Trucs du Métier

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Voyage et magie

Mimosa

le 1 mai 1960
Elevé en Bretagne, bon élève condamné par ses parents à faire l'Ecole Centrale de Paris d'où il sortira en 1985 avec le premier prix d'Informatique.
Trésorier du Groupe de Paris de 90 à 93
Trésorier adjoint de l'AFAP de 91 à 93
Fondateur de la revue magique Sycophante 95-96 avec Michel FONTAINE
Président du CFI depuis mars 2000
Primé une dizaine de fois dans les congrès sous divers pseudonymes.
Professionnel depuis 1989 quoique pratiquant la magie en dilettante.
Ses maîtres : Michaël VADINI, Stanislas, Peter SHUB, Alan TURING, Evariste GALOIS, Yvonne-aimée de Malestroit.
Sa passion : la programmation des bases de données sur macintosh plusieurs heures par jour.
Principal défaut : n'a jamais pu s'empêcher de dire tout haut ce qu'il pense tout bas.

     Depuis une dizaine d'années, je parcours la France, l'Europe et le monde avec un spectacle complet de magie (scène et close-up). Il m'arrive même de partir plusieurs semaines et tout cela sans moyen de transport personnel comme une voiture par exemple. L'article qui suit va vous donner des trucs pour exercer ce métier partout sans être surchargé.

     Partir plusieurs semaines à l'étranger pour travailler implique non seulement l'ensemble du matériel de magie mais aussi les recharges pour plusieurs spectacles (cordes, ballons, etc.) et les effets personnels (linge, etc.)

     Pour ma part, je me déplace avec seulement deux sacs (un dans chaque main) plus un sac à dos. Pas de valise de type Samsonite qui pèserait déjà plusieurs kilos à vide. L'un des sacs (une boîte à chapeau chargée à 8 kg) fera office de bagage à main en avion. Il faut aussi savoir que si le prix du transport aérien a bien baissé, vous êtes toujours limité à 25 kg de bagages en soute, seuil qui est vite atteint. Si la France est assez coulante sur l'excédent de bagages (nous sommes quand même un pays latin), sachez que le problème peut se poser au retour (en Asie par exemple) et vos pleurs seront inutiles quand il vous faudra payer jusqu'à 200 F par kilo excédentaire pour un vol très long courrier.

Mimosa     Le sac à dos présente plusieurs avantages : c'est l'apanage des jeunes sans le sou et en une centaine de voyages, il n'a jamais été ouvert une seule fois par les douanes. C'est aussi l'endroit idéal pour ranger vos achats détaxés. De plus, à Roissy où les vols de bagages sont fréquents, il suscitera moins les convoitises qu'une valise Samsonite rutilante et scellée d'un cadenas doré. Serrez bien la ceinture du sac à dos au niveau des hanches afin de soulager vos épaules au maximum. Au contraire, ma boîte à chapeau intrigante (qui me sert aussi de guéridon lors du spectacle) est systématiquement fouillée à la douane. Un leurre superbe !

     L'autre sac est beaucoup plus lourd (13 Kg) mais est heureusement doté des roulettes indispensables. Vous pouvez ainsi sans trop de fatigue trimbaler 35 kg de matériel dans les gares et aéroports.

     Pour bien dormir dans l'avion, j'ai un repose tête. Si le cou n'est pas soutenu, impossible de dormir. Comme somnifère, deux mignonnettes de vodka et hop, c'est parti pour les nuages !

     Les petits accessoires de voyage sont uniquement fonctionnels : un réveil extra plat aux chiffres lisibles avec une sonnerie à laquelle je suis habitué (ne pas se fier au réveil des hôtels). Idem pour le miroir de maquillage (1 mm d'épaisseur), de mini doses de parfum, shampooing, une brosse à dents pliable, un rasoir sur batterie 110 et 220 Volts avec une prise France-Usa-Japon. IMPORTANT : choisissez des couleurs très vives pour ne rien oublier dans les hôtels : ma trousse de maquillage est orange fluo par exemple. Une housse spéciale pour votre costume de scène est un luxe et un mini défroisseur à vapeur fera largement l'affaire.

     Inutile de prendre une assurance spéciale de type Europe Assistance. Si vous réglez votre billet d'avion par carte bleue une assurance est automatiquement incluse. Mieux, avec une carte de type Visa Premier ou Gold, le seuil de remboursement est bien plus élevé. Si vous voyagez souvent, les 700 F de cotisation annuelle ne sont pas excessifs au regard d'une hospitalisation et d'un rapatriement en urgence.

     En France, il est impératif de régler vos factures (téléphone, électricité) et vos impôts par prélèvement automatique, surtout si vous devez partir trois mois !

     Avoir une carte France Télécom est fortement conseillé si vous voulez téléphoner. Contrairement à la France, rares sont les téléphones qui offrent la possibilité d'effectuer des appels internationaux. Inutile d'emporter votre carte. Mémorisez simplement son numéro et votre code secret. Sur le site internet de France Télécom, allez chercher le numéro local d'accès au service 'France direct' du pays visité et vous pourrez appeler la France depuis n'importe quel téléphone de campagne. Ne passez jamais par l'opérateur manuel très cher.

     Si vous êtes un familier de l'informatique, prenez un service de re-routage de vos emails (ex : pobox.com) pour avoir accès à votre courrier partout dans le monde (un portable peut se connecter avec une simple prise RJ45 dans de nombreux téléphones publics japonais). Vous pourrez aussi avoir les journaux de France et les informations du monde magique en temps réel sur Internet (www.liberation.fr ou www.virtualmagie.com par exemple).

     Si vous restez quelques semaines dans un pays industrialisé (japon ou usa par exemple), je vous conseille fortement l'achat d'un téléphone portable fonctionnant avec des cartes prépayées. Au Japon un téléphone portable ne coûte que 300 F, une carte de 30 mn pendant un mois 150 F et vous pouvez être appelé depuis la France pendant deux mois. Attention, votre portable de France ne marchera ni au Japon ni aux USA où le réseau est en 800 MHz). Demeurer joignable est indispensable pour préparer votre retour après une longue absence sinon vous n'aurez aucun contrat dans les semaines suivant votre retour en France ! Vous devez aussi savoir interroger votre répondeur de temps en temps et avoir votre carnet d'adresses à défaut de votre ordinateur portable et pas mal de cartes de visites à conserver en permanence sur vous.

     Et n'oubliez pas votre capital principal : la santé. Pas de sport dangereux une semaine avant le départ, check-up des dents et des autres points sensibles de votre mécanique recommandé.

     L'anglais est indispensable pour le voyage. Sur place il y aura toujours un quotidien local en anglais pour vous remettre à jour faute de pratique quotidienne en France. Si vous revenez souvent dans un pays, apprendre la langue ne sera JAMAIS un investissement perdu et je sais de quoi je parle avec le japonais (demandez aussi à Max Maven ce qu'il en pense) !

     Passons maintenant à l'aspect spectacle. Tout d'abord, sachez que si votre spectacle ne marche pas en France, il ne marchera pas plus à l'étranger. On a souvent tendance à prendre les habitants des pays en voie de développement pour des demeurés (Afrique, Indonésie). La désillusion sera cruelle... Relisez les articles de Jacques Delors sur l'Afrique et le Cambodge dans Magicus plutôt que ce compte-rendu abominable de Pathy Bad sur les africains paru il y a quelques années dans la Revue de la Prestidigitation. Il y a des imbéciles dangereux partout, même chez les magiciens...

     Vous avez donc fortement intérêt à partir avec un spectacle qui tienne la route car avec tous les frais en sus (avion, hôtels, repas), votre prestation va revenir à fort cher. Dans mon cas personnel, le spectacle d'une heure à 5000 F vendu en France est facturé 20 000 F au Japon et il y a un camion et un panel de quatre techniciens itinérant à mon service ! Je n'ai pas la chance d'être financé par les organismes français (Alliance Française, AFAA, etc.) et ce sont uniquement les spectateurs qui sont à l'origine des recettes.

     Sachez parer à toute casse imprévue qui mettrait en péril votre spectacle en ayant un double des accessoires irréparables ou introuvables sur place. Vous devez avoir au moins deux CD audio (ou une cassette audio) avec l'ensemble de vos musiques. Si vous revenez plusieurs fois dans le même pays, il est préférable de laisser sur place le matériel le plus lourd (guéridon) et de le racheter en France. Vous pouvez même faire d'une pierre deux coups : venir avec du matériel servant au spectacle et le vendre avant votre départ (orgue de barbarie par exemple). N'ayant pas de voiture en France, je favorise les effets avec un minimum de poids (ballons, cordes, mime, bulles de savon, tours avec le public, etc.). Mes accessoires lourds ont plusieurs usages. Ainsi mon seau à champagne me sert de protection pour les objets fragiles dans le sac à dos, de seau pour la chasse aux pièces, de siège pour enfant pour les boulettes slydini, de récipient pour recevoir l'eau dans 'l'eau qui traverse le corps', de tambour improvisé dans un orchestre, etc.

     Nombre de mes routines ne subissent qu'une légère adaptation (rythme, texte, déplacements) pour les différents endroits où je me produis : magie de rue, chapiteau de cirque, spectacle pour enfants ou pour adultes, voire close-up. Prévoyez aussi une tenue de sortie pour les sorties officielles (interviews presse et télé, repas de fête avec les organisateurs). Cette tenue est toujours chargée de matériel de close-up et m'a permis grâce à de nombreux boeufs improvisés de :

     - Faire plaisir aux organisateurs qui ont préparé votre venue depuis des mois
     - M'éviter de régler pas mal de repas
     - Bénéficier de plats spéciaux ou de tournée générale de la part du restaurateur
     - De conclure de futurs contrats avec des organisateurs n'ayant pas vu le spectacle de scène
     - D'impressionner favorablement les journalistes qui doivent écrire un article dans le journal local
     - D'entrer dans des clubs extra chics à l'oeil et d'y recevoir en sus des pourboires de 700 F pour 15 mn de bonne magie plusieurs fois dans la soirée.
     - De draguer pas mal de minettes
     - Et surtout de ramener pas mal de souvenirs grâce à ce métier fantastique que je ne regrette pas une seconde d'avoir choisi.

     Enfin, je vous conseille d'avoir de la chance. On dit qu'un bon gardien de but a toujours de la chance. Je pense qu'il en est de même d'un bon artiste. Dites-vous bien que ce n'est pas le hasard qui tourne autour de vous mais bien le contraire : c'est VOUS qui tournez autour du hasard qui demeure comme un point fixe. Rappelez-vous qu'il n'existe aucun vent favorable pour qui ne sait où aller... Si vous faites votre métier sérieusement comme un sacerdoce voué à donner de la joie autour de vous, vous vous dirigerez droit vers la chance et je peux vous assurer que la liste des petits miracles qui m'ont sauvé la mise serait bien trop longue à relater ici. A des milliers de kilomètres de sa base, on a vraiment besoin d'avoir de la veine de cochon plus souvent qu'à son tour...

     Évitez donc de vous comporter comme un plouc (pour avoir des exemples, il n'y a qu'à observer le personnel des ambassades, les cadres expatriés, les militaires coopérants, les professeurs de français des instituts, bref, tous ceux qui n'ont pas choisi ce pays où ils ne séjourneront que quelques mois). Si vous êtes de type extraverti, méfiez-vous ! A l'inverse, si vous êtes un introverti, vous possédez déjà une bonne faculté d'écoute qui ne peut que vous aider. N'oubliez pas qu'à Rome, il faut faire comme les romains, et que vérité en deçà des Pyrénées est erreur au-delà.

     A votre retour, vous aurez un oeil différent sur la France. Vous comprendrez mieux sa spécificité. Vous deviendrez moins tolérants envers certaines pratiques (grèves, déjections canines, escroquerie à l'égard des étrangers) et apprécierez plus d'autres aspects (gratuité de l'enseignement, temps libre, liberté de penser). Si je suis réputé dans le milieu de la magie pour être volontiers cinglant, voire injurieux envers ceux qui trompent leurs semblables (afap, affaire Duvivier) et ce quelque puisse être leur fortune ou position sociale, c'est parce que je suis davantage enclin à vouloir changer les choses depuis que j'ai vu que c'était possible ailleurs. Inversement, je suis aussi connu pour être à portée de ceux qu'on appelle injustement 'les petites gens'.

     Vous remarquerez aussi que l'homme est partout le même, qu'un agent à l'étranger ressemble bigrement à un agent français. Il y a davantage de différences entre deux français ayant un métier différent qu'entre un blanc, noir ou jaune ayant la même occupation à l'autre bout de la planète.

Ces articles paraissent dans l'Illusionniste, la revue du cercle français de l'illusion.

Merci à Jean-Philippe LOUPI pour la relecture.

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