Christian FECHNER
en 6 dates

26 Juillet 1944
Naissance

1977
Début de son amitié avec Georges PROUST

1979
1er prix en Grandes Illusions et en Invention à la FISM à Bruxelles

1981
Début de sa collaboration avec Siegfried et Roy et David COPPERFIELD

1988
Sortie de son premier ouvrage : Soirées Fantastiques

1995
Découverte des archives inédites et inviolées de ROBERT-HOUDIN

Chers amis magiciens,

Les questions qui ont été évoquées au cours du débat engagé sur Virtual Magie à propos de la souscription de mes ouvrages « La Magie de Robert-Houdin – Une vie d’artiste » sont de nature assez différentes.

Je répondrai tout d’abord aux plus anciennes, celles qui ont été évoquées au cours du sujet « Fechner, Robert-Houdin, PROUST, mauvais calcul ?« .

Ces dernières peuvent être classées en trois catégories distinctes :

1° – S’il semble légitime ou inévitable à la plupart des intervenants de faire de lourds sacrifices financiers pour des leçons, pour des tours, des gimmicks, des cassettes, des livres d’explications de trucs ou de techniques, ces mêmes intervenants supposent, à tort, que la culture magique n’est pas indispensable au working performer et désirent, avec une générosité qui les honore, qu’elle soit accessible à tous et dans tous les cas de figure à des prix très modestes : type livre de poche !

2° – Certains internautes semblent penser que le prix de ces deux livres – qu’ils n’ont pas encore vus ! – est trop élevé et, bien qu’ignorant tout de leur contenu, déplorent que je n’ai pas fait le choix de les éditer à l’intention du grand public ce qui, toujours d’après eux, aurait permis de faire baisser sensiblement leur prix de vente et largement contribué à la promotion de l’histoire de la magie.

Christian FECHNER3° – Enfin le ton de la publicité de ces ouvrages a semblé paraître « brutale » ou trop « explicite » à certains car Georges PROUST et moi-même avons commis la faute apparemment impardonnable d’écrire la stricte vérité au lieu de mettre en avant l’étendue de notre travail, de nos efforts constants depuis des années pour que ces livres puissent exister un jour, de notre souci de mettre à la disposition des magiciens des volumes utiles qui fassent honneur à leur bibliothèque et à la littérature magique et les énormes risques financiers qu’il a fallu prendre pour que le contenant soit à la hauteur du contenu.
De plus le fait d’annoncer que ces ouvrages ont un tirage limité, ce qui est le cas de 95 % des livres magiques qui ne sont jamais réédités, n’a vraiment rien de désobligeant surtout quand on donne aux lecteurs, grâce à une souscription avantageuse, la possibilité de les acquérir dans des conditions très privilégiées. Quand à celui de rappeler les prix atteints en vente publique par mes précédents livres, aujourd’hui épuisés, il n’avait d’autre but que d’éviter les scènes pénibles qui se sont produites à l’Académie de Magie il y a quelques années où, avec beaucoup de mauvaise foi, certains magiciens ont fait de grands reproches à Georges PROUSTcar il n’avait pas assez « insisté » auprès d’eux, prétendaient-ils, pour qu’ils souscrivent à bon compte à « Soirées fantastiques » !

Comme rien ce de qui a été écrit dans ce débat ne m’a heurté ni choqué et que j’ai trouvé son contenu intéressant et d’une bonne tenue de but en bout, je souhaite également que la franchise de mes réponses, sans démagogie mais aussi sans complaisance, ne soit pas considérée comme des reproches à l’égard d’aucun des intervenants mais exclusivement pour ce qu’elles sont : l’expression de quelques-unes de mes convictions profondes sur la meilleure façon d’aborder l’étude de l’art magique afin d’en tirer le profit artistique maximum. Convictions auxquelles personne n’est évidemment obligé d’adhérer.

C’est à la première question que je consacrerai le plus d’espace car elle est à mon sens fondamentale.
Il m’apparaît surprenant que l’immense majorité des magiciens qui se gargarisent des mots « art magique » n’aient absolument pas conscience du véritable sens qu’ils revêtent ni des devoirs au sens propre comme au sens figuré, qu’ils impliquent.
S’il est en effet possible de devenir à peu de frais « magicien » et d’arriver à distraire sa famille ou ses collègues de travail cela ne suffit pas à l’évidence pour mériter le nom d’artiste. Pour que le travail, la détermination et les sacrifices de toute nature que réclament l’étude et la pratique de l’art magique deviennent un jour « payants », et que puisse s’épanouir enfin pleinement le talent de chacun, il faut que ces efforts bénéficient du puissant apport des fondations qui soutiennent tous les arts : la culture.
Qui aurait l’inconscience de prétendre que les magiciens seraient plus créatifs, plus audacieux, ou plus avant-gardistes dans leur domaine, que les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les compositeurs, les chorégraphes, les metteurs en scène, les artistes lyriques, les écrivains, les comédiens ou les cinéastes ? Je ne connais pas pour ma part aucun grand peintre ou sculpteur qui n’ait étudié assidûment les techniques des maîtres du passé, aucun grand musicien ou comédien qui ne connaisse « sur le bout des doigts » ses classiques, pas plus que de grands cinéastes qui ne soient des cinéphiles avertis.

Il ne suffit pas de s’astreindre exclusivement aux techniques modernes les plus sophistiquées pour devenir un grand magicien ; il faut en parallèle se nourrir de la démarche créative et de l’expérience des maîtres d’hier. Ce n’est qu’en ayant compris et digéré, puis mis en perspective dans le contexte artistique et social de l’époque, les prestiges légendaires de ceux qui ont écrit les pages les plus glorieuses de l’histoire de la magie que l’on peut se forger un arsenal d’armes nouvelles et éprouvées qui, alliées aux techniques d’aujourd’hui, permettent de créer la magie de demain.

Pourquoi pensez-vous que Robert-Houdin puis Harry Houdini furent tous deux les plus grands collectionneurs d’art magique de leur temps doublés d’historiens particulièrement érudits ? Pourquoi David CopperfieldRicky JayBill KalushJohn Gaughan ou Jim Steinmayer, pour ne citer que des talents américains, suivent-ils depuis des années cette même voie ?

Croyez-vous sincèrement que ce qui relie ces deux artistes légendaires de notre histoire, le plus grand illusionniste de notre époque, un maître du close-up, le producteur de David Blaine ou les deux plus fertiles créateurs d’illusions d’aujourd’hui, est une sorte de goût morbide pour le passé, pour les vieux livres, les appareils d’antan, ou les documents poussiéreux ? Tous ces grands artistes qui sont -ou furent – les ténors incontestés de leurs spécialités respectives savent qu’ils peuvent puiser leur inspiration à la source inépuisable des racines de l’art magique. Il appartient à chacun de faire son profit des pépites et des pierres précieuses qu’ont semé ici ou là à notre intention les maîtres du passé.

C’est cette conviction profonde qui m’a amené à consacrer sept ans à l’élaboration de « La Magie de Robert-Houdin » car je suis intimement persuadé que la découverte du cheminement créatif de ce que j’appelle « la pensée magique de Robert-Houdin » permettra à chaque magicien d’acquérir un savoir supplémentaire et une forme de pensée créatrice qui sera je l’espère aussi enrichissante pour eux qu’elle l’a été pour moi.
Robert-Houdin   On peut évidemment rétorquer que jouer au tennis le week-end n’implique pas que l’on ambitionne de devenir John Mac Enroe et que chaque joueur de foot du dimanche ne prétend pas égaler Zinedine Zidane. Chacun est libre en effet de ne voir la magie que comme une simple distraction qui permet de briller facilement en société. Personne n’a la moindre obligation d’être animé par l’ambition d’aller plus loin dans l’étude et la maîtrise d’un art complexe et fascinant dont la culture est le complément indissociable de son répertoire et de ses techniques. Pour ceux-là l’accès à « la pensée magique de Robert-Houdin » est un niveau initiatique probablement superflu car s’ils découvriront, j’en suis sûr, quantités de faits, de secrets, de conseils pratiques ou d’histoires passionnantes illustrées de superbes documents, ces aimables magiciens dilettantes se contenteront de feuilleter ces ouvrages comme une luxueuse bande dessinée et passeront peut-être, et à mon grand regret, à côté de l’essentiel.

Passons au second point qui concerne le tirage de ces livres, le parti pris de ne les diffuser que dans le milieu magique et « l’importante » question de leur prix.

   La plupart de ceux qui se sont exprimés sur Virtual Magie ont porté un jugement « d’expert » sur des livres qu’ils ne pouvaient avoir vu puisqu’ils n’étaient pas encore imprimés. Comme je ne doute pas de leur sens de l’humour, je leur conseillerai amicalement de se consacrer au close-up et à l’illusion et d’oublier pour un temps le mentalisme ou la divination pour lesquels ils ont apparemment peu de dispositions.

Mes ouvrages sont réalisés sur les mêmes critères que la plupart des livres d’art que l’on trouve dans les librairies spécialisées et sont sur de nombreux points plus luxueux que beaucoup d’entre eux. Le sujet que je traite, et qui est l’honneur de la magie française, impose cette exigence de qualité. Leurs prix correspond donc aux prix de ces ouvrages et une diffusion grand public n’aurait eu que des conséquences très marginales sur leur prix de vente et n’aurait pas pu excéder quelques Euros de moins par volume.

En effet, ce que semblent ignorer les internautes c’est qu’un éditeur grand public ne perçoit qu’à peine 40 % du prix de vente de ses livres pour couvrir l’ensemble de son investissement et les droits d’auteur, les 60 % restants se répartissant entre le distributeur, le libraire et les taxes.

Comme beaucoup d’intervenants n’imaginent pas que des livres retraçant la magie des grands maîtres du passé leur soit utile et comme ils ne prennent même pas la peine de se renseigner sur leur contenu exact ils « bottent en touche » en direction du grand public…
Or ces ouvrages ne sont absolument pas destinés au grand public. Ils ont été écrits et pensés à l’intention des magiciens. Ils rentrent dans une foule de détails, ils retracent des pratiques magiques professionnelles qui ne regardent personne d’autre que les afficionados et donnent un certain nombre de clefs qui ne doivent avoir que des magiciens pour lecteurs.

Mes activités cinématographiques sont entièrement tournées vers le grand public et, à tort ou à raison, je pense avoir une idée précise de ce que celui-ci recherche.
Quand aux choix et aux besoins des magiciens, sans pour cela prétendre détenir une quelconque parcelle de vérité, disons que je me fie à mon instinct. C’est la responsabilité et le devoir des amateurs d’art magique que de tout tenter pour faire partager à leurs pairs un savoir qui peut être utile au plus grand nombre d’entre eux.

Venons-en au tirage et au prix sur lesquels j’ai lu quantité de déclarations, ou de suggestions, fort sympathiques au demeurant mais bien souvent très naïves.

Qu’est-ce que représente le tirage d’un « best-seller » dans le très étroit marché magique ? Je ne parlerai pas ici des ouvrages d’initiation à l’usage des débutants dont les tirages cumulés peuvent atteindre, au fil des années, plusieurs milliers d’exemplaires. En règle générale, si tant est qu’il puisse y avoir une règle en la matière, les livres dont les tirages s’échelonnent entre 500 et 1000 exemplaires sont suffisamment rares pour mériter le nom de « best-seller » et l’on ne trouve d’ailleurs dans la fourchette haute que des livres décrivant exclusivement des tours.

Pour des livres que certains considèrent bien à tort comme superflus et dans lesquels on classe les ouvrages historiques, dont la biographie de Buatier de Kolta est le dernier exemple sérieux, on peut espérer atteindre un tirage de 500 exemplaires. Ce chiffre est en soi particulièrement peu élevé car tout magicien devrait avoir à cœur de posséder dans sa bibliothèque, même au prix de quelques sacrifices, des ouvrages consacrés à un génie comme Robert-Houdin auquel l’art magique et la magie française en particulier est tellement redevable.

Dans ce cas précis le fait d’être obligé de vendre 2 volumes de grand format de près de 450 pages chacun, rend le pari financier et artistique encore plus hasardeux. Les purs esprits qui s’indignent avec talent sur leur clavier en criant au « scandale » devant mes petits « tirages » qui ne vont pas manquer de les priver, écrivent-ils, d’une lecture dont ils semblent tant « rêver », ne font évidemment pas un geste pour les commander pas plus d’ailleurs qu’ils ne se renseignent sur la possibilité de les acquérir à tempérament.
D’autres, qui ont quant à eux le mérite d’une indiscutable sincérité, ont fait cette démarche auprès de Georges PROUST qui leur a réservé, je le sais, le plus généreux des accueils.

Ces internautes se contentent de faire des suggestions volontairement ou involontairement démagogiques et reprochent à l’éditeur de ne pas publier les deux volumes séparément. Or, si cela est possible dans le cas d’un livre d’explications de tours, cela équivaudrait en l’occurrence à publier la vie, l’œuvre et la carrière de Robert-Houdin en feuilleton, comme à la fin du XIXe siècle ! Ces intervenants paraphrasent aussi quelquefois la fable du « Renard et des raisins » : puisque nous ne pourrons pas acquérir ces livres à cause de son prix excessif [sic] et de son trop faible tirage [sic] nous nous rabattrons donc sur les autres sources existantes ! Or quelles sont ces autres sources et à quel prix y a-t-on accès : l’ouvrage de Jean Chavigny, épuisé depuis près de 50 ans, et pour lequel il faut débourser en salle des ventes de 2.000 à 3.000 F., les collections de « l’Illusionniste », de « l’Escamoteur » ou de « Passez-Muscade » pour lesquelles on doit débourser de 8.000 à 15.000 F., si on a le bonheur de les trouver, ou encore « l’Histoire de la prestidigitation » de Max Dif à 3.500 F. et les livres de Robert-Houdin dont les prix s’échelonnent entre 1.500 et 15.000 F. Décidément les raisins sont trop verts !

Et l’on écrit n’importe quoi, probablement sans en avoir conscience. Ces aimables « conseillers » auraient pu me faire un certain crédit, du moins jusqu’à la parution du livre, et supposer ou laisser supposer que si je me suis attelé pendant 7 ans à cette immense tâche c’est pour offrir aux magiciens des ouvrages dont ils ne trouveront l’équivalent du contenu nulle part ailleurs dans la littérature magique française ou étrangère et dont le coût est inférieur de moitié aux classiques les plus modestes du genre.

Venons-en au prix.

Robert-Houdin   Dans ces ouvrages, illustrés de 1200 documents en noir et blanc et en couleur, le prix de l’impression représente à peine un quart des frais techniques. Le scannage des documents, leur restauration, les droits de reproduction dus aux musées, institutions publiques, archives à travers le monde etc., les séances de photos, la mise en page qui s’est étalée pendant plus de 7 mois [car je tenais que chaque document vienne en regard du texte qui le concerne] et mille autres choses encore, sont des frais fixes qui représentent en fait les trois quarts de l’investissement global.
Il est donc illusoire de suggérer des éditions de poche ou de qualité inférieure car le gain financier serait très marginal pour le lecteur et cela obligerait l’éditeur à vendre, trop cher, des livres dont l’aspect proclamerait qu’il n’est pas mérité ce qui contribuerait à les condamner à coup sûr.

Certains m’ont aussi prêté l’intention bizarre et masochiste de vouloir fabriquer un « collector ». Je serais donc d’une part assez stupide pour refuser de faire des ventes, de récupérer par là-même mon investissement et je m’interdirai de diffuser largement cette culture que je veux promouvoir ? Je serai d’autre part assez prétentieux pour imaginer que c’est l’auteur ou l’éditeur qui décide à la place du public de ce qui va devenir un « collector » !    Un film ne devient pas »un film culte » de par la volonté du metteur en scène ou du producteur mais seulement de par celle du spectateur et un livre ne devient un « collector » qu’à la seule condition que les lecteurs le décident, car ce n’est en aucun cas son tirage, mais son contenu, qui détermine sa valeur.

Si ma démarche avait été dictée par l’ego et non pas par l’ambition légitime que j’ai pour la magie française et ses adeptes je n’aurais pas fait cet investissement démesuré en temps et en argent et je me serais contenté de tirer un manuscrit polycopié à une trentaine d’exemplaires et à la seule intention des meilleurs spécialistes mondiaux de l’histoire de la magie.

J’aurais éventuellement obtenu des éloges dans la presse magique spécialisée, fait des communications partielles et circonstanciées et évité ainsi bon nombre de soucis de tous ordres. Il va sans dire que ces manuscrits seraient devenus à coup sûr des « collectors » et que personne n’aurait jamais envisagé de m’en faire le reproche !

De plus mes ouvrages ne sont aucunement destinés en priorité aux collectionneurs. Ce ne sont pas eux qui ont acquis la majorité des exemplaires de « Soirées fantastiques », ils sont dans les mains d’illusionnistes qui, si j’en crois leurs courriers, ont su en faire leur profit. C’est plutôt aujourd’hui que les collectionneurs cherchent à acquérir ces ouvrages… On se trompe d’ailleurs beaucoup au sujet des collectionneurs dont certains magiciens croient qu’il est de bon ton de sourire avec condescendance.

Ces femmes et ces hommes font un remarquable travail de recherche qui ferait progresser les connaissances de tous si les magiciens français s’intéressaient plus aux résultats de leurs travaux. Ceux qui se plaignent sur le net, avec plus ou moins de sincérité, de la difficulté d’accéder à la culture n’ont qu’à pousser la porte du Club des collectionneurs de l’A.F.A.P., ils y seront fort bien accueillis par Jacques Voignier, assisteront à des réunions souvent passionnantes et participeront à des sorties chez tel ou tel collectionneur qui leur fera découvrir des trésors historiques aussi précieux qu’instructifs. En outre il n’est perçu aucune forme de cotisation et, sauf erreur de ma part, il n’est pas indispensable de faire partie de l’A.F.A.P. pour participer à ces réunions : alors chiche !

C’est en tout cas grâce aux sacrifices financiers de ces collectionneurs, qui se « battent » à armes inégales contre de grands collectionneurs étrangers, que les plus beaux exemples du patrimoine magique français et mondial n’ont toujours pas quitté la France.

Malgré ces évidences c’est chez nous que notre culture magique, que le monde entier nous envie, est si peu reconnue et appréciée. En Amérique les congrès de collectionneurs font salle comble et sur scène et dans le public on rencontre le Who’s Who de la magie américaine.

Il n’y a pas un mois aux Etats-Unis où ne soient publiés de superbes ouvrages historiques (qui par parenthèses sont vendus dans les mêmes conditions que les miens tout en bénéficiant d’un marché de langue anglaise 10 fois plus importants que le nôtre !) qui y rencontrent de grands succès.

Que cela chagrine ou non certains d’entre vous il y a une relation directe de cause à effet entre cet appétit de culture que témoignent les magiciens américains à l’égard du patrimoine magique, et dont leur art est le premier bénéficiaire, au point de dominer, pour des raisons artistiques légitimes et évidentes, la magie mondiale.

Au lieu de toujours pleurer sur « l’argent », qu’ils finiront bien souvent par trouver pour acheter tel ou tel tour dont ils ressentent le besoin « impérieux », les magiciens français seraient bien inspirés de prendre enfin exemple sur la démarche intellectuelle et artistique de leurs confrères d’Outre Atlantique.

Le dernier point de ce post concerne la publicité de ces livres qui s’apparente selon certains à une vaste « opération commerciale » : foutaises et billevesées !

   Georges PROUST est un homme passionné par l’art magique dans lequel il réinvestit en permanence et avec une générosité sans borne.

Le Musée de la magie n’est qu’un des nombreux exemples de la passion qui l’anime et ce n’est donc pas par hasard que cet endroit, exceptionnel et unique, est devenu pour les jeunes un lieu d’accueil chaleureux, le rendez-vous des meilleurs magiciens français et des stars internationales dont Georges est le correspondant et le confident privilégié.

J’ai participé à ses côtés à tant d’opérations de promotions « gracieuses » de l’art magique que je puis témoigner de son investissement total dans nombre d’expositions prestigieuses qui nous ont coûté beaucoup de temps et… beaucoup d’argent, mais dont je crois que nous pouvons être légitimement fiers car elles ont fait découvrir à un vaste public l’art magique dans toute sa diversité. Aucun de mes livres n’existerait sans Georges PROUST et dussais-je faire souffrir sa modestie, je me vois obligé de révéler ici « le pot aux roses ».

Quel que soit l’ouvrage que vous achetez chez un marchand de trucs, l’auteur ou l’éditeur a l’obligation de reverser au marchand 50% du prix du livre ou de le lui céder à 50% du prix de vente public.

Si Georges n’était pas aussi passionné par l’art magique et s’il ne lui apparaissait important que mes ouvrages [ou ceux d’autres auteurs dont il ne m’appartient pas de révéler les noms ici] puissent être mis à la disposition des magiciens dans les conditions les plus privilégiées, il n’agirait ni avec moi, ni avec d’autres et surtout ni envers vous de la façon généreuse et désintéressée que je vais vous révéler.

Georges n’a jamais perçu un centime sur aucun de mes livres et il les a tous distribués gracieusement et en a assuré de la même façon la publicité et la promotion. Georges connaissant le prix de fabrication de ces ouvrages sait mieux que personne que la seule possibilité qui m’est offerte de récupérer mon investissement consiste à espérer vendre la totalité du tirage – ce qui a toujours été heureusement le cas – et la manière dont nous établissons, en amont, le prix de vente est le résultat de la division de l’ensemble des frais techniques par le nombre d’exemplaires tirés. Comme vous pouvez le constater ni lui ni moi ne nous réservons rien pour le travail fourni.

Si Georges PROUST ne se conduisait pas à mon égard, et au vôtre, avec un tel désintéressement et appliquait la règle des 50% de commission qui est en vigueur chez tous les marchands, ces livres seraient donc soit deux fois moins beaux, mais obligatoirement tout aussi chers et, dans le cas où je serais assez fou pour ne rien y changer ils seraient, par la force des choses, vendus en boutique au double du prix actuel !

Je tenais à rendre ici un hommage appuyé et cent fois mérité à Georges PROUST, qui est mon meilleur et mon plus cher ami, et à lui rendre publiquement justice car je sais qu’il a été meurtri par les propos de ceux qui se sont exprimés sur ce post, sans probablement, je l’espère, avoir la volonté de consciemment le blesser.    Georges est sans aucun doute l’homme le plus intègre que je connaisse et l’un de ceux à qui la magie française et les magiciens d’aujourd’hui sont les plus redevables.

Après les réponses aux questions posées sur le post « Fechner, Robert-Houdin, PROUST, mauvais calcul ? » voici les réponses à celles beaucoup moins nombreuses que vous m’avez adressées directement.

Vous me demandez si après ce tirage « collector » j’envisage un nouveau tirage à plus grand nombre. Je ne suis pas du tout convaincu du bien fondé de ce type de projet. Je pense qu’il serait malhonnête vis-à-vis des souscripteurs qui m’ont fait confiance dans le passé, et à nouveau aujourd’hui, d’envisager de rééditer à moindre prix des ouvrages pour lesquels ils ont souvent consenti des sacrifices dont je leur sais gré. Cela me fait rebondir à nouveau sur le terme « collector » qui me semble inapproprié ou tout du moins très prématuré et, je le redis encore, ni Georges PROUST ni moi-même ne destinons particulièrement ces ouvrages à des collectionneurs mais au contraire à l’ensemble des magiciens.

J’ai parfaitement conscience que certains magiciens, et notamment les jeunes, pourront avoir des difficultés à acquérir des livres de ce prix. Il existe pourtant d’autres ouvrages coûteux dans notre littérature y compris dans les publications contemporaines, sans parler des prix élevés de quantité d’expériences ou de la moindre « petite » grande illusion. Comme dans tous les actes d’une carrière il est indispensable de faire des choix entre ce qui semble pratique et ce qui est vraiment enrichissant et entre les investissements à court et à long terme. Personne ne peut nier que beaucoup de tiroirs de magiciens recèlent nombre d’objets aussi inutiles que très coûteux…

Au sujet de ma façon de travailler sur l’écriture de ce livre je pense qu’elle n’est pas très différente de la démarche de ceux qui font des travaux universitaires. J’ai essayé de respecter à la fois les codes des ouvrages historiques les plus pointus mais j’ai choisi d’adopter un ton qui rende mes livres accessibles à tous. Les ouvrages historiques sont quelquefois rébarbatifs pour les lecteurs car ils adoptent un langage d’initié et le lecteur profane se sent exclu.

J’ai tenu à ce que l’on puisse lire ces ouvrages comme un grand livre d’aventures et je me suis attaché à ce qu’alternent le plus harmonieusement possible les chapitres distrayants et les chapitres instructifs. Ces livres sont divisés en cinq parties, ou plus exactement en cinq actes, chacun d’entre eux est terminé par des notes très abondantes qui prolongent et précisent dans le détail tous les sujets abordés car, n’oublions pas qu’au travers de la vie de Robert-Houdin, c’est le XIXe siècle magique, avec toutes ses composantes, qui défile sous nos yeux.

J’avais très à cœur de peindre d’une façon réaliste, et j’espère enthousiasmante, le foisonnement artistique extraordinaire de ce siècle que certains « historiens » révisionnistes d’hier mais hélas aussi d’aujourd’hui n’ont eu de cesse de travestir en trahissant consciemment la vérité historique. Je ne dirai pas comme Georges PROUST ou Jacques Voignier qu’il y a un « scoop » à toutes les pages mais attendez-vous toutefois à quelques surprises de taille.

Je n’ai évidemment pas eu de collaborateurs pour l’écriture de cet ouvrage mais les plus grands collectionneurs français, européens et américains m’ont ouvert leurs collections et ont accepté de me confier des documents précieux. Il m’est arrivé aussi à plusieurs reprises de faire appel au talent, aux lumières ou à l’érudition de tel ou tel. Cette entraide magique m’a évidemment beaucoup apporté et j’ai remercié, dans ces ouvrages, toutes celles et tous ceux qui m’ont fait l’amitié de me soutenir pendant le cours de cette longue aventure.

Vous me demandez aussi si j’envisage un jour de produire ou de réaliser un film sur Robert-Houdin ? Bien que je sois aussi persuadé que vous de l’intérêt d’un tel projet, le producteur que je suis craint que le magicien qui sommeille en moi contribue à lui faire perdre toute objectivité ! Qui vivra verra…

Je n’ai aucun projet de CD-Rom dans l’immédiat, mais l’idée est évidemment séduisante.

En ce qui concerne l’éventuelle place de ces livres dans des bibliothèques publiques, je ne favoriserai pas personnellement son accès au grand public, pour des raisons que j’ai exprimées précédemment, à l’exception toutefois de la Bibliothèque nationale qui est un véritable lieu de recherche et de la Bibliothèque de l’abbé Grégoire à Blois, ville natale de Robert-Houdin. Je ne suis pas opposé à ce que les clubs ou les associations magiques acquièrent ces ouvrages s’ils y sont disposés, certains y ont d’ailleurs d’ores et déjà souscrit.

L’édition américaine de ces ouvrages est à ce jour pratiquement finalisée et sera publiée aux U.S.A. fin octobre.

A la question : pensez-vous arriver à vendre 500 exemplaires ? Je peux répondre aujourd’hui par l’affirmative puisque notre souscription a remporté un très grand succès et frôle déjà les 300 exemplaires vendus.

Je ne doute pas une seconde que tous ceux qui ont fait confiance à Georges PROUST et à moi-même se rendront alors compte que bien que le prix de ces livres ait pu paraître élevé, ils les ont en fait acquis, grâce à la souscription, dans des conditions privilégiées et que, fidèles à notre habitude, nous essayons de leur offrir, à l’arrivée, beaucoup plus que le produit annoncé.

Je le dis, sans gêne et sans fausse modestie, que ce soit à 1.300 F. ou à 1.800 F. aujourd’hui, ces deux ouvrages sont, sur un plan éditorial, un véritable cadeau fait aux magiciens. En magie une rencontre peut-être quelquefois l’élément déterminant d’une carrière, pour moi ce fut la lecture de certains documents inédits qui a bouleversé ma vision de notre art. C’est tout cela que j’ai essayé de mettre dans ces ouvrages et c’est à chacun de vous de décider ou pas d’en faire son profit.

Pour clôturer ce – trop long – monologue j’aimerais ajouter ceci : si la magie est un art qui évolue en permanence au fil des décennies, ce qui est extrêmement positif, l’abus de la simplification des principes, des expériences et des procédés utilisés, baptisé bien à tort, amélioration et dont le seul objet est de commercialiser plus facilement certaines expériences légendaires, a souvent contribué à la batardisation des expressions les plus abouties de l’art magique.

Plus encore que celle de quiconque la magie de Robert-Houdin a été détournée de ses objectifs par des générations de magiciens qui ont tenté d’en saisir plus ou moins la forme mais n’ont, hélas, rien compris à son fonds. Seule une démarche historique sans complaisance permet alors de dégager les diamants bruts de la gangue qui les rend méconnaissables.

C’est cette démarche que j’ai tenté d’observer avec la plus grande précision et dont vous découvrirez, dans moins de dix jours, le premier volet.

Je crois avoir la réputation d’un homme discret, sinon secret, et je n’ai pas l’habitude de m’exprimer publiquement en toute occasion.

Si je le fais aujourd’hui ce n’est ni pour débattre, ni pour polémiquer et encore moins pour justifier le sens de ma démarche auprès de qui que ce soit, mais simplement pour tenter d’expliquer en ce que je crois. J’écris peu de livres, je n’en fais pas commerce et je n’en tire aucun revenu. Je ne me suis attaché qu’à des sujets qui peuvent avoir des répercussions pratiques pour les magiciens ou à des livres qui contribuent au rayonnement de l’art magique auprès du public.

« Soirées fantastiques », en France comme en Amérique, a contribué, je l’espère, à l’essor et au renouveau de l’illusionnisme, « La Bibliographie de la prestidigitation française » est un outil de travail qui permet, entre autres, à chaque magicien de savoir dans quel ouvrage se trouvent les tours et le type de magie qu’ils recherchent, la réédition des « Confidences d’un prestidigitateur » de Robert-Houdin a permis de faire redécouvrir au grand public les mémoires du « Père de la magie moderne » au même titre que l’ouvrage « Méliès magie et cinéma« , et la formidable exposition qui l’accompagne, rend hommage à l’œuvre de ce génial créateur.

« La Magie de Robert-Houdin » est de tous mes livres celui que je crois être le plus important, le plus complet, le plus utile, le plus précieux et en tout état de cause celui dont à l’évidence je suis le plus fier.

Permettez-moi de souhaiter enfin qu’aucun de mes propos n’ait heurté la sensibilité d’aucun d’entre vous, car tel n’est évidemment pas mon but, et d’exprimer ici encore toute ma gratitude à l’égard de Georges PROUST et de tous ceux qui nous ont fait confiance. Cette confiance me fait chaud au cœur et me paye au centuple de mes efforts dans une monnaie qui m’est plus chère que tous les Euros du monde.

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