Réflexions

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Être ou ne pas être un mentaliste ?  Telle est la question !

essai de Carlos VAQUERA

Localisation : Bruxelles
Age : 36 ans
Profession : artisan de l'illusion
Spécialités : aucune mais tente de faire de mon mieux
Publie dans la Circular de l'Ecole Magique de Madrid, dans Imagik, dans la Revue de la Prestidigitation et dans Arcane.
" C'est Youki qui m'a introduit (sans jeux de mots ni de mains) à l'art de la magie et c'est Arturo de ASCANIO qui fut ma première révélation."
"J'ai eu l'immense privilège d'être à côté de Roberto GIOBBI, Aurelio PAVIATO et Pedro LACERDA l'un de ses fils spirituels."
"(Dans cette grande famille, on retrouve en tant que frère spirituel d'Arturo : Juan TAMARIZ, John THOMPSON et Bernard BILIS) - eh oui, je me sens tout petit...
Je suis un touche à tout. Certains diront que c'est s'éloigner de l'art qu'on a choisi de pratiquer. Moi je pense que c'est l'enrichir en prenant des routes secondaires qui sont parfois plus belles que les autoroutes ou les routes principales."
Du rédacteur :

    Rafa PICOLA - un des membres de l'École  Magique de Madrid (un des plus doués de sa génération) expliquait dans la  Circular n° 216 du mois de décembre 1996, sa démarche pour présenter des  effets mentaux.
    Comme chacun d'entre vous, j'ai dans mon répertoire quelques  effets de mentaliste que je place, personnellement, à la fin de mon spectacle. Ces effets sont, pour les spectateurs, à la frontière entre l'illusion et la  magie. Ils sont, dans leur esprit, ce qui se rapproche le plus de la véritable magie.
    La manipulation digitale étant exclue de leur forme de pensée, il ne leur reste plus beaucoup de chemins pour trouver une explication rationnelle à ce qu'ils viennent de voir. Comme disait notre maître ASCANIO, l'atmosphère  magique est à son comble !

    Mon expérience, dans ce domaine particulier de notre art, est relativement limitée mais suffisante, me semble-t-il, pour tenter de partager quelques impressions avec vous. Et, peut-être qu'ensemble nous trouverons des réponses à certaines questions. A savoir, si le mentaliste  doit dire qu'il possède des pouvoirs. Ou bien, s'il doit dire que tout ce  qu'il réalise n'est que technique d'illusionnisme.

Carlos VAQUERA    Dans l'introduction  de « Mental Club Act » n°2 provenant du Jinx, ANNEMANN nous conseille, avant  d'entamer le premier effet de mentalisme, de faire une introduction courte. Celle-ci doit annoncer au public, que les expériences qui vont suivre, sont  basées sur des expériences psychiques et des lectures de pensées.
    Il nous dit  que, si on se dirige vers cette direction, l'esprit de nos spectateurs acceptera plus volontiers ce genre d'expérience. Il nous conseille de ne pas  inclure de gag et aussi, de ne pas être trop sérieux ou trop comique. Il nous  dit que si l'on raconte que nous possédons le pouvoir de lire dans la pensée,  le public le croira à condition de le prouver.

    Plus loin dans ce même livre, il nous conseille de jouer le rôle d'une personne normale avec des facultés anormales. Les gens préférant ce style de personnage à quelqu'un qui serait en dehors de la normalité.

    Quelques pages plus loin, il nous donne  le texte de l'une de ses présentations. Voici un court extrait : « ... Je suis  ici en tant qu'artiste jouant le rôle d'un homme pouvant lire dans la pensée.  Vous êtes les seuls à pouvoir juger les sources de mon pouvoir... ». Bref, il  donne la possibilité aux spectateurs de se faire une opinion sur les expériences qu'ils vont voir. Il ne leur impose rien. C'est à eux de trouver leurs propres explications à ces jeux de l'esprit.

    Dans le magnifique  livre de CORINDA « 13 Steps to Mentalism », nous trouvons au « step 7 », une  interview réalisée en présence du mentaliste Anglais FOGEL (1).  Celui-ci nous dit qu'un mentaliste doit, avant toute chose, être un «entertainer». Il nous conseille de ne pas mélanger la magie avec le mentalisme. La magie, même si elle est présentée sous forme de miracles apparents, est considérée par le public comme du truquage. Donc, si on mélange l'un et l'autre, les gens diront de votre effet mental que c'est juste un autre truc (2).  Il nous conseille de ne pas trop prétendre posséder de véritables pouvoirs mais de laisser les spectateurs juger par eux-même.

    (1) Maurice J. FOGEL (7 juillet 1911 - 30 octobre 1981). Il  devint mentaliste professionnel en 1939.

    (2)  Je ne suis pas d'accord avec FOGEL. Je pense que l'illusionnisme et le mentalisme peuvent se suivre dans une même séance. Tout dépendra de la manière  dont on introduira nos expériences de mentalisme. Personnellement, j'annonce ces expériences comme un jeu entre l'esprit de mes spectateurs et le mien. Et que, même si la manipulation digitale n'intervient plus, il existe un autre moyen plus puissant et plus fort de communiquer : la communication  psychologique. Ils seront mes transmetteurs, je serai leur récepteur. Tout  cela dans un seul et unique but : le divertissement.

    Dans  le « step 13 », CORINDA nous donne son opinion sur le sujet. Il suggère de dire que tout ce qu'il fait est normal et pourrait être fait par n'importe qui. Il nous dit qu'il a expérimenté différentes approches de présentation et qu'il arrive à la conclusion que la présentation de trucs psychologiques est la meilleure des réponses à donner à un public.

    Chaque fois que cela est  possible, il fait une courte introduction en disant aux spectateurs qu'il va  leur montrer quelques expériences intéressantes qui peuvent être atteintes en entraînant l'esprit humain. Il explique, ensuite, que tout le monde peut  réaliser ce genre de choses et que c'est simplement une question d'étude et de  pratique. Il flatte la capacité incroyable du cerveau humain sans se flatter lui-même.
    Puis, il explique que les gens pourraient facilement penser qu'il y a quelque chose de psychique dans ses expériences mais que ce n'est pas là que se trouve la réalité. Que tout cela demande beaucoup d'entraînement, de travail, et une grande compréhension de la psychologie humaine. Au bout du  compte, c'est quelque chose que tout le monde peut faire en entraînant son esprit.

    CORINDA ne laisse donc aucun doute sur la source de ses  expériences. Dès le départ tout est clair dans l'esprit de ses spectateurs.

    Eugène BURGER, dans son livre «Strange Ceremonies» (voir  bibliographie), nous parle de la manière dont Tony ANDRUZZI (3) et Philip WILLMARTH qui pratique la « bizarre magick » présentent leurs  effets. Il nous donne leurs définitions respectives de leurs magies. Pour le premier, c'est «De la magie faite par magie» et pour l'autre c'est « Faites-le vraiment !». Il nous parle aussi de Charles CAMERON qui dit : «L'argument habituel est que le spectateur devrait «croire» dans les pouvoirs du magicien pendant son spectacle mais retrouver la réalité à la conclusion de celui-ci (comme dans les films). C'est du non-sens. Ou vous êtes un magicien avec des pouvoirs magiques ou vous n'en êtes pas un. C'est aussi basique que  cela !». Pour ces trois «magiciens» c'est clair il faut prétendre posséder des pouvoirs si l'on pratique ce genre de «magie».

    (3) Tony ANDRUZZI est décédé.

    A mon tour de partager mon opinion sur ce sujet. Je pense que tout dépendra de l'effet  psychologique que vous avez envie de créer sur vos spectateurs. Mais, contrairement aux trois possibilités qui sont exposées plus haut, j'estime que seulement deux peuvent être utilisées en public. Une étant à rejeter immédiatement.

    Si votre envie est de leur faire passer tout simplement un bon moment, il est évident que vous ne prétendrez aucunement posséder des  pouvoirs. Par contre, si votre objectif est de créer une atmosphère pesante  (qui peut aussi s'avérer très divertissante), où vos spectateurs vont vivre une expérience qui sort de l'ordinaire, il vous faudra laisser planer un doute sur l'authenticité de vos expériences.
    A ce moment là, c'est à vos spectateurs  de se faire une opinion sur vos capacités psychiques. Mais en aucun cas, il faudra présenter ces expériences de mentalisme comme réelles. Je pense que l'on peut transformer des vérités, faire découvrir d'autres réalités mais qu'il ne faut pas tromper un public. C'est mon opinion et je la partage. Mais je ne détiens pas la vérité absolue. 

    Pour conclure, vous avez compris que je  partage la manière de faire d'un ANNEMANN ou d'un CORINDA mais que je rejette  celle d'un ANDRUZZI ou d'un WILLMARTH. Et, si vous me le permettez,  j'emprunterai volontiers cette conclusion qui termine le spectacle d'HIAWATHA (4)  et qui dit : « Si mes histoires ont été vraies, utilisez-les pour votre divertissement. Mais si mes histoires ont été fausses, utilisez-les pour votre  sagesse. Je vous ai touché d'une certaine manière, qui est la vrai magie - et  nous devons... garder la magie... vivante! »

    (4) HIAWATHA Johnson Jr. est un grand conteur qui combine à la fois la magie, la musique et la  bonne humeur.

    J'aimerais terminer cette « participation »  par une petite histoire Zen : 

    « Un moine Zen accompagné de ses trois disciples fait visiter à ceux-ci son jardin. 

    Un des disciples aperçoit, sur une des laitues de son maître, une limace et l'écrase de son pied.

    Le deuxième disciple regarde son maître et lui dit : « Maître ce qu'il vient de faire est mal. Il faut respecter la vie,  n'est-ce pas? ».

    Le maître le regarde droit dans les yeux et lui dit : « Tu  as raison ! ».

    Le premier répond alors à son maître : « Maître cette laitue est votre source d'énergie. C'est elle qui vous nourrit, qui vous donne de la  force. J'ai bien fait de tuer cette limace. ».

    Le maître le regarde droit  dans les yeux et lui dit : « Tu as raison ».

    Sur ces paroles le troisième dit à son maître : « Maître, si l'un a raison, l'autre ne peut pas avoir  raison, n'est-ce pas? ».

    Et le maître le regarde droit dans les yeux et lui dit : « Tu as raison! ».

    (Janvier 1997)

    Merci à Bruno SANVOISIN pour la relecture.

    Bibliographie :

* « Mental  Club Act » de ANNEMANN, Jinx programme n°2, a « Magic Wand » publication ,  1956. * « 13 Steps to Mentalism » de CORINDA Copyright 1964 T. Corinda *  « Strange Ceremonies » de Eugène BURGER Kaufman and Greenberg,  1991

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