Mercredi 20 Juillet 94, 14 h.

Je commence ces quelques lignes à Frankfort.

Ce carnet de voyage commence donc en Allemagne. Je suis actuellement coincé à l’aéroport dans la zone internationale.

Je dois y passer près de 5 h avant ma correspondance pour Narita (l’aéroport de Tokyo).

Les couloirs sont gigantesques, c’est bon de marcher un peu avant de rester assis dans un siège durant près de 12 h.

Les rencontres que l’on y fait sont surréalistes.

J’ai croisé un sultan avec son harem. Il pavanait d’un pas lourd devant sa douzaine de femmes en tchadors dorés. Une dizaine de très jeunes enfants suivaient en pleurant.

Plusieurs porteurs outrageusement chargés fermaient le peloton. Avec le prix des billets d’avion, les voyages de cette famille ne doivent pas être donnés…

Mais peut-être ont-ils leur propre avion ?

On croise aussi des hindous, des américains, des mexicains et bien sur, des japonais. Ils sont très drôles car lors de la fouille manuelle aux douanes, ce sont les seuls à ne pas vouloir qu’on les touche.

Les hommes japonais rougissent et les femmes lèvent les yeux au ciel en prenant une grande bouffée d’air quand un douanier leur touche le corps. Ca promet.

Les équipages des avions sont aussi très intéressants à regarder.

Leurs uniformes reflètent leur pays d’origine. Les hôtesses de Cathay Pacific sont les plus belles. Leur costume ressemble à des papillons multicolores.

Mon trac est toujours présent.

Voila trois nuits que je dors très peu et très mal. J’ai une boule dans le ventre avec, en son centre, de l’acide chlorhydrique pur. Ca fait mal. Merci à l’inventeur du Maalox.

Les quelques semaines de répétitions intensives ne m’ont pas rassurées au point d’être serein le jour du départ.

J’ai reçu hier soir quelques coups de fil de copains magiciens. Ca m’a fait très plaisir.

Mon fligth-case doit déjà être dans l’avion pour Tokyo.

J’espère qu’il y est vraiment car sans lui je n’ai plus de raison d’aller à Yokohama.

Il contient un minimum d’affaire, mais les plus importantes (63 Kg).

J’ai bourré à ras bord ma petite valise que je peux prendre avec moi en cabine dans l’avion.

Elle pèse 18 kg ! Je passe en souriant stoïquement devant les douaniers comme si elle était légère.

Le plus drôle c’est au passage des rayons X. En dehors d’un short et de 2 tee-shirt, elle est remplie de boulons, de vis, d’équerres métallique, d’outillage.

Bref tout ce qui pèse lourd.

Cela m’a sensiblement diminué mon coût de fret.

Pour les vêtements par exemple, je n’ai presque rien pris.

En dehors du costume de scène, j’ai un short, deux tee-shirts et un pull.

Au prix du kilo de bagage en surcharge, il vaut mieux acheter sur place. On a droit normalement à 23 Kg. C’est tout juste le poids du fligth-case vide !

Les hauts parleurs distillent les annonces de vols. Il y en a plus d’une centaine par heure.

Bonjour le trafic. Je m’attends toujours à ce qu’une voix langoureuse nous annonce :  » Vol 901 à destination de Hawaii, embarquement immédiat porte 2 « . Ca y est le trac revient. C’est violent.

Je suis assis juste en face des douanes et des machines à rayons X.

Je crois que la meilleure prise de ce jour sera un godemiché à moteur dans un sac à main d’une dame très bourgeoise.

L’écran change les couleurs du contenu des valises et les moteurs et l’électronique apparaissent en rouge…

Les douaniers se sont appelés mutuellement en rigolant poliment.

La femme ne pouvait voir à l’écran l’objet de la plaisanterie, mais eux et moi, si !

ls ne lui ont pas demandé de le sortir, heureusement, je suis sûr qu’elle se serait évanouie. Vous le saurez maintenant.

J’ai faim et j’ai sommeil. Comme d’habitude quand je suis dans un aéroport.

Voilà deux ans et demi que Kiwi et moi mettons de l’argent de côté pour ce voyage.

Cela fait longtemps que nous avons réduit notre budget quotidien.

Nous n’avons pas pris de vacances en 93.

Nous pensions nous marier cette année, mais vu le coût de ce voyage, nous le ferons l’année prochaine.

C’est un choix que nous avons fait. J’espère que nous ne le regretterons pas. Les pages suivantes nous le diront.

Bref, nous y avons cru et avec l’aide de quelques chèques supplémentaires nous avons pu concrétiser ce projet.

Participer à une FISM est un doux rêve que je caressais depuis Lausanne.

Je tenais à remercier le club de Lyon en la personne de Jean-Yves PROST, le club de Grenoble et l’AFAP pour le coup de pouce financier qu’ils m’ont donné. Cela m’a payé une partie du transport du fligth-case.

Et comme tout le monde n’a pas pu réaliser ce voyage à cause de l’aspect financier, ce carnet de notes est là pour partager ces moments avec vous… (C’est beau ça, non ?).

Kiwi ne part pas avec moi. Elle me rejoindra après la FISM.

Non qu’elle n’aime pas la magie, mais je suis assez imbuvable quand j’ai le trac.

Je suis très concentré et plus rien n’existe autour de moi. Même plus elle. Alors nous avons choisi ce compromis.

 Retour à la page Sommaire > Lire la suite Jeudi 21 Juillet 10h30

Abonne-toi !

Chaque semaine, je partage tous les bons plans et actualités sur l'univers de la magie et du mentalisme.
Rejoins les 16 761 magiciens déjà abonnés.

Article précédent18e FISM 1994 à Yokohama – Carnet de Voyage de Jean-Philippe LOUPI
Article suivant18e FISM 1994 à Yokohama – Carnet de Voyage de Jean-Philippe LOUPI
A l'âge de 7 ans je reçois une boite de magie. C'est le coup de foudre ! je fais mes premières scènes à 14 ans au Théâtre St Jean de Dieu à Paris. Je travaille alors les manipulations et le Close-Up. J'intègre la Fédération Française des Artistes Prestidigitateurs à 20 ans et deviens Champion de France de Close-Up à 24 ans. Je continue mon parcours artistique avec le Théâtre et l'improvisation (Coach de l'équipe Pro de Grenoble durant 2 ans) et différentes disciplines des arts visuels (Mime, danse, Jazz, claquettes, masque, régie technique, régie générale, etc.). J'ai présenté de nombreux concours avec succès tant en France qu'à l'étranger, avec le numéro théâtralisé du "Fantôme de l'Aéroport". Mon objectif aujourd'hui est de dépoussiérer l'image du magicien traditionnel, simple présentateur de "trucs", au profit de la scénarisation des spectacles magiques et de la mise au premier plan de l'émotion du public. Ce que ressent émotionnellement le spectateur est ma priorité. Cette approche théâtrale de l'illusion et l'originalité de mes créations donnent à mes spectacles un apport très novateur et me différencie des autres spectacles magiques.