Laurent BERETTA
en 5 dates

Le 27 janvier 1973
Naissance
1984
Ramasse des cartes que Richard Ross avait envoyé dans la salle lors de « Magie à genève » organisé par Pavel.
Immédiatement après, achète un jeu de cartes Bee à Domenico Dante.
Il fallait voir la taille des cartes par rapport à mes mains !
Juin 1984
Premiers pas sur scène avec un numéro de manipulations de cartes pour la fête de fin d’année du collège.
1993
Départ pour Boston, travaille chez Hank Lee’s Magic Factory et engloutis des centaines de livres
1998
Premier concours AFAP.
Ne sait pas se maquillerQuand je revois la vidéo on dirait que je suis passé sous une lampe UV pour griller les poulets.
Deuxième prix de manipulation, troisième de cartomagie

1999
2ème prix scène Colombe d’Or
Première fois de ma vie ou je fous un coup de pied dans mon tabouret et tout se casse la gueule ! Au même moment, panne dans la régie : plus de musique !
Le rideau se ferme, Majax vient me voir et me dit: « Ramasse tout et tu recommences tout de suite ! »

2002
Premier passage au plus grand cabaret du monde.
Chiale comme un môme devant 7 millions de personnes

2004
Baguette d’or Monte Carlo Magic Stars

2005
Deuxième passage au PGCDM

2007
Création du spectacle Paradoxes

Illusionniste manipulateur reconnu, homme mystérieux et réfléchi, Laurent nous livre un peu plus de lui-même dans cette interview où il nous donne sa vision de la magie et, surtout, son avis sur le monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui.

VM : Vous êtes actuellement magicien professionnel. Qu’est ce qui vous a orienté sur ce choix ?

LB : Je suis passionné depuis l’age de 11 ans !

La volonté farouche d’un adolescent qui ne se voyait pas passer sa vie dans un endroit identique tous les jours, mais aussi et surtout la soif de m’exprimer sur scène et au contact des gens, de créer un monde, un univers qui me permette de sculpter des images esthétiques et éphémères.

C’est un travail qui fait que l’on se remet en cause tous les jours. J’aime cet état d’esprit où rien n’est acquis.

VM D’ou vous vient cette passion pour Oscar Wilde et pourquoi avoir choisi des phrases de cet auteur pour illustrer les différentes parties de votre show ?

LB : Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, c’est grâce à ce livre que j’ai pris la décision de vivre de ma passion.

Une phrase en particulier m’a fait avoir un vertige, une prise de recul soudaine et abrupte où le temps soudain se fige :

« Il est des moments où il faut choisir entre vivre sa vie pleinement, entièrement, complètement, ou mener l’existence dégradante, fausse et creuse que le monde dans son hypocrisie nous impose. »

En lisant cette phrase alors que j’étais en licence de finance je me suis dit : que veux-tu réellement faire de ta vie ? La magie s’est imposée à moi immédiatement.

Quant aux phrases de Wilde, je trouve qu’elles restent étonnamment actuelles malgré la mort de leur auteur voilà plus d’un siècle. Wilde était un épicurien provocateur et raffiné, qui au détour d’un paradoxe vous choque, vous fait soudainement réfléchir, rire ou encore frémir.

C’est un magicien du verbe. Ses phrases sont pour moi de véritables baguettes magiques émotionnelles.

Et puisque c’est grâce à lui que j’ai pris conscience de vivre de ma passion, en ayant la passion de vivre, il me semblait naturel de lui rendre hommage.

VM : En quoi la magie s’apparente t-elle selon vous à un art ?

LB : A mon avis si la magie est présentée comme une expérience de défi à l’intelligence des spectateurs, si elle n’est pas mise en scène, si elle n’est pas chorégraphiée, si elle ne reflète pas un minimum son époque ou si elle ne tend pas vers quelque chose de beau, je la trouve incroyablement ringarde.

La plupart des magiciens sont des obsédés du secret, qui se limite à la forme. Comme disait Jim Steinmeyer, inventeur d’illusions révolutionnaires :

«les magiciens gardent un coffre fort VIDE »

La magie du secret est la magie de la technique, la magie sans vie, la magie nombriliste.

J’ai beaucoup d’admiration pour les danseurs, les jongleurs, les acrobates, les chorégraphes et les metteurs en scène qui ont un regard autre de la réalité, une approche du mouvement qui tend toujours vers le symbolique et parfois la beauté pour mieux communiquer avec leur public.

Quand je vois un artiste comme Viktor Kee, un jongleur du cirque du soleil qui mélange la danse, les acrobaties et une technique de jonglage calée à la milliseconde sur la musique, je vois quelque chose au delà du réel, qui m’ouvre une porte sur la beauté : je vois quelque chose de véritablement MAGIQUE, quelque chose de grand.

C’est en voyant de tels artistes que je me suis dit que la magie existait en dehors du « trucage » Toute forme d’art qui stimule l’imaginaire et nous fait plonger au cœur de nous-mêmes est une forme de magie elle aussi. Je suis partisan d’un sens beaucoup plus large au terme magie.

 VM : Vous avez fréquenté, travaillé et évolué au sein de différents milieux artistiques : illusionniste (vendeur d’accessoires à vos débuts et professionnel), cabaret, danse, etc. Que tirez-vous de la rencontre avec chacun de ces univers ? Qu’est-ce qui vous a le plus séduit ou déplu ?

La vraie magie est décomposée en 2 entités :

  1. la technique maîtrisée qui compte pour 10%
  2. les 90% restants c’est l’art de la présentation, l’émotion magique qui lui fait retrouver sa valeur d’art, l’art du spectacle.

La magie est trop souvent focalisée sur la technique, et pas assez largement sur l’expérience que va ressentir le public. Je me suis rendu compte que j’aurais dû faire de la danse beaucoup plus tôt dans ma vie.

Au niveau de la vision du spectacle, de la personne sur scène, de l’hygiène de vie, la danse est un monde dont les magiciens ont beaucoup à apprendre.

Un artiste est avant tout quelqu’un qui est capable de donner une énergie. Avec la danse, on apprend à communiquer par une gestuelle, on représente une forme d’énergie que l’on va puiser en soi pour ensuite la partager avec le public.

Laurent BERETTA

Les magiciens ne vont pas chercher cette énergie parce qu’il se concentrent uniquement sur le fait de « bluffer » leur public avec leurs « trucs ». Peut être y trouvent-ils une gratification personnelle ?

Pour moi ils s’éloignent des gens.

Certes la magie est bluffante en tant que telle mais si on la contextualise et si on la renforce avec la puissance évocatrice de la danse et un minimum de sens théâtral alors elle prend une autre dimension qui est celle de l’émotion, l’expression d’une expérience humaine commune.

C’est dans cette direction que je veux continuer de créer et amener les spectateurs dans un monde où la beauté soudain nous surprend et nous plonge au cœur de notre vraie nature.

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