Réflexions

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Le Point de Vue d'un Observateur

OTHELLO  

Localisation : Paris
Age : 32 ans dont 15 de Magie Profession : Comédien et magicien professionnel depuis 7 ans
Spécialités en Magie : Spectacle de magie comique en duo, Magie bizarre, création et mise en scène de spectacles ou d'évènements.
Influences : Orson WELLES, Umberto ECCO, Tim BURTON, LAUREL & HARDY et Eugene BURGER pour une certaine philosophie de la Magie.
Débuts : dans la rue, puis à fait la connaissance de Jan MADD dont il a été l'assistant pendant deux ans. Puis a découvert les cabarets par l'intermédiaire de BEBEL.
Création d'un numéro comique avec son partenaire PEPLUM avec qui il joue au Caveau de la Bolée, au Canotier, au César Palace et au Don Camilo. Festivals et Galas en France.
Création en 1997 de "Bizarre !" avec Gwen ADUH, spectacle interactif sur le thème des légendes occultes.
Création d'évènements sur l'étrange pour sociétés et agences de communication.
Passions : Antiquités, Macintosh, Calligraphie.
Gros défauts : Mauvais caractère, peu sociable, ne fréquente pas le "milieu" et partage depuis toujours et sans réserve l'avis de Robert HARBIN sur l'accès aux secrets (voir sur le site de Danilsen)
  Depuis toujours, une querelle alimente les conversations entre les amateurs et les professionnels.
  Les uns et les autres s'accusant des pires maux...

  Pour ma part, je ne m'exprimerai pas ici en tant que professionnel mais comme un observateur qui a essayé de prendre un peu de recul pour analyser et comprendre le "pourquoi".

  D'un côté, certains amateurs pensent que les professionnels se reposent souvent sur leurs lauriers, n'évoluent pas, et choisissent des tours classiques ou relativement faciles lorsqu'ils ne sont pas des virtuoses de la manipulation.
  Il leur est également repproché de céder aux sirènes de la "magie commerciale" au détriment de la recherche. De l'autre, certains professionnels sourient face à la "boulimie" de magie des amateurs, leur repprochant de renouveller constament leur répertoire au risque de mal l'exploiter, vu le le peu de temps qu'ils passent sur chaque tour.
  A ce repproche vient souvent s'ajouter le problème des amateurs travaillant à bas prix, et "ternissant" l'image du magicien, de par ces tarifs ou par la mauvaise qualité des prestations.

  Je pense que ces deux positions renferment autant de vérités que d'éxagérations. En tous cas elles me semblent manquer de nuance. La seule chose qui me parait évidente, c'est que les amateurs et les professionnels ne pourront jamais s'entendre et se respecter sans essayer de réfléchir un minimum, et de comprendre l'autre.

  A mon avis, cette querelle est surtout due au fait que l'amateur et le pro ne poursuivent pas les mêmes buts.
  L'amateur travaille pour LUI, tandis que le pro travaille pour les AUTRES.

  Je vais essayer de brosser un portrait-robot de chacun. Evidemment, il ne s'agit que d'une caricature au trait délibérément forcé. En outre, ces descriptions ne se veulent en aucun cas des jugements de valeur artistique.

  L'amateur pratique la magie comme un hobby.
  Son désir est donc de se détendre, de se faire plaisir.
  La quête de nouveautés est très stimulante pour lui, et il n'y a rien de plus satisfaisant que d'ajouter un nouveau tour, ou une nouvelle technique à son répertoire.
  D'autre part, il se produit généralement devant un cercle restreint (amis, famille, proches).
  Sa dernière découverte perdra de l'intéret à ses yeux, une fois présentée à tout son entourage. Il lui faut donc se renouveller constamment.
  C'est un "consommateur de magie" (sans connotation péjorative), et il fréquente assidument les boutiques, les clubs, et les conférences. Il est vrai que souvent, il est bien plus passionné que le pro par la technique magique, et il s'émerveillera beaucoup plus devant une variante ou une passe inconnue. Il aime avant tout se "faire avoir" par une technique inconnue dont il sait apprécier la difficulté. Technique qu'il souhaitera généralement posséder ensuite.
  L'accumulation des connaissances est pour lui essentielle. Il consacrera souvent plus temps et d'énergie à la recherche que le professionnel.
  Sur un plan psychologique, je pense qu'il prend inconsciemment la place de son propre spectateur, et cherche surtout à s'émerveiller lui-même.

  Le professionnel a généralement été amateur avant de vivre de sa magie. Aussi, en fonction de son expérience et de sa maturité personnelles, il gardera un peu ou beaucoup de points communs avec l'amateur.
  Une fois choisi, son répertoire évoluera peu.
  Après plusieurs années d'expérience, il a généralement compris que seul un travail à long terme lui permettra d'affiner la présentation de ses tours.
  Même s'il est passionné par son métier, il sait que sa fonction est de faire du succès, il est payé pour ça. Il a d'ailleurs intéret à y parvenir car sa survie est en jeu.
  Il va davantage porter son attention sur les moindres détails de sa présentation, trouver des "way-outs" pour tous les problèmes, revoir son rythme, apporter de la rigueur à son texte. En un mot : il va "roder" un numéro qui devra le plus possible s'adapter à des circonstances et des publics différents.
  Au fil des années, il s'intéressera moins aux nouvelles techniques, préférant en posséder quelques-unes à la perfection.
  Souvent il va se passionner pour la mise en scène, et admirera surtout un confrère capable de faire un triomphe avec quasiment rien.
  Peut-être aussi, va t-il se prendre au jeu du public. Essayer de transmettre des émotions au travers de son travail. Là, il s'aperçevra que la technique magique à ses limites, et il s'intéressera à d'autres "outils" vecteurs d'émotions : la musique, la chanson, le mime, etc...
  En bref, il va essayer de placer sa personnalité avant les tours.
  C'est ce qui rendra son spectacle unique et inimitable, et en aucun cas ses tours qui peuvent toujours être copiés.
   Sur le plan psychologique, il est semblable à tout autre artiste : il transmet des émotions à son public. Inconsciemment, il est en demande d'amour. C'est sa manière d'exister et de demander cet amour au public.

  Je me permets d'ajouter ici un avis très personnel fondé sur mon expérience des gens du métier du spectacle. Qu'il soit pro, amateur, magicien, chanteur ou acteur, un bon artiste est un "frustré" d'amour pour qui ce métier constitue avant tout une thérapie...
  Je ne pense pas que les uns ou les autres soient à blamer.

  Il faut comprendre qu'en ayant des objectifs différents, chacun aborde la magie par des chemins divergeants.
  Les amateurs se font plaisir, les pros cherchent le succès, et c'est très bien ainsi.

  Pourquoi chercher à "convertir" l'autre ? Ne serait-ce pas pour se conforter dans son idée ? La tolérance passe par la compréhension qui elle, suppose la connaissance de l'autre.

  J'ai souhaité developper ces idées car je suis choqué d'entendre ou de lire parfois certains mots.
  La "magie commerciale", ça n'existe pas. Ce qui plait à certains ne plait pas aux autres et inversement, car leurs centres d'intéret sont différents. On ne peut même pas parler de "magie pour le public" car du public, il y en a de toutes les sortes. Il n'attend pas les mêmes choses au théâtre, au cabaret, en gala d'entreprise, en café-théâtre... Et si vous "cartonnez" sur un type de public, ce ne sera pas forcément le cas sur un autre (je parle d'expériences vécues en scène avec le même numéro).

  Je ne crois pas que l'avenir de la magie passe davantage par les amateurs que les pros, chacun ayant sa pierre à apporter. Tout comme certains amateurs, il y a des pros qui travaillent très dur. Le succès ne vient jamais par hasard, et je pense que le travail en constitue 80%. Le talent fait le reste.

  En conclusion, je souhaiterais que nous soyons tous plus nuancés vis-à-vis de ceux qui ont des envies différentes. Je me méfie de ceux qui détiennent la Vérité avec un grand V. S'il faut faire attention aux "vieux bons" qui du haut de leurs années de métier, nous assènent des vérités pré-digérées, j'aimerais aussi que les petits jeunes qui démarrent et ont des avis sur tout fassent davantage preuve de discernement et de réflexion.

  Il est vrai qu'à 20 piges, la fougue l'emporte parfois sur le bon sens.

  A titre personnel, plus les années passent, et moins j'ai de certitudes...

  Othello ©1999.

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