Si un samedi de congé, vous décidez de passer à Bruxelles, n’hésitez pas à diriger vos pas vers la rue des Chartreux près de la Bourse.

Repérez le café appelé Greenwich et demandez à voir Vincent DEVIGNEZ.

Cet extraordinaire artiste peintre est également un excellent illusionniste pratiquant une magie délicate, véritable enchantement pour les yeux. Qualité rare, s’il en est, dans un monde qui ne pense plus qu’à produire et consommer des trucs moches, vite et mal faits.

Quand j’ai commencé à pratiquer l’art magique, il est une des rares personnes dont la générosité n’a pas connu de limite. Et plus d’un illusionniste bruxellois a débuté son apprentissage sous son oil bienveillant.

A l’époque, à la fin des années 70, le “Greenwich”, café bruxellois célèbre pour son cercle d’échecs et pour avoir figuré dans divers films comme par exemple “l’orchestre rouge”, fut un véritable athanor pour les quelques magiciens qui le fréquentaient.

La créativité y remplaçait la difficulté d’alors à obtenir des informations sur la cartomagie ou le close-up. Nous y découvrions les livres de Dai VERNON et de SLYDINI, et tentions d’obtenir les rares exemplaires de “Mad Magic” publiés par MERLIN et HODGES. Internet et les vidéos n’avaient pas encore émergé des limbes.

Je pense que c’est un magicien du nom d’Ariel FRAILICH qui avait initié ces réunions, puis vinrent Bob, Vincent, Alain et moi-même. Ensuite, l’acteur John DOBRYNINE qui transformait chaque routine en une pièce de théâtre et Giovanni XUEREF, le play-boy nous rejoignirent.

Art, théâtre, technique, mystère et séduction firent un mélange détonnant. A condition de savoir regarder et écouter les autres, le Greenwich offrait une “école” incomparable.

Digne des meilleurs groupes comme le F.F.F.F., le Six and Half ou l’Escorial. Plus tard, j’y amenai un de mes jeunes élèves du nom de Carlos VAQUERA.

Et les choses passent, certains sont restés dans l’anonymat et n’ont pas évolué, d’autres ont émergé du lot. Il reste peu de choses de ces réunions, sauf Vincent DEVIGNEZ.

Sa magie n’a rien à voir avec une démonstration technique ennuyante à l’extrême, mais mélange sa réelle simplicité à une poésie visuelle que finalement seul un véritable artiste peut amener.

Né en 1947, du signe du verseau, peintre et illusionniste autodidacte, amateur de Wiertz, Granville, Gustave Doré et des vieux maîtres de la nature morte ; Vincent est également grand admirateur des auteurs de littérature fantastique comme Jean Ray, Michel de Ghelderode, Claude Seignolle, Victor Hugo ou Herman Melville.

Un cocktail qui donnera à la fois une peinture et une magie emplies des ombres et lumières du merveilleux des frontières entre les mondes, si typique à nos régions.

Vincent n’est pas un illusionniste qui hante les congrès à la recherche du dernier tour à acheter ou à vendre, et je le comparerais volontiers à Jacques DELORS, autre poète discret de l’irrationnel.

Vincent a également illustré nombre d’ouvrages comme “les fables de Florian” ou “l’amour de la cartomagie”.

Sa magie rapprochée est une véritable forme de révolte contre un monde rationaliste et desséché, ballet du geste et de la parole qui nous transporte dans un univers féerique.

Le prochain millénaire qui s’ouvre devant nous aura besoin de rêveurs lucides qui contre vents et marées, et au sacrifice de leur propre existence, nous auront indiqué le chemin qui conduit à l’Art Véritable.

Il y a toujours des réunions informelles au Greenwich, malheureusement ceux qui s’y rendent ont souvent remplacé le talent par la suffisance et le nombrilisme.

Sauf Vincent, sentinelle et gardien d’une vision unique de notre art, il méritait ici que je lui rende hommage.

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