1. Sale Vent des Amériques
ou comment déjouer les plans de ceux qui veulent devenir rentier de la magie à bon compte

Extrait de la Conférence en 10 Points

Depuis quelques mois, une mention inédite figure en bas de nombreux tours commercialisés par la Maison Mayette :

« La vente d’un produit ne vous laisse aucun droit autre que de l’effectuer dans le cadre familial comme tout copyright musique, littéraire, vidéo et autres. Demandez à l’auteur si vous devez effectuer cet effet dans un cadre professionnel ».

La plupart, incrédules, n’y ont tout d’abord pas cru mais c’est la réalité et il est temps d’ouvrir le débat.

Il semble que ce nouvel état d’esprit nous soit insufflé par la manie des américains de s’entretuer à coups de procès et de s’entourer d’avocats pour tout et n’importe quoi.

Ces derniers temps, on parle beaucoup de procès dans le monde magique (David COPPERFIELD et l’homme volant, Mayette et Imagik, Majax et Magicus, etc.).

Aux Etats-Unis, on voit même des campagnes publicitaires destinées à enrayer l’engrenage infernal.

L’Europe va encore réagir avec retard et bon nombre d’informaticiens sentant le vent tourner devraient dès maintenant se recycler dans la profession d’avocat.

Qu’il est loin le temps où un Jean VALTON, inventeur de la carte à points qu’il présenta lors d’un concours, voyait avec fierté sa trouvaille enrichir le monde magique d’un nouveau concept, décliné encore aujourd’hui chez tous les marchands de trucs.

Là où il est, je suis sûr que l’on est proche de son état d’esprit.

Un tour devient désormais le godemichet idéal pour se livrer à une masturbation solitaire et on tolérera à la rigueur une exhibition restreinte au cercle familial.

Interdiction de le faire en public, non seulement à la télévision, mais aussi lors d’un gala (scène ou close-up), sans accord préalable (le flou le plus artistique quant à la redevance règne à ce sujet).

Vous me direz, cela ne va pas changer grand chose dans les faits et vous aurez malheureusement raison.

Un jour, j’entendis Gaëtan BLOOM me raconter qu’il n’avait jamais vu personne réaliser son tour des épingles enclavées quoique ce fût un best-seller.

« Copier quelqu’un, c’est du plagiat. Copier plusieurs, cela devient de la recherche ! »

On vous dira aussi que c’est déjà le cas des disques ou des vidéos.

Mais l’amalgame des genres est grotesque pour de multiples raisons :

      1. Écouter un disque ou visionner un film ne réclame aucun travail ni aucun investissement personnel. Le plaisir pris par les spectateurs ne dépend guère de vous. Ce n’est évidemment pas le cas d’un tour de magie, même automatique.

      2. Présenter un tour de magie, c’est d’abord exprimer son talent.

        Les admirateurs d’Albert GOSHMAN semblent avoir oublié son leitmotiv : « You are the magic » qui signifie que c’est VOUS qui êtes important, pas ce que vous faites. Buffon disait déjà « Le style, c’est l’homme ».

        Entre vos mains, le tour n’est qu’un outil qui fera ressortir la magie que vous possédez. A-t-on déjà vu un menuisier payer des royalties pour utiliser son marteau ? Non, on lui demandera simplement de ne pas se mettre à commercialiser le même marteau et là, c’est tout à fait légitime (Cf l’affaire YOGANO).

      3. « Nous sommes des nains assis sur les épaules de géants » nous a t-on maintes fois ressassé. Les auteurs les plus honnêtes citent la liste impressionnante des magiciens dont les idées ou les améliorations ont hissé leur routine au panthéon de la magie moderne. Plus la liste est longue, moins on a de scrupules à s’emparer d’un effet : « Copier quelqu’un, c’est du plagiat. Copier plusieurs, cela devient de la recherche ! » A-t-on le droit de scléroser toute recherche en brevetant son apport personnel ?

Heureusement, de grands juristes ont médité avant eux et tranché depuis longtemps : IL EST IMPOSSIBLE DE PROTÉGER UNE IDÉE et rien qu’avec cet argument, vous serez inattaquable dans 90% des cas.

Reste la protection de la mise en scène.

C’est normal et possible depuis longtemps à la SACEM.

De plus, le plagiat deviendrait flagrant et rares sont ceux qui trouvent un engagement de la sorte.

Et lorsque c’est le cas, le tollé qui en résulte les confine à la quarantaine pour longtemps.

Alors pourquoi ce décret ? Pour gagner davantage d’argent ?

N’est ce pas suffisant de voir certains marchands commercialiser des photocopies d’effets du domaine public à des sommes sans rapport avec le travail fourni (ex : « Out of this world », « Les coupes inépuisables », « La chasse aux pièces », « La cigarette dans la veste », etc.). Je ne pense pas que ce soit le cas ici.

Non, il faut chercher ailleurs. Il me semble y déceler là un cri de détresse, la souffrance inconsolable de n’être point reconnu, point adorés par la communauté magique pour leur apport à notre art.

Étonnamment, cela n’a jamais été un problème pour les très grands. Eux avaient surmonté leur problème d’ego et n’ont jamais eu besoin de copyrighter leur génie pour que chacun leur voue une éternelle reconnaissance.

Oh bien sûr, il y a quelques arnaques à l’histoire : ainsi sait-on pourquoi Einstein n’a jamais reçu de prix Nobel pour sa théorie de la relativité ?

Simplement parce que toutes les bases avaient été déjà jetées par le français Poincaré. Cocorico !

Un autre exemple : Darwin n’a jamais mentionné Lamarck dans sa théorie de l’évolution.

Il s’est battu toute sa vie sur le seul détail qui les différenciait :

« Les caractères acquis ne sont pas héréditaires ».

Pourtant la véritable révolution était de dire que les espèces évoluent.

C’est le cas encore aujourd’hui car le sujet est encore tabou dans les universités islamiques.

Paradoxalement, plus la copie est flagrante, plus on a tendance à se protéger :

Au cirque, les clowns blancs sont tellement semblables que chacun dépose à la SACEM la manière de tracer son gros sourcil !

Je suis toujours surpris que les magiciens persistent à feindre d’ignorer qu’il y a autant de créativité, d’intelligence et de beautés dans une calculette ou une montre à dix francs que dans les plus beaux fleurons de l’Art magique.

Même pour un simple marteau, une visite au BHV vous montrera tous les perfectionnements « hig-tech » issus d’années de recherche. Leur créateurs ne sont pourtant pas des machines.

Dans un autre article, je montrerai qu’il n’y a pas davantage d’artistes dans notre profession que dans n’importe quelle autre.

 Choquant ? Non, lucide.

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