains de nos magiciens.

Mais on en reparlera !

Le concours est donc un VRAI spectacle.

A commencer par le fait qu’il est répété et surtout éclairé comme un véritable show.

15 candidats vont se mesurer devant nous. Des numéros professionnels viendront de temps à autre, rythmer l’ensemble. Et quand je dis que c’est vrai spectacle, je n’exagère pas.
Il débuta à 19 heures et se termina à plus de 1 heure du matin. Deux entractes seront à peine suffisants pour nous permettre de tenir le choc.

Le présentateur, Tony Stevens, est dans la parfaite lignée de la tradition du  » stand up » des pays anglo-saxons.

Il envoie vanne sur vanne (sur le programme, son n° de téléphone est indiqué, au cas où l’on aurait un bon truc à lui raconter pour qu’il l’ajoute à ses vannes du soir).

Tout y passe, de la blague de marchand de magie à des histoires un peu plus connues, il fait feu de tout bois. Nous retrouvons le rythme du stand up (un rire toutes les 15 secondes). La salle est chauffée, et très réceptive, place au spectacle.

Les juges (Derek Lever, Terry Seabrooke, Hans Moorehouse et Domenico Dante sont prêts à nous faire vivre un grand moment :

L’entrée officielle de la télé réalité dans le monde des concours de magie.

C’est la grande surprise !

Les juges vont commenter le numéro dès que le rideau sera tombé. Le magicien sera face à eux. Bref, cela a un furieux goût de Star Ac, Popstar et autre spectacle télévisé du cru.

Pour être franc, je m’attendais à du consensuel un peu anesthésié par le flegme et la diplomatie très codifiée de l’Angleterre, et bien PAS DU TOUT !

Dès que le premier numéro eut terminé son déballage de cartes, les juges s’y collent. C’est un magicien junior, il revient sur scène, le micro passe entre les mains des juges. « Votre technique est très bonne, mais je n’aime pas votre univers, votre musique est positivement hors sujet etc…

Les remarques étaient très souvent justes. Tel juge explique qu’il en a un peu ras le bol de voir des dizaines de numéros qui consistent à déballer des centaines de cartes et à pourrir toute la scène.

Tel autre fait l’apologie d’un jeune concurrent, car il connaît bien son professeur (sic !) etc…

Comme dans tous les jurys de ce type, il y a le bon, la brute et le méchant !

Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’en plein concours, l’un des vieux juges (car cela manquait un peu de sang neuf !!! Dire le contraire serait très partisan !!) dit en s’adressant à l’un des concurrents en queue de pie :

«  Jeune homme vous avez un beau visage et une excellente technique ; par contre, il faut absolument que vous perdiez du poids, vous êtes trop gros, une quinzaine de kilos, ce serait bien »

Les 3 500 magiciens de la salle partirent dans un concert de sifflements. Le magicien est resté rouge et sans voix.

Le jeune garçon avait certainement un effort à faire dans ce sens, et gagnerait certes en élégance et en classe !

Mais je pense sincèrement que ce genre de remarque ne peut pas se faire avec un micro, devant 3 500 personnes ! En résumé, ce type m’écœure.

D’ailleurs, personnellement, je pense que j’aurais répondu :

« J’en suis bien conscient Monsieur le juge, je fais tout pour convaincre mon cancérologue d’arrêter mon traitement à la cortisone et surtout ma chimio !! (et, là, je rajoute un « connard » mentalement, mais très fort!!) »

Peu à peu la salle prit l’habitude de ponctuer les remarques des juges par des applaudissements ou des sifflets. Petit à petit, elle s’est donc positionnée dans le débat, tout naturellement.

Le spectacle est globalement assez peu intéressant.

La créativité est quasi nulle, et j’avoue avoir été un peu déçu par le manque d’imagination des concurrents. Tous les numéros ont été scrupuleusement choisis sur vidéo.
Les grandes illusions sont donc de vraies grandes illusions (lévitations et autres caisses !!), on sent que chaque candidat a réuni les moyens de ses ambitions. Pas de bricolage, que du gros matos. Mais BOF !

Pour ce qui est des catégories manipulation, c’est même  » Retour Vers le Futur  » .

Stupeur en voyant un garçon de 17 ans arriver en jaquette noire, sur une musique visiblement pompée sur un vieux numéro de Norm Nielsen. Pendant 15 minutes, dans une technique incroyablement maîtrisée il nous a présenté toutes les manips de Kaps puis a enchaîné sur les pièces de Nielsen avec la cascade musicale !

J’avais l’impression de visionner une vidéo du maître…
Franchement, je souhaite à ce type de mettre un jour les doigts dans une prise électrique ! Mais avec leur 110 V je ne sais pas si cela sera suffisant pour lui  » ouvrir un peu l’esprit » (et je reste poli !)

Durant cet interminable Gala, trois invités pros viennent présenter leur numéro.

Le premier fut tout simplement EXTRAORDINAIRE et je vous jure que je retiens tous mes superlatifs !

Je parle de Stan ALLEN !

Il tient la salle avec une marionnette mesurant à peine 30 centimètres et sans faire de ventriloquie.
C’est hilarant, attachant, drôle, loufoque, et surtout totalement, mais alors totalement Extraordinaire. Je crois même que c’est extraordinaire. Si si on peut le dire !
La leçon est grande (pour moi) !

Cher Monsieur, si vous me lisez un jour, sachez que JAMAIS je ne pourrai oublier ce que vous m’avez fait vivre ce soir là (si quelqu’ un sort cette phrase de son contexte, je lui mets ma main dans la g… !)

Die Zauderer furent ensuite tout aussi excellents et drôles qu’à la FISM (les trois chevaliers en armures).

Et finalement, SOS Victoria nous présentent un numéro avec une canne dansante « géante » qui tourne à plus de 2 mètres d’eux.

Personnellement, je n’ai pas du tout accroché ! Je leur reproche des « ficelles «  un peu grosses (ce n’est presque pas un jeu de mot !) puisqu’ils se placent dans le noir presque total, et que l’amplitude de leurs gestes est sans doute, à mon sens, le meilleur moyen d’expliquer aux Moldus comment fonctionne la canne dansante !

Voilà, à une heure du matin, je décide de me changer les idées. Pas question d’aller au Ruskins.

J’ai fait le plein de cartes, de magie et de Kitch pour un moment. Je regarde Romaric, Jean-Luc Bertrand et Bébel partir sous la pluie pour une nuit de magie dans leur bar, moi c’est la magie de la nuit qui m’attire ! Je m’enfonce dans les rues alcoolisées et « libérées » de Blackpool.

Abonne-toi !

Chaque semaine, je partage tous les bons plans et actualités sur l'univers de la magie et du mentalisme.
Rejoins les 16 761 magiciens déjà abonnés.