Retour à la page TRUCS DU METIER
Thierry SCHANEN
Localisation
: Villiers sur Marne (94)
Age : 40 ans Profession
: officiellement, prof d'automatismes. Mais aussi, devinez
! Spécialités : magie de cabaret, de salon. Membre de l'amicale Afap de Seine et Marne Magicien depuis...
longtemps. D'abord passionné par la scène, puis par les cartes,
maintenant par tout ce qui est simple, efficace, drôle en
mettant un point d'honneur à reléguer la technique au second
plan dès que c'est possible. Se produit principalement lors
des arbres de noël, galas d'entreprises et soirées cabarets
en restaurants. Pas de grandes références mais bientôt la
publication de plusieurs tours dans la revue de l'Afap. Fan
de Tamariz, Bloom et des écrits de Merlin. Et patati et patata.
|
|
|
Cet article complète et prolonge la réflexion
ébauchée dans l’article «De
l’émotion que diable»
Pourquoi monter sur scène ? Pourquoi faire de
la magie ?
Voilà deux questions qu’il faudra bien un jour
se poser pour avancer dans l’art du spectacle. Quelle est la part de l’ego
qui nous pousse sous les feux des projecteurs ? Qu’est-ce qu’on
veut montrer de soi, qu’est-ce qu’on accepte de dévoiler ?
Certains prétendent qu’ils font de la magie seulement
pour le plaisir des autres, pour les distraire, les intriguer… Je suis
prêt à les croire mais j’ai des doutes. Pas sur leur honnêteté
ni sur leur intégrité, mais je crois sincèrement que le
spectacle est un échange et qu’on recherche tous à en retirer
quelque chose. Notre ego y participe, même involontairement. On recherche
une forme de reconnaissance, d’admiration, de plaisir, de jouissance d’être
sur scène… une réaction dans l’œil des spectateurs,
un sourire et enfin, des applaudissements.
Dans cette perspective, qu’allons-nous montrer ?
Des tours ou un personnage ? Qu’est-ce qui est le plus important ?
Qu’est-ce que les spectateurs viennent voir ?
Certains prétendent que les spectateurs viennent voir
des tours ! Franchement, je ne le crois pas. La magie est un média,
un moyen de communication que je dois maîtriser parfaitement… mais
le message, c’est moi ! C’est mon histoire, ma gueule…
moi en tant qu’être VIVANT.
On peut présenter un excellent numéro, enchaînement
parfait de routines, effets surprenants, tours incompréhensibles tout
en restant un exécutant, un démonstrateur… Le client sera
enchanté, les spectateurs divertis… mais une dimension manque :
le dimension humaine.
Est-ce
que j’ai permis au spectateur de me connaître humainement ? Suis-je
unique ?
Le niveau au dessus, c’est de créer une émotion.
Et il n’y a pas de plus grande émotion qu’en ce qui concerne
le vivant et l’humain. A qualités techniques équivalentes,
les spectateurs s’enthousiasmeront davantage pour un enfant qu’un
adulte, une femme qu’un homme, quelqu’un de fragile que de fort…
Les spectateurs veulent aimer l’artiste y compris dans ses faiblesses
s’il sait séduire. Ca tombe bien, je monte sur scène pour
être aimé ! Mais puis-je déclencher ce sentiment sur
ma seule technicité ?
Si l’on regarde ce qui se passe avec les émissions
« Loftiennes » à la Star Academy, au delà
des critiques sur le contenu, on doit admettre que l’engouement, l’hystérie
parfois, déclenchés auprès du public n’est pas basé
sur les performances vocales ou intellectuelles mais sur les personnes dans leur
fragilité, leur look, leur caractère, leur fantaisie… bref
dans ce qu’ils ont de totalement humain. Si je peux m’identifier à
une telle personnalité, alors je vais la suivre.
Trop de magiciens ne sont pas uniques. Leurs numéros
sont techniquement bons mais ressemblent trop à certains vins à
la belle robe, au parfum capiteux mais dont il ne reste rien en bouche après
avoir vidé le verre. A la fin du numéro, il ne reste qu’un
vague souvenir d’effets exceptionnels au détriment de l’artiste
lui même.
Juste un exemple : Norbert FERRE ? Certes, la virtuosité
de son numéro est exceptionnelle ! Mais ce qu’on aime, c’est
lui ! Sa folie, ses personnages, son look, l’histoire dans laquelle
il nous emmène. Ses techniques de manipulation sont à son service
et au service des personnages qu’il incarne. Sans le très haut niveau
technique, son personnage ne serait pas crédible, mais sans les personnages,
le numéro n’aurait pas la saveur qui a propulsé l’artiste
sur les plus grandes scènes.
Un « vrai » numéro, c’est
une délicate alchimie entre :
un artiste,
des effets magiques,
de la technicité,
du matériel,
un costume,
un maquillage,
un accompagnement sonore (musiques, voix…)
des lumières,
une gestuelle, des regards, des déplacements,
un rythme, des silences,
un scénario…
et des spectateurs.
C’est l’intégration de tous ces paramètres
qui permettra de passer d’un excellent numéro à un numéro
unique.
Quel magicien est capable de gérer tous ces aspects
seul ?
Paradoxalement, c’est par le travail d’équipe,
les aides extérieurs, la réflexion collective que le magicien
deviendra un artiste unique.
>>> N'hésitez pas à réagir
à cet article sur le forum (mettez comme sujet "Etre Unique
de Thierry SCHANEN") !
Merci à Bruno SANVOISIN
pour la relecture.

Retour à la page TRUCS DU METIER