Tous les magiciens connaissent la formule d’Albert GOSHMAN :

« C’est la personnalité du magicien qui fait le magicien, plus que sa technique ou le tour qu’il présente… »

J’ai effectivement vu, dans les réunions magiques, des tas de gens très doués, experts en manipulation, qui ne m’ont jamais montré autre chose que de la technique… Et la magie dans tout ça ?

Albert GOSHMAN a raison lorsqu’il suggère que la technique, ou l’importance du répertoire, ne fait pas le magicien. Je me permet de complèter sa formule en précisant :

Et plus : pour qu’il y ait « magie », il faut que, derrière ce regard, il y ait la notion de magie !

Imaginons un instant un extra-terrestre en vacances sur notre planète.
Il a une culture totalement différente de la nôtre : sur Alpha du Centaure, il n’existe ni magiciens, ni contes de fées, ni fantômes.
Pas la moindre notion de surnaturel.

Il vous rencontre sur la plage. Vous sympathisez. Vous lui montrez quelques tours de cartes, vous enchaînez avec un voyage de pièces et vous terminez en faisant disparaître une poignée de sable…
Il sera surpris.

Mais il ne verra rien de « magique » dans tout ça : tout au plus une stérile démonstration d’habileté dont il se demandera à quoi cela peut-il bien servir de faire tout ça ?

Chacun de nous connaît un tas d’histoires « magiques ».
Mélusine, Clochette, le génie de la lampe, les bottes de sept lieues, ma sorcière bien aimée et le côté obscur de la Force peuplent notre imagination et, quelque part, nous voudrions que tout cela existe.

C’est pour cela que nous aimons faire de la magie et que le public aime nous voir en faire : tout le monde joue, un instant, à faire « comme si… ».

Tout l’art du magicien consiste donc à faire rentrer les spectateurs dans le jeu : « . Lorsque le public joue le jeu, il accepte alors l’impossible. Il confère au magicien le pouvoir d’accomplir des miracles… . «  ».

Cela induit quelques préceptes bien connus dont le fait de ne jamais expliquer un tour au public.

Combien de fois avez-vous commandé un tour formidable dans un catalogue pour, finalement, recevoir quelques centimètres de fil invisible ou une boulette de cire ? Quelle déception !

Désirez-vous vraiment infliger ce sentiment à votre public ? Vous êtes là pour divertir, pas pour avertir !

La déception du public serait d’autant plus grande que vous avez été bon : vous venez d’accomplir des miracles ; tout le monde est sous le charme et, brusquement, vous brisez le charme en expliquant que tout ne tient qu’à un fil !

En vérité, même le spectateur le plus curieux, le plus insistant, rêve que vous lui disiez qu’il vient de voir de la vraie magie !

Certes, la majorité des gens oublient. Deux jours après, ils se souviennent à peine des explications. Mais ce dont ils se souviennent, c’est de leur déception : vous leur avez confirmé que la magie n’existe pas !

Ces spectateurs-là sont perdus pour vous comme pour les autres magiciens… . Ceux qui expliquent les tours au public ne servent pas l’art magique. Ce sont souvent, d’ailleurs, de médiocres magiciens qui, ne pouvant briller par leur talent, tentent par ce biais de se mettre en valeur. «  ». Ils montrent là, justement, combien ils sont petits…

Si, donc, on ne doit rien expliquer, on doit, au contraire, étonner. Étonner toujours. Étonner tout le temps. Ici, le raisonnement est simple. « La magie est dans l’œil de celui qui regarde ».

Cela implique le fait, comme nous l’avons vu précédemment, d’obtenir du public qu’il veuille bien nous attribuer des pouvoirs surnaturels.

Il faut acquérir le statut de Magicien. Or, dans l’inconscient collectif, on est magicien à part entière ou pas ! Le public ne va pas nous accorder ces pouvoirs juste le temps du spectacle… C’est tout ou rien !

Nous devons donc être en mesure de  » montrer quelque chose  » à tout moment. N’importe quoi. Une disparition de pièce ou de cigarette, un tour de cartes… Présenter n’importe quoi qui puisse confirmer au public qu’il a raison de nous prêter des pouvoirs surnaturels. C’est « pour du beurre », mais ça se gagne !

Un spectateur à qui on répond «  » est un spectateur perdu. Comment pourrait-il accepter de croire en votre magie juste après que vous lui ayiez montré que vous n’êtes pas magicien ?

Ceci est bien sûr tout aussi valable après le spectacle. Juan TAMARIZ utilise la très jolie métaphore de la comète pour décrire ce phénomène : il y a le tour (la comète) et, il y a après le tour (la queue de la comète).

Lorsque la magie s’installe, elle ne disparaît pas avec la fin du spectacle. Elle imprègne l’esprit du spectateur. C’est une graine, semée dans le terreau de l’imaginaire, qu’il convient d’entretenir, de cultiver.

Le magicien qui est incapable de montrer « quelque chose », de façon impromptue, a semé en vain. Etre Magicien est donc un état permanent.

« You are the magic ».

Superman ne sait-il voler qu’aux heures de bureau ? La fée Carabosse s’installe-t-elle devant la télé pour regarder « les feux de l’amour » dès que le livre est refermé ?

On doit être Magicien comme on est grand ou petit, noir ou blanc.

La Magie doit apparaître comme un sens supplémentaire, au même titre que l’ouïe ou l’odorat. Sans cela, on n’est jamais que « quelqu’un qui fait de la magie ».

Mais tous les Magiciens ont commencé par « faire de la magie ».

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