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Au Revoir mon Ami
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L'Amérique a eu son 11 septembre.
A un niveau introspectif, je vis intérieurement le mien depuis le 9 avril dernier. Mes deux tours ont pour noms Justice et Idéal.
Et pour une famille française, celle du Lieutenant Régis Rickebush, le monde s'est arrêté de tourner ce jour là.
Je ne reviendrai pas en détail sur le drame récent qui s'est déroulé au commissariat de Vannes. Les médias ont largement couvert l'événement.
Au
cours des trois cérémonies qui ont marqué les funérailles
de Régis, aux cotés de son ami Jean-Claude Titon
(je t'envie pour ce dernier week-end passé avec lui
), de ma fiancée
Isabelle et accompagné des douloureuses pensées de Georges
Proust et Bogdane Murariu, qui le connaissaient également
très bien, j'ai pleuré trois hommes réunis en un :
D'abord l'Ami dont la gentillesse, la générosité et l'extrême droiture resteront à jamais gravées dans nos esprits. Celui que l'on n'a pas vu assez souvent, en raison de ses nobles responsabilités et de son emploi du temps quelque peu mouvementé. Celui qui, dès qu'il apparaissait, m'aurait fait lâcher n'importe quelle tâche pour aller le saluer.
Je n'ai jamais fait étalage de l'estime et de l'admiration que j'avais pour cet homme. Mes raisons pour ces deux sentiments resteront personnelles. Mais le faire savoir aujourd'hui m'aidera à exorciser -efficacement je l'espère - cette douleur.
Ensuite, le policier. Celui qui par vocation était
chargé de notre sécurité. L'Etat français a perdu
l'un de ses meilleurs éléments. Régis était bien
plus que le Gardien de la Paix décrit par la presse. Il était
l'un des meilleurs hommes du RAID (unité d'élite), et un agent
de la DST qui aura marqué tous les services de cette Institution. «
Ce ne sera plus comme avant », a soupiré l'une de ses collègues.
Après une telle carrière, il aspirait
à prendre un peu de recul aux côtés de son épouse,
Catherine, et avait demandé sa mutation dans une ville réputée
calme. Et c'est peut-être cet aspect là du drame qui me fait
le plus souffrir. Régis aurait pu tomber mille fois au cours
des années précédentes, pendant des missions dignes des
scénarios américains les plus improbables.
Au cours d'un dîner, il avait dit à ma fiancée qu'à aucun moment il n'hésiterait à se mettre en première ligne pour tenter de sauver une vie humaine (Régis a été également garde du corps d'un ancien ministre de l'intérieur). Il y a 6 jours, il est mort pour en sauver au moins trois des balles d'un ivrogne. Trois mois après avoir pris ses nouvelles fonctions.
Le magicien. Notre Art a perdu l'un de ses amoureux les plus fervents. Mais pas de ceux pour qui la tenue en main de la dernière Flipper Coin devient soudain le Graal de toute une vie ; Non, tout l'opposé de cela, et sur la vraie Voie.
Régis ne pratiquait que le Mentalisme. C'était sa passion. Il passait ses temps de loisirs à chercher, à réfléchir et à construire. Et je peux vous assurer qu'il serait devenu au fil du temps un expert du genre. Jean-Claude Titon ne me contredira certainement pas.
Il m'arrive de présenter quelques effets de mentalisme au cours de mes interventions au Musée de la Magie. Les conseils les plus avisés et les discussions les plus enrichissantes que j'ai pu avoir au sujet de mon approche venaient du Lieutenant Régis Rickebush, 37 ans,
- médaillé de la Légion d'honneur.
- Médaille d'Or pour acte de courage et dévouement.
- Médaille d'Honneur de la Police Nationale.
Il est peut-être un peu tard pour vous demander à chacun une minute de recueillement, mais si en me lisant, pendant un court instant, vous avez éprouvé le regret de ne pas avoir connu ce garçon, alors je saurai que ce court hommage n'aura pas été vain.
Sachez enfin qu'il y a quelque part dans notre pays un père, une mère, un frère et une jeune femme vers qui vont mes pensées les plus affectueuses, ainsi que celles de mes amis pré-cités.
Je
terminerai en citant le petit mot envoyé par son amie Line Renaud,
et lu pendant l'office religieux :
« Régis, mon ami, je te fais
une promesse. Je te promets d'oublier l'absurdité de ta disparition
pour ne garder de toi que le souvenir de ton fabuleux parcours au service
de notre pays. »
Avril 2002
Merci à Bruno SANVOISIN pour la relecture.
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