Jean-Philippe LOUPI
en 7 dates

1965 : Apparition le 9 janvier

1979 : Première scène à Paris

1986 : Intégration au club AFAP de Grenoble

1989 : 1er Prix AFAP Close-Up

1994 : Grand Prix Magic Hands

1994 : 3ème Prix FISM  » Comedy Magic  » à Yokohama

1999 : Interview pour Virtual Magie

Jean-Philippe LOUPI, à quel âge as-tu commencé la magie ? Quel a été le déclencheur ? Quels ont été tes maîtres ?

Jean-Philippe LOUPI : Je fais parti de la  » Génération Gérard MAJAX« . Mes débuts sont d’une grande banalité. J’ai reçu une boite à 7 ans (Magie 2000 de KASSAGI). Cela a été le coup de foudre. Contrairement à d’autres enfants de cet âge, j’étais patient et minutieux. Très scolairement, j’ai réalisé tous les tours de cette boîte. J’ai d’ailleurs toujours le petit fascicule qui l’accompagnait. Je l’ai relu, il était vraiment complet.

Vers 10 ans, devant mon engouement pour la magie, j’ai reçu le livre Cours Magica de Robert VENO. J’ai adoré. Même si les effets étaient d’une autre époque, j’ai travaillé chacun des tours décrits.

Ma motivation principale de progresser était le petit spectacle familial de fin d’année ou chaque enfant de ma famille présentait son travail. Entre le violon grinçant ou le poème récité, mon spectacle était souvent attendu. C’est tout bête, mais je crois que c’est cela qui m’a motivé à continuer à travailler de plus en plus.

Ensuite j’ai continué pour crâner auprès des copines. C’était une bien meilleure motivation ! J’ai fait mes premiers spectacles à 14 ans au théâtre St Jean de dieu à Paris. Je faisais 20 minutes. C’était génial.

Je suivais alors toutes les émissions magiques de Gérard Majax et de son équipe. Je n’en ratais aucune. J’adorais les génériques de présentation, composés d’effets de quelques secondes.

Je me souviens aussi des machines de Gaëtan BLOOM et des prouesses graphiques de James Hodges. C’est vraiment une époque importante pour moi. Ces excellentes émissions en ont certainement motivé plus d’un.

J’ai un parcours un peu solitaire en fait. Je n’ai pas eu de maître, ni suivi de cours. J’ai habité Paris les vingt premières années de ma vie. Mais je n’ai jamais intégré un club ou une réunion durant cette période.

Arrivé à Grenoble, j’ai pris contact avec le Club AFAP. Toutes mes bases étaient déjà acquises et la suite s’est déroulée très vite. Tu vois, rien de très original dans tout ça.

T’es-tu tout suite concentré sur les cartes ou as-tu travaillé les bases comme les cordes, le gobelets, les pièces ou encore les anneaux chinois ?

3e VM Day

Jean-Philippe LOUPI : Le livre de Veno aborde tous les effets principaux de la magie de salon. J’ai donc travaillé un panel de tours très large. Je touchais à tous, sans préférence particulière. Sur Grenoble, j’ai plus particulièrement travaillé le Close-Up. J’y ai fait de bonnes choses je pense. Ce qui m’importait, c’était de tout essayer.

Ce dont je me souviens, c’est d’avoir beaucoup travaillé. Mais attention, quand je parle de travailler, cela veut dire que j’ai vraiment passé beaucoup de temps sur les effets et les accessoires, jusqu’à trouver plusieurs présentations et choisir celle qui me convenait le mieux.

Plus tard, je me suis axé sur la magie de Close-Up. Plus facile, moins lourde, moins chère.

Envisages-tu un jour de gagner seulement ta vie en temps que professionnel de la magie ?

J’ai failli passer le cap de vivre de la magie il y a cinq ans, juste après Yokohama. En discutant avec mes amis professionnels, je me suis rendu compte que cela impliquait trop d’incertitudes et beaucoup de galères. J’aime faire des projets à long terme et avoir une sécurité financière dans ma vie de couple et maintenant de père de famille. Cela n’aurait pas fonctionné longtemps. Je voulais des enfants, ma femme aussi, alors on a choisi.

J’aurai été célibataire à cette période, je pense que j’aurai fait le saut. Je serais parti à l’étranger, peut-être USA ou JAPON et joué à fond sur l’image du Français à l’étranger. (Art de vivre, Séduction, Galanterie.). Je me souviens de mes passages au Magic Castle où à l’annonce de mon pays d’origine, les jeunes femmes criaient dans la salle. Elles sont folles ces américaines quand elles ont un peu bu. Le Japon a aussi une bonne image de la France, mais moins des français.

Conférence de mentalisme

Je pense qu’en jouant sur cette image et avec une magie basée sur la séduction, j’aurai pu faire quelque chose à l’étranger.

Plus jeune, je voulais aussi intégrer une troupe de visuels. Mais je crois que la vie d’artiste est réalisable uniquement en tant que célibataire.

Aujourd’hui je ne regrette pas ce choix. J’essaye de travailler comme un professionnel, avec le même perfectionnisme et les même méthodes, mais sans jamais travailler sur leur marché. La vie d’artiste, ce sera pour ma prochaine vie..

Jean-Philippe LOUPI
JPh Loupi – Composition Mademoiselle Maldera – Photo Gwenael Knichel

Est-ce que tu travailles quotidiennement tes techniques, tes tours ?

J’ai toujours un stylo, une pièce ou un élastique dans les mains. Toujours. Je suis en situation presque tout le temps. J’ai surtout un carnet de notes qui ne me quitte jamais. Mon travail est principalement imaginatif. C’est le quatrième carnet que je remplis d’idées, de dessins, de montages, de croquis. Je puise dedans les effets dont j’ai besoin.

Par exemple, pour la création du spectacle d’ouverture de la dernière Colombe d’Or, j’ai repris des anciennes idées pour les monter et les travailler avec mes acolytes Jo Makinton et Bernard Galmiche.

Le numéro de l’arbre était écrit depuis quelques mois. Les gobelets depuis plusieurs années. La lune avait été testée pour la FISM 94 du Japon mais sans succès faute de temps.

Sinon, la réponse exacte à ta question est clairement non. Je ne travaille pas techniquement tous les jours. Je l’ai fait. Plus maintenant.

Le jour où tu te rends compte qu’un bon déclenchement de rire sur ton public permet de faire passer le pire des empalmages, tu travailles moins de nouvelles techniques, mais beaucoup plus ta personnalité et ta présentation.

En revanche, je travaille en permanence à rechercher de nouvelles idées, de nouvelles présentations, de nouveaux effets. Dès qu’une idée me traverse l’esprit, elle est notée et reprise plus tard pour la réalisation, s’il y en a.

Es-tu quelqu’un qui planifie ton travail (recherches, techniques, dialogues, routines) ?

Pour les mises en scène, j’essaye de me fixer une date de fin et je planifie mon travail en fonction. Mais si la date est importante (Concours, Contrat particulier), alors je rentre dans une vraie planification de projet.

Sans aller jusqu’à créer un diagramme PERT, j’organise les tâches avec toutes les ressources associées. Comme dans toutes mes démarches, je travaille de façon très organisée et très sérieuse.

Pour les nouveaux effets, je les travaille seul, puis, je les présente à des groupes de copains. Je les retravaille et je les présente enfin en public. C’est une démarche longue, mais qui me garantie une qualité de résultat.

Est-ce que tu penses d’abord a un effet puis utilises (ou inventes) les manipulations te permettant d’arriver à l’effet désire ou au contraire trouves-tu une manipulation et vois ce que tu peux en faire ?

Les trois ! (Je rajoute aussi les images ou les flashs qui te viennent spontanément où la méthodologie et l’effet sont associés).

La créativité est complètement intuitive et impulsive. Il n’y a pas une méthode mais des méthodes.

C’est la partie qui m’intéresse le plus dans l’art magique.

Il faut dire que j’en ai marre de voir sur scène des casseroles aux colombes et les foulards du 20éme siècle. Il est intéressant de consulter un catalogue de magie des années 40. Les accessoires d’aujourd’hui ont très peu évolué finalement. On peut même voir sur des catalogues actuels des dessins des années 50 pour vendre les même produits que cette époque. C’est vrai que la quêteuse est un objet nouveau et inconnu pour les enfants d’aujourd’hui, mais cela reste une quêteuse avec les petits froufrous et le velours rouge.

Ce n’est pas ça la magie. Ce n’est plus ça.

Alors il y a urgence à repenser la magie, à lui trouver une nouvelle évolution, à scénariser et à motiver chacun des gestes et des effets que présente le magicien, à proposer au public ce que nous, magiciens, aurions envie de voir en tant que spectateur et non pas ce que nous aimons présenter, etc.

Et des idées, il y en a plein. Il suffit d’avoir envie d’en trouver.

Je pense que la seule question qu’un magicien devrait se poser, c’est de savoir s’il a envie de regarder, en tant que spectateur, ce qu’il présente en tant que magicien.

Bref, c’est de repenser à la motivation principale du spectacle.

Pourquoi je présente un foulard et je le fais disparaître ? Pourquoi je fais changer de couleur une carte, etc. Et d’y trouver une réponse ! Sinon, quel est l’intérêt pour le public de voir ça ?

Alors, dans ce cadre là, la créativité prend tout son sens. Maintenant que je vous ai mis en appétit, je souhaite développer la créativité en magie de façon plus poussée que dans le cadre de cette interview. J’ai déjà écrit pas mal à ce sujet et vous trouviez un condensé sur mon ancien site.

Tu sembles avoir une approche de la magie proche de celle de Carlos VAQUERA dans le sens où tu ne te concentres pas seulement sur la technique mes également sur les arts annexes comme le théâtre ou le mime. Peux-tu nous dire ce que cela t’apporte ?

Jean-Philippe LOUPITout d’abord les simples mots qui composent ta question me font réagir. Comment parler du théâtre comme art annexe à la magie ? Il y en a quelques-uns qui vont se retourner dans leur tombe.

La magie est un art, soit, mais un art mineur, tout petit, ridicule. Parles à un comédien de ce qu’il pense d’un magicien sur le plan artistique, il va te rigoler au nez ! Arrêtons de nous croire Art Majeur parmi les Arts. Qu’avons-nous d’artistiques avec nos houlettes géantes et nos femmes zigzag ? Rien de rien de chez rien du tout !

La magie est-elle un art quand on regarde attentivement notre programme pour matinées enfantines. Où est l’art dans une routine de carte au portefeuille ? Nul part. (ou si peu !). Il n’existe que très peu de numéros qui amènent le spectacle magique au niveau de l’Art Magique que nous recherchons tous.

Les numéros tels que Tina LENERT et son balai, COPPERFIELD et son flying, Juan MAYORAL et ses chaussures font partis de cette catégorie très élitiste. Je les admire beaucoup.

Donc, je reprends ta question,  » Qu’apportent les disciplines du théâtre à la magie ?  » Ah, là je préfère, on revient les pieds sur terre. Et Thomas, je te remercie de me poser cette question comme cela !

Bon j’arrête de t’embêter. On t’aime bien quand même tu sais. Clin d’oil terminé, voici ma réponse :

 » Qu’apportent les disciplines du théâtre à la magie ? :

Tout !

Pour moi, la magie n’est qu’un outil, qu’un vulgaire outil (au sens commun du terme).

Voici une métaphore que j’aime bien : Ce qui m’importe ce n’est pas de savoir planter un clou avec un marteau de dix façons différentes, mais de faire un joli meuble ou un beau bateau avec ce même marteau.

Ce n’est pas la technique qui m’intéresse, mais ce qui va rester dans la tête des spectateurs en fin de spectacle. J’adore voir les techniciens avec leur donne-en-quatrième-du-dessous, j’adore les belles fioritures, bien techniques, très complexes, mais si c’est pour faire une simple carte ambitieuse, alors je n’aime plus du tout. La technique, ce que j’appelle magie dans ta question, n’est qu’un outil élémentaire, à la portée de n’importe quelle personne suffisamment patiente. La preuve, nous ( !).

D’ailleurs, les grandes illusions commencent à être présentées par des comédiens plutôt que par des magiciens. Et le résultat est excellent (Oups, j’en connais qui réagissent à la lecture de cette phrase.

Voilà un sujet de débat pour la rentrée !). En effet, si la seule compétence nécessaire à l’exécution d’une Origami c’est d’avoir le matériel et de connaître la position de la partenaire, alors, ne nous leurrons pas, c’est à la portée de tout le monde.

Et je préfère les versions que j’ai pu voir, mises en scène par des professionnels du théâtre et présentées par une danseuse, plutôt que présentées par un magicien en queue de pie / paillettes et sa partenaire en body moulant. (Toutes ressemblances avec des personnages existants.Etc.)

Il ne faut pas croire que l’effet magique doit être réservé aux magiciens. J’ai toujours trouvé que l’outil magique était facile. Il n’y a pas besoin d’être magicien pour présenter 90% de nos effets.

D’ailleurs les animateurs de Club de vacances ne s’y trompent pas et copient régulièrement les tours qu’ils voient à la télévision en trouvant des astuces palliatives à leur manque de connaissance des trucages possibles.

Alors, comment nous différencier, comment trouver la vraie valeur ajoutée à notre pseudo position de magicien ? En élargissant nos compétences et en présentant des  » spectacles magiques  » et non plus de la magie de catalogues. (J’adore les marchands de trucs, ils font leur boulot. Ils nous vendent ce que nous achetons.

Je pense que s’ils vendaient moins de tours faciles et de boites chromées, il nous proposerait plus de créations et de nouveautés. C’est nous qui sommes en faute. Pas eux !)

Les spectacles de danses ou de visuels d’aujourd’hui intègrent de magnifiques moments de magie (Découflé, Philippe Gentil, les Mummunchens, .). Ils utilisent des effets magiques fantastiques dans leur spectacle, et pourtant sans être magiciens. Alors, soit un magicien est un planteur de clous, soit il devient architecte et ne pense plus aux clous, mais à ce qu’il peut obtenir avec.

Et l’architecture d’un spectacle est composée de personnages avec des caractères, d’une histoire, d’actions suivies de dénouements, d’émotion, de mise en scène, de scénographie, de mise en lumière, d’illustration musicale, etc.

Et comment que ça s’appelle tout ça ? : Réponse : le théâtre ; Et oui !

La magie sans le théâtre n’est rien. (CQFD)

Et le théâtre dont je parle n’est pas restreint à la comédie des boulevards rive gauche, je parle bien cette fois-ci de l’Art Théâtral.

Donc, ce qu’apporte le théâtre à la magie est : TOUT.

Ceci étant dit, je suis vraiment étonné de l’absence presque totale de culture théâtrale des magiciens. Il ne s’agit pas simplement de connaître le répertoire des pièces classiques, mais aussi de s’intéresser au lieu lui-même. En régie de scène, il y a beaucoup de vocabulaire spécialisé, beaucoup de techniques spécifiques. Très peu connaissent les règles du jeu.

Je vais vous donner un exemple tout simple du manque de connaissance, et donc de respect, qu’ont les magiciens vis à vis du théâtre. Ce sont les seuls à écraser leurs mégots sur la scène. Aucun danseur, comédien, chanteur ou autre ne fume sur une scène. Ils le font dans la salle ou en coulisse. Les régisseurs en sont souvent choqués.

Il faut vraiment combler cette lacune en prenant au moins quelques cours de théâtre à la MJC du coin. C’est tellement simple.

Tu participes à des matchs d’improvisation. Cela te sert-il lors de tes représentations ?
Cela te permet-il de partir dans une direction totalement différente de ce que tu avais écrit au départ ou restes-tu toujours sur le même texte à la virgule près ?

J’ai été coach de l’équipe d’improvisation de Grenoble pendant deux saisons. J’ai dû arrêter par manque de temps suite à la naissance de mes enfants. Le rôle du coach en match est de donner, durant les 20 secondes autorisées, les éléments de départ d’une scène que les comédiens vont jouer contre une équipe adverse.

Mon rôle dans ce cadre est de donner un scénario, avec un début et un milieu (pour la fin on voit en général l’évolution de l’histoire), définir pour chaque comédien un rôle avec une intention et un sentiment, ainsi que de proposer un environnement général.

Croyez-moi, en vingt seconde, il faut aller très vite et ne pas trop réfléchir. Les sujets sont souvent complètement abstraits. En plus de coach, j’ai joué en match plusieurs fois, mais je suis moins à l’aise en cas de  » contre  » trop offensif.

C’est comme faire un spectacle de close-up à une table où chaque spectateur est un clown méchant qui ne veut pas que vous veniez à leur table. C’est très déstabilisant. C’est le but.

Ces matchs d’improvisation m’ont surtout apporté une vision du spectacle très orienté sur l’histoire et sa dynamique. Je  » vois  » bien le décalage d’une présentation, le détournement de l’utilisation d’un objet ou d’un personnage et le retournement de situation en conservant l’histoire de base.

En magie, j’utilise ces éléments durant la création ou lorsque je regarde un autre numéro. Des tonnes d’idées me viennent alors.

Lorsque je me produis, le côté comédien me permet de rattraper des problèmes qui peuvent survenir (spectateur bavard, réflexion de spectateurs trop joyeux, défi lancé durant spectacle.). L’improvisation dans la présentation d’un spectacle est nécessaire, mais toujours en maintenant le leader-ship, le fil conducteur et le climax.

Je me souviens d’une phrase de Monsieur Bernard BILIS :  » Le Close-Up est le Jazz de la magie « . On peut improviser dans la mélodie, mais en conservant le même rythme et en harmonie avec les autres !

Pour ceux qui ne sont jamais allés voir un match, courez en voir un. Il y en a régulièrement sur Paris (voir Pariscope) et durant la saison de matches dans les grandes villes de Province. A voir absolument. C’est un vrai spectacle avec des gentils et des méchants. (l’arbitre). C’est un guignol pour adulte.

J’espère revenir dans la mêlée des matches dès la saison prochaine.

Le théâtre est de toute façon un excellent complément de la magie, qu’elle soit de scène ou de Close-Up. Les cours de théâtre apprennent à parler, à se tenir sur scène, à gérer son trac, à travailler. L’apport a été très fructueux.

 As-tu déjà participé à des concours ? Si oui, qu’avais-tu présenté et quels avaient été tes résultats ?

J’ai présenté 14 concours. J’ai 14 coupes dans mon atelier. Toutes représentent une étape dans ma petite vie de magicien. Mais ma plus grande récompense n’est pas une de ces coupes, elle est dans les rencontres que j’ai pu faire grâce à ces concours.

La magie m’a permit de côtoyer tellement d’artistes et de magiciens dans le monde entier.

Les concours reste un des moyens pour y parvenir, sans être professionnel, ni faire de tapage.

La plupart des magiciens après une victoire à un congrès important cesse de concourir. Qu’est-ce qui te pousse à toujours participer ?

Mais j’ai complètement arrêté les concours de scène après mon prix FISM ! J’ai participé à la Colombe d’Or en 97 dans la catégorie  » Close Up  » sachant que je n’avais pas fait de concours de Close-Up depuis 1989. Je voulais savoir quel était le retour de mes nouveaux effets en situations réelles sur un public de magiciens. C’est tout !

Il y a 5 et 6 ans, j’ai présenté plusieurs concours. Mais il faut savoir qu’ils ne sont pas tous du même niveau. Aussi bien en Close-Up qu’en scène, j’ai commencé par les régionaux pour finir par les internationaux.

Et tant que tu es sur le podium, tu cherches à participer à un niveau plus élevé. J’ai ainsi emmené le numéro du Fantôme de l’Aéroport en concours FISM. Mais avant, j’ai présenté pas mal de concours inférieurs pour l’améliorer.

En ce qui concerne ma motivation pour concourir, c’est avant tout par challenge personnel. J’adore la sensation de non-retour dans une décision. Tu es en coulisses, avec ton trac et ton numéro, tout seul devant un public difficile, et tu dois y aller. C’est un challenge sympa, comme celui de sauter d’un pont ou de faire un échange de détendeur à -40 mètres de profondeur.

Quand tu réussis et qu’en retour tu reçois une reconnaissance de la part de personnes compétentes, cela te motive encore plus.

Maintenant, il faut te dire qu’il y a concours et concours. Certains ne présentent pas le même challenge que d’autres. Mais saches que j’ai toujours autant le trac en présentant un tour devant un magicien et encore plus devant un public de magiciens.

Quel est ton point de vue sur la propriété intellectuelle dans le domaine de la magie ?
Sur quel critère, estimes-tu qu’un tour est une création ?

Je ne suis pas très informé sur ce sujet, d’autres le seront beaucoup plus.

Ce que je pense, c’est qu’il est normal qu’un long travail de recherche soit protégé et qu’il ne soit pas copié. De même, que les fruits d’une création reviennent à l’inventeur et non au copieur.

Mais je ne suis pas stupide, tant qu’il y aura de l’argent facile à se faire, il y aura des créateurs et des copieurs.

Je regrette les incidents comme BARTA et son flying. Mais je suis aussi contre la déposition à outrance d’effets magiques. Il suffirait qu’un magicien un peu argenté dépose la table complète des effets possibles en magie (voir Magie et Créativité de Alain GAILLARD) et plus aucun magicien ne pourrait présenter quoi que ce soit sans lui verser un dividende.

Les personnages et la méthode pour y arriver peuvent être protégés, pourquoi pas. A partir du moment où il y a profit autour d’un effet (vente, reproduction..), il faut pouvoir réagir.

Mais aujourd’hui je ne vois pas comment mettre en place ce type de protection. Il faudrait qu’elle soit mondiale, reconnue, procédurale et hyper compétente. L’effet de flying, avec la méthode utilisée par David COPPEFIELD, existe depuis le début du siècle. Le procès n’a pas porté sur l’effet, mais sur le plagia de présentation. Dans quelle cadre cette organisation pourrait-elle intervenir dans ce cas ?

Pour répondre à ta question sur les critères de reconnaissance d’une création, je dissocierais la création d’un effet et la création d’une présentation. Pour l’effet, c’est assez simple. La lévitation d’un éléphant vivant au-dessus du public avant sa transformation en souris dans un nuage phosphorescent, c’est un nouvel effet. Mais une bague au porte-clefs reste une bague au porte-clefs, quelques soient la technique et le trucage employés.

Pour la présentation, il faut que le ressenti du spectateur soit spécifique, qu’il ne puisse pas éprouver le même sentiment avec une autre présentation. Les plus forts dans ce domaine sont les  » bizarre-magiciens « . Le texte ou le personnage ne sont pas suffisants pour moi.

Mais je n’ai pas de compétence dans ce domaine, et je reste très sensible à ce problème sans pouvoir lui trouver de solution fiable. Par exemple, il y a en ce moment un procès d’intention autour d’un piano à queue volant. Le problème n’est pas qu’il soit volant, mais qu’il soit blanc ! Je suis très perplexe sur la suite de cette affaire. Il y est question d’image et non de présentation ou d’effet (les pianos volants existent depuis très longtemps !).

Comment se fait-il qu’il y ait si peu de fille dans le métier ?

Pour moi, c’est un faux problème.

Il y a autant de femmes magiciennes que de femmes architectes, chorégraphes, cinéastes, sculpteurs, peintres, chefs de cuisine, commandants de bord, etc.

Il y a autant de femmes magiciennes que d’hommes secrétaires, puériculteurs, de ménage, nounous, etc.

C’est uniquement une question sociale et culturelle. Tant que nos livres d’école nous présenterons le papa dans un fauteuil en train de lire le journal pendant que la maman fait à manger, il y aura peu de femme magicienne.

Je crois sincèrement que l’outil magique convient aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Il suffit d’associer l’effet au personnage. Je n’aime pas voir Melinda réaliser une apparition de canne à pommeau en queue de pie noire, mais j’adore la voir nous raconter l’histoire de son grand-père et de ses lucioles.

De même, Lisa MENA fait du Close-Up non pas en tant que magicienne mais en tant que femme. C’est superbe. Elle fait par exemple un tour avec une pierre précieuse, en la faisant apparaître de son oil en tant que larme. Bref elle utilise des éléments féminins de façon magique. On retombe dans la bonne relation entre l’effet, le personnage et la motivation de le présenter.

Tout est féminin, et cela marche très bien. Valérie, de Suisse nous donne aussi une leçon dans ses numéros. Tous les accessoires et les effets sont typiquement féminin. Et cela fonctionne très bien. En Close-Up, Elisabeth AMATO illustre ses effets avec des histoires féminines, avec du cour et des sentiments.

Entre nous, je suis plus à l’aise de voir une femme avec des foulards, des colombes et des paillettes qu’un homme. Les fontaines de foulards sont pour moi le summum de l’ambiguïté de l’asexualité de la magie.

Voir un gros magicien à lunette présenter, au premier degré, des apparitions de foulards pastels se terminant par un gros choux fleur de foulard mal repassés avec en final un ruban de soie avec des paillettes, ça me fait marrer. C’est cette magie là que je n’aime pas. Elle n’est pas cohérente. Il n’y a pas de motivation. Elle n’est que présentation technique. (Je n’ai rien contre les gros magicien à lunette, c’est une image.)

Je trouve aussi que les magiciens sont souvent misogynes. Ils relèguent la femme à la situation de partenaire ou d’assistante. C’est un phénomène de culture, mais aussi de protection. A la limite, je pourrais conclure que les magiciens ne font rien pour aider les magiciennes car ils utilisent des accessoires féminins.

Alors laissons les effets féminisants aux femmes. Elles les présentent bien mieux que nous, et revenons à des présentations et des effets plus masculins.

Tout le monde y verra plus clair, le public en particulier.

D’un point magique, quelle est la chose dont tu es le plus fier ? Et le moins ?

Sur le plan personnel, c’est bien sur mon prix FISM dont je suis le plus fier. Il a représenté beaucoup de travail et de temps. Je vous suggère de lire mon article sur mon site pour mieux comprendre ce que j’ai vécu.

Je suis aussi très fier d’avoir apporté mon aide à l’organisation du congrès d’Aix les Bains. Tout le monde en garde un merveilleux souvenir et le nombre impressionnant de lettres de remerciements que nous avons reçues au club de Grenoble nous le remémore souvent.

Par contre, je ne suis pas très fier de m’être fait voler l’ensemble de mon matériel de scène durant la tournée des Mandrakes d’Or 97 avec Gilles ARTHUR.

Je n’oublierai jamais la tête de Dani LARY m’apprenant que son camion avait été fracturé dans la nuit, que ses grandes illusions avaient été malmenées et que mon matériel, lui, avait été volé. J’avais deux flight cases qui contenaient tous mes accessoires. Ma première télévision française était le mardi suivant. J’en ai pleuré.

L’après midi, après avoir cherché dans les caves et poubelles environnantes sans succès, Gilles ARTHUR me demanda s’il m’était possible de reconstruire le numéro durant le week-end. C’est grâce à lui, à l’ensemble de son équipe hyper efficace, à la gentillesse de Guy LORE qui nous avait prêté son atelier et de quelques copains, que nous avons pu reconstruire la majorité du numéro du Fantôme de l’aéroport.

Lundi matin, j’étais sur les planches du Paradis Latin pour les répétitions du tournage de l’émission. On peut dire ce que l’on veut sur Gilles ARTHUR, je peux vous assurer que c’est l’homme le plus gentil, au sens noble du terme, que je connaisse dans le métier.

Au sujet de mon matériel, je ne l’ai jamais retrouvé. Depuis, je dors avec mes nouveaux fligth-cases dans la chambre.

Quel est le tour de ta création dont il est le plus fier ? (description de l’effet)

Sur scène c’est certainement la neige japonaise en mylar. Plus qu’une neige japonaise, l’effet ressemble aux étincelles à la Walt Disney (vous vous souvenez de la fée Clochette ?). Je cherchais un effet de feu d’artifice de scène avec un maximum de volume. J’ai trouvé dans mon magasin de magie préféré, Castorama, un film léger en mylar.

Je l’ai découpé en confettis et les essais ont été très concluants. J’ai alors imaginé un système pour les faire sortir de la bouche. L’effet est nouveau et visuellement plutôt sympa. Partout où j’ai présenté le numéro, notamment dans les concours à l’étranger, les marchands de trucs m’ont demandé d’où venait ce papier. Ils rigolaient bien quand je leur racontais que je le découpais à la main et que je balayais la scène pour en ramasser un maximum et le réutiliser après lavage pour un autre passage.

Maintenant, plusieurs magasins en vendent par correspondance, notamment au japon. Mais sans moi. Juliana CHEN m’avait prévenu que c’était une bêtise de ne pas le commercialiser. Mais cela aurait été trop complexe à gérer pour moi.

En revanche, le gimmick pour la bouche est vendu chez Georges PROUST.

En Close-Up, il s’agit de ma routine de jeu nudiste. Elle a été décrite dans Arcane il y a de nombreuses années sous le nom  » le jeu caméléon « . Elle est maintenant présentée par plusieurs pro. Cela me fait plaisir.

Quel est le tour que tu n’as pas inventé que tu préfères voir faire ?

Il y en a beaucoup. Je ne souhaite pas présenter moi-même tous les tours que j’aime voir faire. Ce serait une erreur. Je pense que les effets et les techniques sont à mettre en relation avec la personnalité du magicien. Je ne pourrais pas présenter la carte retrouvée dans une biscotte écrasée à grands coups de marteau de Mister Wouaa (Bob LITTLE). Elle me fait hurler de rire, mais ne me correspond pas du tout.

Pour te répondre quand même, en réfléchissant bien et en restant dans les routines classiques, il pourrait s’agir du matrix au sol de Michael AMMAR où il ne touche pas les pièces.

La première fois qu’il me l’a fait, il a attendu que je bave complètement, que je lui demande encore et encore le fameux matrix dont tout le monde m’avait parlé. Il avait réussit à créer une atmosphère incroyable autour de sa présentation. Il en avait fait un événement.

Quand je l’ai enfin vu, c’était un vrai miracle. J’ai toujours voulu conserver ce moment de pure magie en ne cherchant pas à le recréer pour ne pas casser mon souvenir.

Quelles techniques ou routines aimerais-tu parfaitement savoir faire ?

En tout premier le Flying de KOGAN présentée par David COPPERFIELD. Quel rêve de prétendre voler sur scène ! J’aimerai vraiment avoir la possibilité un jour de travailler un effet de ce niveau.

En Close-Up, j’adore les routines télévisuelles de Gary OUELLET. C’est de la manipulation de très haut niveau. L’effet du retournement des 4 as simplement en les éventaillant ou la carte ambitieuse qui monte à vue sont superbes.

J’aimerais travailler ces effets. Mais il le fait si bien. Cela me demanderait beaucoup trop de travail pour un effet faisable uniquement en télévision.

Est-il encore possible de te bluffer ? Si oui, quelles sont les personnes qui l’aient récemment fait ?

Bien sur ! Et j’adore cela. Je me souviendrai toujours du soir où Didier LADANE m’avait montré la cassette qu’il venait de recevoir.

C’était le show de COPPERFIELD avec le flying en final. Je suis resté jusqu’à 4 heures du matin, tout seul devant la TV, à appuyer sur le bouton Rewing de la radiocommande. Le lendemain avec nos deux compréhensions des trucages, nous avions pu reconstituer l’intégralité des techniques employées.

J’avais adoré le fait de ne rien comprendre. Et c’est vrai que l’on était complètement dans les choux lors des premières visions.

J’arrive maintenant à reconstituer la quasi-totalité des techniques que l’on me présente, même si je ne les ai pas remarquées durant le tour. Si je ne le comprends pas, je trouve presque toujours une technique qui aurait permis de réaliser l’effet présenté.

Mais bluffé ou pas, j’ai toujours le même plaisir à voir un tour bien présenté et bien exécuté. Si je vois un tour que je connais par cour, j’apprécie alors le travail de présentation ou les petites astuces personnelles utilisées.

Qu’est-ce que tu aimes dans la magie et ce que tu n’aimes pas ?

J’adore les numéros où chaque seconde est travaillée. Les numéros de l’école allemande en font partie. (TOPAS ou FRANKLIN.) J’aime aussi les numéros où le personnage est le support principal. (Tom MULLICAJohnny THOMPSON et PamelaVoronin.)

Je n’aime pas en revanche les numéros de type démonstratif. Le rideau s’ouvre et la vision des accessoires donne déjà la composition des effets qui seront présentés. (Non, non pas de nom !)

Si tu devais emmener sur une île déserte un seul ouvrage magique, lequel serais-ce ?

Comme j’ai le temps de répondre à cette question, je vais faire une réponse un peu tirée par les cheveux, mais elle est sincère.

Le seul livre que j’emmènerais avec moi sur une île déserte est un livre qui m’obligerait à créer, à imaginer de nouveaux effets, à chercher dans de nouvelles directions, bref à travailler. Ce serait pour moi, le livre le plus intéressant et le plus indispensable dans mes bagages.

J’emmènerais donc un livre dans lequel chaque page serait blanche, avec un stylo pour l’écrire.

Certes, il est important de lire tous les livres possibles, récents et plus anciens (les nouvelles rééditions sont très enrichissantes), mais une fois digérée cette connaissance, il faut vite l’oublier pour trouver ses propres effets, son propre personnage et sa propre mise en scène.

Quels sont tes magiciens préférés et pourquoi ?

En France, j’aime beaucoup Gaëtan BLOOM pour sa créativité, Bernard BILIS pour son approche du Close-Up et sa technicité, Sylvain MIROUF pour la qualité de ses performances dans des conditions d’hyper stress que très peu de magiciens pourraient assumer, James HODGES pour son univers et sa compétence artistique, MERLIN pour son humour et son verbe, Stéphane GEKKO pour sa joie de vivre communicative et bien sûr pleins d’autres.

A l’étranger, c’est Lance BURTONLuis de MATOSDavid HARKEYJayson BURNEJay SANKEYJohnny THOMPSONSteve HOBSONPEN & TELLER, etc. que j’aime particulièrement.

David COPPERFIELD me fascine par son coté show-business et sa créativité, (oui, je parle de créativité. Je me fous de savoir si c’est lui ou quelqu’un d’autre qui dessine et construit ses illusions ou qui choisit les musiques, ce qui m’importe c’est qu’il ait réussi à s’entourer de personnes spécialisées dans leur domaine et qu’il continue à manager ses shows).

En revanche, j’apprécierais qu’il cite ses sources, même dans le générique, quand il présente un effet d’un autre magicien.

Et puis il y a aussi l’école allemande que j’admire beaucoup.

En fait, je n’ai pas de magiciens préférés. Chacun a quelque chose que j’apprécie, tant sur le plan artistique que relationnel.

C’est un peu démago comme phrase mais c’est sincère. Je fuis par dessus tout les querelles partisanes de notre milieu. Elles ne m’intéressent pas. Chacun fait avancer la magie à sa façon et tant que cela reste à peu près dans la même direction, c’est le plus important. Le reste n’est que de la politique, donc une question de pouvoir. Et le pouvoir, pour moi, c’est vraiment accessoire.

On se critique un peu trop en France, avec des arguments plus personnels qu’artistiques. C’est vraiment dommage. Par exemple, je regrette du fond du cour que la FISM 2000 ne se déroule pas en France.

Des Français ont voté contre. C’est une aberration. En faisant cela, ils ont voté contre une personne mais aussi contre le projet. Du coup, à cause d’eux, les jeunes magiciens français ne pourront pas assister à une FISM à Paris. Je souhaite d’ailleurs bien du plaisir à tous ceux qui, comme moi, viendront à Lisbonne.

Il y a quatre ans, j’ai participé aux galas de présentation des locaux de Lisbonne aux dirigeants FISM, nous avions mis plus de deux heures pour rejoindre nos hôtels après le spectacle. (route unique et embouteillée en permanence, surtout la nuit). Et les locaux sont trop petits. Comment doubler les concours de scène ? Bref, ce n’est pas un choix que j’aurais fait, mais c’est un trop long débat.

Mes autres magiciens préférés sont Philippe GentilDescouffléJim HensonPatrick O’HearnPaul HaslingerGilles St CroixMarc Caro,Jean-Pierre Jeunet. Vous connaissez les deux premiers, à vous de découvrir les autres.

Regrets ?

J’aurai souhaité rencontrer Fred KAPS. Quand je vois un film ou un documentaire sur ce magicien, je suis abasourdi par la créativité de cet homme ainsi que son charisme hors du commun. Il a une routine de cigarettes  » impromptue  » qui dépasse tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent. C’était il y a une quarantaine d’années.

J’aurai aussi aimé écouter Dai VERNON lorsqu’il donnait encore des conférences. Je l’ai rencontré au Magic Castle où il avait eu la gentillesse de venir me voir à la fin de mon spectacle pour me dire un mot agréable. J’ai lu beaucoup sur lui. Je le regrette.

J’aurai aussi aimé avoir suffisamment de maturité pour suivre les conférences de Monsieur ASCANIO. J’ai eu l’occasion de le voir deux fois. La première, je n’avais pas compris sa théorie de la carte libre. Je n’en voyais pas l’importance et sa conférence m’avait un peu ennuyé.

La deuxième, quelques mois avant sa mort, je l’ai écoutée de toute mon attention. C’était très enrichissant de l’écouter parler. J’ai vraiment regretté de ne pas l’avoir vu plus souvent.

Si tu avais 3 conseils à donner à un jeune magicien débutant, lesquels lui donnerais-tu ?

Trois !, Pourquoi trois ?, il y a beaucoup plus de conseils à donner aux jeunes.

(Je te fais remarquer Thomas que la tournure de ta question me place déjà dans les vieux magiciens, j’ai trente quatre ans. Alors vexé pour vexé, je vais te les donner tes 3 conseils !)

Le premier conseil serait de Travailler. Le deuxième de travailler encore et toujours. Le troisième serait de travailler encore plus.

Blague à part, j’ai toujours considéré que le talent et le don n’existent pas et que n’importe quel individu qui se donne la peine de travailler, d’investir du temps, arrive toujours à ses fins. Alors au boulot !

Mais comme ces trois conseils ne suffisent pas, en voici quelques autres

En spectacle, l’à-peu-près n’existe pas. Il vaut mieux être perfectionniste et exigeant envers soi-même. Il faut de la patience et de la persévérance. Il faut aussi savoir écouter et avoir de l’humilité. Il faut savoir aussi que les plus anciens d’entre nous ont beaucoup de chose à nous apprendre, les vieux cons des congrès ne sont pas tous aussi cons qu’ils veulent bien nous le faire croire.

Je lui dirais aussi que le spectacle magique est la passion la plus enrichissante que je connaisse. Il est très valorisant. C’est un des rares hobbies qui offre un retour aussi agréable. Avouer que se faire applaudir par une salle est un retour autrement plus savoureux qu’un collectionneur de timbres postes spécialisé dans les oiseaux tropicaux qui montre une fois par an ses dernières acquisitions à son homologue de quartier ! (quoique je suis sûr qu’il y prenne beaucoup de plaisir !)

C’est un passe temps qui a besoin d’une très grande panoplie de savoir-faire. Après la construction d’un numéro de scène, vous en saurez plus sur les collages, les tissus, la soudure, la peinture, les propriétés des matériaux, etc que beaucoup de monde autour de vous (à la condition que vous alliez jusqu’au bout de votre passion.)

Il donne une autre vision du monde du spectacle. Les coulisses, la régie, le plateau. Tous les éléments d’un théâtre sont à découvrir avec tous les corps de métier associés.

Il faut voir les autres formes de spectacle. De l’opéra à la  » performance  » hyper choquante, il faut ouvrir au maximum ses yeux. Le spectacle a tellement de possibilité qu’il ne faut pas rester sclérosé dans une seule (et petite) voie.

Je lui dirais surtout qu’on ne retire jamais de satisfaction à dévoiler un truc. Ni pour le spectateur, ni pour le magicien. Etre magicien ce n’est surtout pas connaître des trucs. Ce n’est pas de savoir comment le truc fonctionne, mais savoir pourquoi le truc fonctionne. Et c’est autrement plus difficile à expliquer que de simplement dévoiler le gimmick. Alors autant ne rien dire.

Je dirais aussi que ce passe temps fabuleux est aussi un métier pour beaucoup de professionnels et qu’il est dangereux et dommageable pour tout le monde de se croire à même de se faire embaucher. Il existe des marchés réservés aux professionnels. Il faut faire attention de ne pas concurrencer un pro sur son terrain.

Le dernier conseil aux jeunes et aux débutants (si je peux me permettre Thomas) serait de lire les quelques articles que j’ai écrits à leur attention.

As-tu déjà écris des ouvrages ou des vidéos ? Quels sont tes projets ?

Jean-Philippe-LOUPI

Je n’ai écrit aucun livre, ni réalisé aucune vidéo. Si je devais en écrire un , il serait théorique et pratique, mais pas vraiment technique. Il y a tellement de magiciens meilleurs que moi. Je n’aurais pas la prétention d’écrire un bouquin. Les quelques articles que je signe me suffisent amplement.

Mon prochain projet est un nouveau numéro. J’espère vous le présenter d’ici deux à trois ans. Il devrait être assez innovant tant sur les effets que sur la forme.

Je suis dans l’écriture depuis quatre années maintenant. La construction a commencé. Sans dévoiler sa structure, chaque élément qui compose un spectacle normal sera modifié dans son utilisation. Par exemple, je travaillerai avec des lumières auto-portées. C’est à dire que les lumières du théâtre ne seront pas utilisées.

Cela va permettre un effet visuel intéressant où les notions de haut et de bas n’existeront pas puisqu’il n’y aura pas de références visuelles de sol ou de plafond. De même, le lointain et le près risquent d’être difficiles à appréhender puisque le fond ne sera pas visible. Seules les dimensions des objets donneront cette notion. Et là, on peut jouer beaucoup. Sans être du théâtre noir, je vais partir d’un principe de noir complet. Voilà un exemple de mon travail actuel. Je n’ai vu encore aucune troupe ou spectacle travailler sur ces concepts. Et j’en ai quelques pages comme ça.

Alors rendez-vous dans quelques années, quand il sera présentable en public, mais surtout, quand je serai content du résultat.

Quelle question te pose-t-on tout le temps (dans un cadre magique, bien sûr) ?

L’inévitable :  » Comment ça marche ?  »

Et ma réponse est :

 » Cette question n’est pas la bonne, monsieur, vous devriez poser la question suivante : Pourquoi ça marche ? Et vous obtiendrez votre réponse vous-même !  »

Quelle question n’aimerais-tu pas que l’on te pose ? Quelle serait la réponse ?

Cette question peut paraître anodine mais elle est trop souvent posée par les Français :

 » Et à part la magie vous faites quoi ?  »

C’est pour moi un échec à chaque fois que l’on me pose cette question. Cela veut dire que je n’ai pas réussi à faire rêver le spectateur au point d’oublier que nous sommes dans un monde cartésien en trois dimensions où l’argent et la situation sociale sont les valeurs les plus importantes.

Le spectateur curieux est revenu directement sur terre et te demande de le rejoindre parmi les hommes en te posant cette question castratrice. Si je n’ai pas envie d’y répondre, je réponds que je me retransforme en nuage et que je vais continuer mon tour du monde. Si j’ai envie d’y répondre, j’attends de terminer le spectacle et je reviens, démaquillé et sans veste, pour y répondre autour d’un verre.

J’aime :

  • Ma femme Kiwi, et mes enfants Robin et Léa
  • Les pizzas  » 4 fromages « 
  • La sincérité
  • Les îles du monde
  • Voir de bons spectacles
  • La plongée apnée et bouteille
  • Les couleurs vives
  • La neige
  • Les rencontres
  • Rouler de nuit

Je n’aime pas :

  • La bêtise
  • Les « Parce Que ! « 
  • Ceux qui ont 3 ans de magie derrière eux et qui se présentent comme magiciens
  • Ranger
  • Le froid
  • L’irrespect
  • Les  » à priori « 
  • La caféine
  • L’inactivité
  • Les embouteillages

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