4. Travailler au Japon
ou comment voyager au Japon grâce à la magie de rue

Extrait de la Conférence en 10 Points

Comme chaque année en avril, Yokohama accueille de nombreux saltimbanques (jongleurs et magiciens) pendant le festival “Nogué Daidogué” des arts de la rue.

Neuf mois se sont écoulés depuis la FISM et le Japon a déjà bien changé : beaucoup de jeunes se font teindre les cheveux, la crise s’installe doucement et le terrorisme a fait son apparition.

Premières conséquences : toutes les poubelles publiques sont condamnées et l’exposition internationale de dix mois “World City” prévue à Tôkyô l’année prochaine sera probablement annulée.

Sans ajouter que depuis la catastrophe de Kobe, il est fort déplacé de prendre les tremblements de terre à la légère.

L’ouverture du festival a lieu dans un théâtre situé au cinquième étage de la plus haute tour du Japon (à 500 mètres de l’hôtel où se tenait la FISM) devant à peine 60 spectateurs.

Il faut dire que la terre a encore bougé hier et que l’après-midi même, une nouvelle attaque au gaz vient d’avoir lieu dans la gare de Yokohama distante de seulement 800 mètres !

La météo ne vient pas arranger les choses : il a plu tout le temps.

Les artistes joueront seulement une ou deux fois pendant le festival. Tous ces événements ont fait fuir le public et quelques artistes ne parviendront même pas à construire un cercle de spectateurs !

Tout cela m’amène à parler du spectacle de rue. Sachant que les cabarets ont disparu ici et à moins de pouvoir donner une conférence à ces paisibles retraités que sont les magiciens japonais (à l’instar de Jean MERLIN, Guy LORE, Bernard BILIS, Jean-Jacques SANVERT, Bruno COPIN ou Jean-Pierre VALLARINO), c’est quand même un nouveau marché pour les magiciens.

Au Japon, les spectacles organisés en plein air sont extrêmement nombreux. Pour les magiciens et les jongleurs, c’est même l’unique débouché entre avril et septembre !

Le spectacle de rue s’est beaucoup développé ces dernières années.

Rien qu’en France, les manifestations de ce genre se comptent désormais par dizaine chaque été.

Le théâtre, le cirque, le mime, le jonglage, la musique s’y sont adaptés mais la magie me semble n’y figurer qu’en simple art annexe, principalement exécutée par des jongleurs.

Je travaille en ce moment au Japon dans un parc d’attractions, sans attractions autre que la nature.

C’est pourquoi la direction a fait appel à une dizaine d’artistes de rue pour l’animation sous le titre “Festival mondial des saltimbanques”.

Façon de parler car si nous avons sur le papier : un français (moi), un danois, un canadien, deux américains, un brésilien, un anglais et trois japonais, il faut savoir que :

  • Tous parlent couramment l’anglais et fort bien le japonais. Le tiers parle français !
  • Les trois-quarts résident de façon permanente au Japon.
  • Le niveau des japonais (technique et showmanship) est catastrophique (ceux qui ont assisté à la FISM de Yokohama me comprendront).
  • Ce sont presque tous des jongleurs (sauf un mime japonais et un marionnettiste brésilien) mais la plupart utilisent un peu de magie.

 La situation reflète la réalité du spectacle de rue au Japon. Vous désirez tenter votre chance ?

Voici quelques éléments :

Tout comme en France, ce sont des Africains qui vendent dans la rue statuettes en bois, ceintures et sacs en cuir, eh bien, au Japon, ce rôle est tenu par des israélites et de même, le spectacle de rue ne se conçoit pas sans occidentaux.

Les américains sont les plus nombreux. Pendant leur études, ils jouent dans la rue pour arrondir leurs fins de mois.

Quelques-uns, sensibles au charme asiatique et à la puissance du Yen décident de rester là et poursuivent une carrière honorable.

Profitant de cours du soir sur tatami, leur japonais progresse rapidement.

De plus, en sus de leur excellent niveau technique (il faut savoir qu’ils jonglent dans leur cour de récréation comme nous jouons au football et que maîtriser les cinq massues est devenu le minimum technique), ce sont pour la majorité des entertainers avertis.

On rit sans arrêt et leur rythme est excellent.

Inconvénient : l’homogénéité de leurs prestations : teint et muscle californien, accent américain, jonglage des balles puis des massues à terre puis sur un grand monocycle et final avec les torches enflammées.

Ah oui de plus, au Japon, tout le monde sans exception fait aussi de la sculpture sur ballons !

Bref, il n’est pas rare de voir les même effets d’un artiste à l’autre, même si chacun en revendique naturellement la paternité.

En l’absence de congrès, toute nouveauté apportée par un visiteur temporaire est aussitôt reprise à l’unisson par ses confrères.

L’ambiance n’est donc pas à la collaboration, loin s’en faut.

Seul le travail, encore assez facile à trouver, entretient l’illusion d’une cohésion artificielle dans ce qui pourrait devenir sous peu, la crise aidant, un véritable panier de crabes.

En dehors des parc d’attractions, les fêtes d’ouvertures de magasins, les kermesses scolaires et les sorties d’entreprises sont l’occasion d’organiser ces manifestations.

Vous vous retrouverez presque toujours en compagnie d’autres collègues.

Le déroulement de la cérémonie est invariable :

  1. Départ très tôt le matin en compagnie d’un employé de votre agence qui “prendra la responsabilité” de votre travail.
    Note en passant : impossible de prospecter soi-même au Japon, surtout pour un étranger.
  2. Plusieurs heures de train plus tard, arrivée très tôt sur les lieux.
    Première réunion : il faut raconter exactement ce que l’on fera et confirmer que l’on bannira tout effet basé sur le feu.
    Les japonais ont horreur des surprises. Un employé de la société qui vous a engagé sera alors attaché à vos baskets toute la journée et communiquera tous vos déplacements par talkie-walkie.
    La moindre requête verra votre cerbère paniquer avant de vous répondre par l’inévitable “damé” (“ce n’est pas possible”).
  3. Vous devrez effectuer votre prestation de 15mn trois fois dans l’après-midi à 13h, 15h et 17h, à un endroit précis, en plein soleil, suivi et précédé par un artiste américain.
    Sono et micro-cravate seront toujours fournis.
    Attention, on démarre à la seconde près et vous devrez être en position de “stand-by” (un mot que vous apprendrez bien vite), c’est à dire prêt à commencer, dix minutes avant votre horaire. Puis banquet avec tout le monde et retour le jour même par train ou avion dans votre hôtel.

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