A Collection of Drawing Room Deceptions and Other Card Conjuring de Guy HOLLINGWORTH

J’ai entendu parler de Guy HOLLINGWORTH pour la première fois dans une interview du magazine ‘Le Magicien‘. Le garçon avait l’air sympathique, passionné, mais néanmoins désireux de garder ses distances par rapport à la Magie.
Il est, d’après lui, relativement facile de s’enfermer dans cet art et d’en oublier qu’il existe une vie en dehors. Il est en effet relativement intrigant d’entendre ce genre de conseil.

Editeur : Magic Words
Langue : anglaise
Année : 1999
Nombre de pages : 312 pages dont 150 dessins
Prix : ?
Du même auteur :
Vidéo Best of Séminar
Vidéo Secrets Sessions
Vidéo London Collection
Vidéo Routines
Vidéo Cocktail Séminaires
Livre Quartet
Livre Reparation
Livre Prestige et Illusions
Tour Once Upon a Time

La seconde interview de Guy HOLLINGWORTH qui m’a permis de mieux connaître le personnage a été publiée sur ce site Internet.

Puis j’en ai discuté avec des amis qui avaient pu le voir en vidéo. Les remarques étaient du genre  » ouais c’est bien, vu d’hélicoptère… y’a des angles et en plus c’est en noir et blanc ». Ce type est décidément vraiment intéressant, car à chaque fois qu’on évoque son nom, le mot qui revient très vite dans la conversation est le mot « technique ». Et on trouve, en plus, ce choix délibéré d’une présentation impeccable qui évoque plus ROBERT-HOUDIN Houdin que David COPPERFIELD.

Que ce soit clair, les débutants, les amateurs de gobelets , de cordes et d’anneaux chinois, passez votre chemin ! Il n’y a, dans cet ouvrage, que des cartes et encore des cartes… et pas du facile ! C’est plutôt du genre à vous donner envie de vous faire greffer une phalange supplémentaire à l’annulaire.
Les références souvent citées sont essentiellement JENNINGS, MARLO, HUGGARD, CERVON, WAGNER, GREEN et « Expert at the card table« .

Guy HOLLINGWORTH a 26 ans et pourtant son livre semble avoir fait un bond dans le temps, une présentation à l’ancienne et à l’anglaise, jusque dans le titre des chapitres et le God Save The Queen (Hymne National Britannique) à la fin. Au premier contact, j’ai eu un peu peur que cela manque d’images, en réalité, malgré la faible proportion d’images, il y a tout le nécessaire, car les techniques sont toutes illustrées par plus de 150 dessins de l’auteur. En fait ce n’est pas qu’il y a peu de dessins c’est qu’il y a énormément de texte.
Les tours sont décrits avec une minutie exemplaire et le moindre détail a son importance. Je pense que le meilleur exemple de ce que j’avance en est dans la description de la carte déchirée et reconstituée où la phase de déchirure est décrite sur 15 pages et ne dure en réalité pas plus d’1 minute.
Toutefois, lorsqu’on suit attentivement les explications, on peut vite se rendre compte que les techniques fonctionnent réellement très bien. C’est ce que j’aime dans la magie, c’est la subtilité. C’est vrai qu’il ne faut pas avoir son auditoire  » collé le nez sur vos mains « , mais à la lecture seule du titre du livre, c’est ce que l’on appelle de la magie de salon, la plupart des effets est destinée à être présentée debout et l’on a recherché la meilleure visibilité possible pour l’auditoire.

Les effets sont classés par grandes familles : les cartes qui se retournent, les cartes dans les poches, l’utilisation d’un gimmick vraiment pas cher, les routines de triches, les cartes qu’on mutile et, bien sûr, des choses inclassables. On compte un chapitre consacré entièrement à des techniques pures (saut de coupe, fausse donne, contrôle de cartes, empalmage, échange de cartes), et l’épilogue consacré à la carte déchirée et reconstituée. Tout cela est écrit avec un humour tout en retenue dans un anglais très distingué, très loin de la franche poilade que nous propose Paul HARRIS (The Art of Astonishment).

Le chapitre technique est surprenant, car lorsqu’on regarde les dessins, l’on croit à l’impossibilité de réalisation en conditions réelles et pourtant, une fois de plus, il suffit d’essayer devant un miroir pour se dire :  » après tout pourquoi pas « . Parmi les petites phrases entendues sur Guy HOLLINGWORTH, je retiens cette petite ligne de Jarle LEIRPOOL,  » la technique de Guy HOLLINGWORTH, c’est comme l’humour anglais, il faut être Anglais pour la comprendre… « .

Mais l’auteur ne cherche pas à nous en mettre plein la vue, il ne prétend pas non plus avoir découvert les meilleures méthodes, il nous propose simplement sa version personnelle. Il rappelle que lorsqu’on achète un costume, il faut bien souvent y faire des retouches car nous ne sommes pas tous faits de la même manière. En conséquence, adaptez vos tours à votre personnalité ; dans le cas de Guy HOLLINGWORTH, il semble que sa personnalité s’exprime dans sa technique. Cette modestie présente du début à la fin est tout à son honneur.

Bien sûr il y a plein d’excellents tours dans ce livre, mais on y découvre surtout le cheminement de sa recherche quotidienne vers de nouveaux effets, notamment dans le premier chapitre où il décrit sa technique de l’optical alignement, permettant de réaliser un twisting the aces ‘à vue’, il va jusqu’au bout de l’idée et propose au lecteur d’aller encore plus loin et de réaliser sa propre recherche. Il décrit une version « close-up » et une version pour un public plus large (micro-scène), et la comparaison des deux nous montre l’importance du détail.

La première fois que je suis entré dans un magasin de magie, j’expliquais au vendeur que j’étais intéressé par la manipulation des cartes, il m’a alors demandé :  » la manipulation des cartes ou les tours de cartes ? « . Très franchement je ne voyais pas du tout ce qu’il voulait dire, il m’a donc fait la distinction entre production de cartes et tour de tchatche. Aujourd’hui, je regrette que cette personne ait fait la distinction, car finalement, en s’imposant de telles frontières dans l’expression d’un art, on en limite involontairement le champ de création. Guy HOLLINGWORTH, quant à lui, ne se limite pas et finalement réalisera des tours de cartes comme un manipulateur. C’est sans doute ce qui rebute certains.

Vous l’aurez compris, j’ai été séduit par cet ouvrage, car il est clair que l’auteur est un type intelligent, et au delà des tours, j’ai apprécié la façon dont il s’adresse directement au lecteur. Mais attention, ce livre est réservé essentiellement aux amoureux des cartes, qui lisent l’anglais et ne s’énervent pas lorsque les cartes tombent par terre. Vous êtes désormais avertis !

Merci à Bruno SANVOISIN pour la relecture.

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