Trucs du Métier

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Fausses idées

Mimosa

le 1 mai 1960
Elevé en Bretagne, bon élève condamné par ses parents à faire l'Ecole Centrale de Paris d'où il sortira en 1985 avec le premier prix d'Informatique.
Trésorier du Groupe de Paris de 90 à 93
Trésorier adjoint de l'AFAP de 91 à 93
Fondateur de la revue magique Sycophante 95-96 avec Michel FONTAINE
Président du CFI depuis mars 2000
Primé une dizaine de fois dans les congrès sous divers pseudonymes.
Professionnel depuis 1989 quoique pratiquant la magie en dilettante.
Ses maîtres : Michaël VADINI, Stanislas, Peter SHUB, Alan TURING, Evariste GALOIS, Yvonne-aimée de Malestroit.
Sa passion : la programmation des bases de données sur macintosh plusieurs heures par jour.
Principal défaut : n'a jamais pu s'empêcher de dire tout haut ce qu'il pense tout bas.

     Je commence à avoir suffisamment de bouteille dans le métier de magicien (11 ans) et dans la vie (40 ans) pour savoir qu'il y a des conseils qu'il ne faut pas écouter. En voici un florilège :

     "Un numéro copié sera toujours moins bon que l'original"

     Je l'ai longtemps cru mais parfois je voyais des copistes dépasser de loin la prestation du créateur et au lieu de jeter ces exceptions dérangeantes aux oubliettes, je me suis demandé pourquoi. Il s'avère que la copie est l'apanage de nombreux magiciens sans talent qui se bornent à mimer un numéro qu'ils ont apprécié. Ca ne marche pas dans la plupart des cas car ils copient sans comprendre. Dans mes conférences, je commence toujours par dire que tout ce que je fais est du domaine public (c'est vrai aussi pour mes logiciels informatiques où je suis l'un des rares à céder le source de mes applications depuis dix ans). Je dis aussi que la clé du succès est de savoir pourquoi un numéro marche ou fait rire.
     A titre d'exemple, je décortique ma routine de cigarette à la veste ou les anti-boulettes slydini qui fait découvrir toute une architecture théorique bâtie sur une logique rigoureuse. L'évolution des descriptions de routines magiques ne peut aller que dans ce sens. Je me suis toujours révolté contre les livres qui ne dévoilaient que les techniques requises avec la conclusion classique 'vous adapterez la présentation selon votre style' alors que la présentation, c'est 90% du numéro et que le lecteur est tout bonnement incapable de CONSTRUIRE une présentation. De l'arnaque pure et simple. La vidéo a déjà changé les choses en donnant le rythme d'exécution et le boniment.

     "On apprend mieux avec les livres qu'avec les vidéos" est aussi une idée fausse.

Mimosa     Nombreux sont les jeunes qui ont appris en un an ce qui nous avons mis dix ans à acquérir via les livres. Depuis, j'ai vu que les livres de magie donnaient souvent le boniment qui accompagne les tours. La seule chose qui fait encore défaut est d'expliquer POURQUOI telle présentation fonctionne sur le public. Sans cela, vous serez incapable d'effectuer les ajustements mineurs à votre jeu selon le type de salle, l'humeur du public, sa composition, etc.
     A mes débuts, quand je faisais le clown dans un festival de cirque, j'arrivais à faire rire la première fois mais jamais les fois suivantes. Un ami jongleur de réputation internationale m'a alors dit : "Dans ce même festival, Peter SHUB faisait rire à chaque fois le même public, mais lui, il savait POURQUOI il faisait rire. Toi non...". Une grande leçon que je comprends aujourd'hui. Note: Peter SHUB a commencé dans la rue à Beaubourg dans les années 80, j'allais le voir souvent béat d'admiration. Aujourd'hui c'est une star en Allemagne alors qu'il a copié tout son répertoire sur les uns et les autres. Et pourtant c'est un grand bonhomme.
     Je n'ai vu que peu de conférenciers aborder ces 'détails' : James HODGES qui explique que les pieds chromés des guéridons ou les boules en strass sont une ineptie, Juan TAMARIZ avec sa gestuelle psychologique et surtout Jacques DELORS, penseur trop méconnu de la philosophie de la magie, qui explique pourquoi le symbole (ex : les colombes blanches de Chaning POLLOCK) était plus important que tout pour apporter de l'émotion à un numéro.
     Aujourd'hui quel magicien a conscience en présentant son numéro de boules excelsior que c'est d'abord la forme et la couleur des boules qui est le plus important ? Pratiquement aucun en réalité. Qu'ils essaient donc de présenter leur routine avec des cubes de toutes les couleurs par exemple et l'impact sera au moins réduit de moitié ! Vous riez mais j'ai vu, sous prétexte d'originalité, une mise en scène sur le thème du casino avec des boules de billards.
     De nombreux numéros comme le sel de Fred KAPS, les coupes inépuisables, etc. fonctionnent uniquement sur de tels principes sous-jacents. Sans réelle difficulté technique, on les voit rarement présentés car les copistes n'ont pas rencontré le succès attendu même avec des kilos de sel ! Quand on saisit 'la philosophie de la chose', on peut copier avec succès, par exemple Jeff Mc Bride avec les coupes d'eau. Pour ma part, j'avais vu lors d'un congrès suisse à Morges il y a une dizaine d'années, un malheureux candidat en magie générale rater involontairement la fumée dans le verre et les plumets multicolores. La salle était pliée en quatre. En reprenant ces ingrédients, j'ai obtenu le second prix de magie comique au congrès du Puy (avec bien sûr inscription en magie générale, un faux nom (Tafapie) et moumoute à l'appui pour ne pas être reconnu).

     Autre idée fausse : il ne faut pas travailler à moins de 2500F net.

     Je dis toujours que la grande chance de ma carrière a été de devoir faire un numéro de rue quatre fois par jour dans un parc d'attractions dans des conditions épouvantables (chaleur étouffante, public étranger, pollution sonore permanente) pendant quatre mois consécutifs pour 600 F par jour ! Vous pouvez posséder la meilleure technique du monde mais si à une période de votre vie, vous n'avez pas été OBLIGÉ de travailler TOUS LES JOURS devant un public, il vous manquera toujours ce petit plus qu'on appelle le showmanship.
     C'est le drame éternel de nombreux professionnels de renom aujourd'hui que la charité m'interdit de citer. Avec les cabarets qui disparaissent, je ne peux que vous conseiller de bondir sur toutes les occasions : le Club Méditerranée au pair (Sylvain Mirouf répète que ce fût une chance pour lui d'y travailler quatre mois), le bar du HorseMouth l'année dernière à Paris, les estrades des réunions des associations de magie, les concours dans les congrès.
     A mon âge et avec mon palmarès, je fais encore tout cela sans honte et pour des clopinettes, plus tellement pour progresser mais aujourd'hui simplement parce je considère comme immoral de se contenter de travailler huit jours par mois. Si vous avez le don unique d'amuser ou de faire rêver les gens, qu'allez-vous répondre à l'heure de votre mort à la question : "Montre moi ce que tu as fait de ta vie !" si vous vous enfermez à la maison avec vos talents entre deux contrats juteux.

     Dans la foulée, cette philosophie démolit toutes les affirmations entendues tellement souvent :

     "Un professionnel ne se présente pas dans les concours", "Un professionnel ne doit pas organiser de congrès, fréquenter une association d'amateurs ou pire la présider", "Un professionnel doit se concentrer sur son métier et ne pas avoir d'autres activités annexes", etc.

     Inversement, ne vous laissez pas abattre par les poncifs du genre "un magicien doit un bon bricoleur et une voiture est indispensable", "un clown doit être avant tout acrobate et musicien", "il faut répéter tous les jours", "L'artiste ne doit pas se montrer au public avant son numéro", "Il faut travailler ses points faibles". Que des conneries en réalité car chacun est un cas particulier et possède des dons uniques qu'il doit développer.

      Dai Vernon conseillait "tu veux réussir : Deviens le meilleur du monde dans un domaine précis !".

     Carl CLOUTIER l'a écouté avec sa maîtrise du topit. Un proverbe anglais dit "Know everything about something and something about everything". Pour résumer, les bons vieux adages de nos grands-mères sont bien plus utiles que les banalités proférées par de fausses sommités du milieu magique.

     Ce qui précède dérange déjà pas mal de monde et bien, je n'ai pas fini.

     Dernière idée fausse : "faire son travail se limite à exécuter son numéro proprement".

     Eh bien non, vous n'êtes pas payé seulement pour cela. Les organisateurs préparent souvent votre venue depuis des mois. La moindre des choses est de rester prendre un verre avec eux à l'issue de votre spectacle. Je suis outré quand je vois des artistes débouler sur une scène pour un arbre de Noël, saluer et repartir précipitamment remplir un autre contrat. C'est du vol ! Pire, les commanditaires, souvent élus de CE, ont moins d'expérience que vous dans l'organisation des spectacles. Leur proposer de débuter le spectacle à 14h un dimanche pour pouvoir doubler est criminel car vous savez fort bien que tout le monde sera encore à table à cette heure.
     Autre variante : proposer de faire un anniversaire privé pour enfants à une date creuse qui vous arrange, par exemple durant les vacances scolaires ou un pont. La cliente ne va pas se rendre compte que les camarades de son fils seront absents à cette date. Par ailleurs, c'est à vous de vous occuper de toute la paperasserie (vignette, griss) même si la loi en fait incomber la responsabilité à l'employeur.
     Ou encore, comme la personne n'a aucune idée du coût d'un spectacle, on lui demande "Quel est votre budget ?" pour pouvoir la tondre un maximum. TOUS CEUX QUI ONT RECOURS A CES PRATIQUES NE FONT PAS LEUR TRAVAIL. Certes vous ne deviendrez jamais riche avec mes conseils, mais je ne crois pas que cela soit une tare et rappelez-vous qu'on a jamais vu un coffre fort suivre un cercueil...

Ces articles paraissent dans l'Illusionniste, la revue du cercle français de l'illusion.

Merci à Jean-Philippe LOUPI pour la relecture.

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