Réflexions

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Anecdotes sur Dai VERNON

 

Carlos VAQUERA

Localisation : Bruxelles
Age : 36 ans
Profession : artisan de l'illusion
Spécialités : aucune mais tente de faire de mon mieux
Publie dans la Circular de l'Ecole Magique de Madrid, dans Imagik, dans la Revue de la Prestidigitation et dans Arcane.
" C'est Youki qui m'a introduit (sans jeux de mots ni de mains) à l'art de la magie et c'est Arturo de ASCANIO qui fut ma première révélation."
"J'ai eu l'immense privilège d'être à côté de Roberto GIOBBI, Aurelio PAVIATO et Pedro LACERDA l'un de ses fils spirituels."
"(Dans cette grande famille, on retrouve en tant que frère spirituel d'Arturo : Juan TAMARIZ, John THOMPSON et Bernard BILIS) - eh oui, je me sens tout petit...
Je suis un touche à tout. Certains diront que c'est s'éloigner de l'art qu'on a choisi de pratiquer. Moi je pense que c'est l'enrichir en prenant des routes secondaires qui sont parfois plus belles que les autoroutes ou les routes principales."
Du rédacteur :

    Vous trouverez ci-dessous un article paru dans la "Circular" de l'École Magique de Madrid. Ces quelques lignes mettent en scène différentes anecdotes sur Dai VERNON (thème central de l'Escorial 1997).
    Je tiens à remercier Patrick PAGE et John THOMPSON qui m'ont aidé à les rassembler.

    La première anecdote que j'ai le bonheur de partager avec vous, je la tiens d'un client du cabaret de Monte-Carlo que j'ai eu le bonheur d'illusionner il y a, de cela, quelques années (en 1987, si mes souvenirs sont exacts).
    Après mon passage à sa table il me conta que, lors d'une de ses croisières, il avait rencontrer John SCARNE. Passionné par notre art, il lui demanda de lui faire quelques uns de ses tours de cartes et celui-ci refusa. Alors pour le convaincre de lui en montrer, il parla d'un magicien extraordinaire du nom de Dai VERNON qui lui avait montrer des tours tous aussi impressionnants les uns que les autres. Il lui dit que, d'après lui, personne ne pouvait surpasser les tours de cartes de ce magicien.
    Touché au plus profond de sa susceptibilité, John SCARNE passa toute la nuit a lui démontrer que le plus talentueux faiseur de tours de cartes était lui et non Dai VERNON.
Carlos VAQUERA    Voilà une belle astuce à utiliser quand un magicien ne veut pas vous montrer son savoir-faire !

    La deuxième anecdote me vient de Patrick PAGE, véritable encyclopédie de la magie. J'ai eu le bonheur de travailler avec lui au 3ème congrès de magie organisé par le "Bazar de Magia" à Buenos Aires ce 26, 27 et 28 septembre passé (1997). Il y avait, entre autre, Gaétan BLOOM et son incroyable créativité et "The Great Tomsoni", une des dernières légendes vivantes du monde de la magie.
    Un congrès extraordinaire, un public merveilleux et le bonheur de se retrouver entouré de gens de coeur. Quelle fabuleuse expérience ! J'ai appris plus en 3 jours de congrès qu'en une année d'étude. Que la vie est belle lorsque un même sentiment nous réunit tos autour d'une même passion !
    Patrick PAGE nous raconte sa grande admiration pour John RAMSAY, le meilleur magicien qu'il ai eu le bonheur de rencontrer. Celui qui parvenait à illusionner tous les magiciens sans exception. Celui qui était, non pas un mouvement avant les autres, mais bien trois ou quatre.
    "The professor" a eu le plaisir de le rencontrer à Londres dans les années 1956 lors d'une entrevue privée. RAMSAY lui racontait que pour réaliser une bonne "misdirection" il fallait utiliser sa tête. VERNON était, bien entendu, d'accord avec lui. Mais ce jour là, VERNON avait déformé ce que RAMSAY avait voulu lui dire. Il avait interprété ses paroles dans le sens qu'il fallait penser, réfléchir, méditer pour réaliser une bonne "misdirection", alors que RAMSAY voulait simplement dire qu'il fallait regarder, diriger sa tête vers un point dans l'espace. Le physique et le psychologique s'était involontairement rejoint.
    Ce qui nous prouve, une fois encore, que dans l'art de la magie deux chemins différents peuvent amener le spectateur au même endroit.

    La troisième anecdote est en réalité une interview que j'ai réalisé avec John THOMPSON ("The Great Tomsoni"). Vous la trouverez dans son intégralité ci-dessous. De temps en temps nous nous sommes permis de changer de direction en nous éloignant un petit peu de Dai VERNON. J'espère que ces petits détours vous intéresseront aussi.

    Carlos : De quand date ta première rencontre avec Dai VERNON et où s'est-elle déroulée ?

    John : Je l'ai rencontré à plusieurs reprises. J'ai été introduit à lui dans les années 60, mais j'ai réellement pu le connaître mieux que lorsqu'il avait déjà 75 ans. C'était à Chicago dans la maison de Jay MARSHALL. Il était vraiment très intéressant. Si il pensait que tu avais du talent, il te donnait toujours quelque chose à méditer.
    Je me souviens ce qu'il a fait avec moi. Il m'a dit qu'Ed MARLO pour poser 10 cartes au dessus d'une carte choisie les mélangeait une à une jusqu'au moment où il en avait 10. Dai disait qu'il y avait différente manière de le faire. Il me demanda un numéro entre 1 et 52. Je lui répondis 31. Il me montra la carte du dessus et ensuite il fit deux " riffles shuffles " pour placer la carte choisie à cette position. C'était beaucoup plus rapide et il me montra comment faire ça. Maintenant, me dit-il, montre-moi comment tu fais pour un nombre inférieur à 26 cartes.
    J'ai joué un peu avec le principe et à notre prochaine rencontre je le lui ai montré. Il m'a dit (là, John prend l'accent de Dai VERNON) : c'est très bien, ce n'est pas ce que je fais mais c'est très bien ! Une des choses amusantes dont je me souviens s'est déroulée au "Palace of Mystery" au "Magic Castle". Nous étions en train de parler et il me dit : " ". Je lui dis que ma santé était bonne, que je n'étais jamais malade, que j'étais comme lui, que j'avais un très bon système immunitaire. Il me répondit que parfois une bonne santé était une bénédiction et que parfois ça ne l'était pas. Et il pris de sa poche trois papiers jaunes et de chaque côté du papier il y avait trois colonnes avec les magiciens les plus fameux de ce siècle et de la fin du siècle dernier ; et il dit : " ". Je ne savais pas quoi répondre, alors je lui ai dit : " ", et il me répondit : " ". Ah, ah, ah...
    Une autre fois, VERNON, Ron WILSON, Joe CASSARI, Kudo BOX et Joe BERGSBROTHER, venaient une a deux fois à ma maison pour jouer aux cartes. Kudo BOX en devenant vieux, ses yeux ne fonctionnaient plus très bien. Mais pas lorsqu'il faisait son numéro. Quand on lui masquait ses yeux il pouvait voir parfaitement. On était en train de jouer aux cartes et il dit le nom d'une carte pour une autre et VERNON, alors, lui dit : " "

    C : VERNON a-il eu un maître, une source d'inspiration ?

    J : VERNON était son propre maître. Il était un magicien qui s'est construit tout seul. Il avait cette habilité de regarder un tour et de voir comment il fallait qu'il soit présenté. Il comprenait ce que le naturel voulait dire. Le problème de beaucoup de gens quand il parle de VERNON et du naturel, ils ne réalisent pas qu'il faut être naturel à soi-même. La plupart des gens qui font du VERNON l'imite pour son naturel. Mais si tu regardes les photos de VERNON avec des cartes, ses mains sont sur le côté du jeu, mais ça c'est parce que ses bras ont été cassés. C'est parfaitement naturel pour lui. Mais pour moi c'est naturel d'avoir mes mains sur le jeu.
    Tu dois donc faire des ajustements et t'adapter à ce que tu fais. C'est ça qu'il voulait dire par être naturel. Si tu mélanges un jeu de cartes, tu dois faire ton faux mélange de la même manière que le vrai. Ils doivent se ressembler le plus possible. VERNON était un grand étudiant du naturel. Il comprenait comment un tour devait être fait correctement.

    C : VERNON était-il un grand créateur ?

    J : Beaucoup de personnes parle de VERNON et de ses tours, mais il n'a pas inventé beaucoup de tour. Par contre, chaque fois qu'il prenait un tour et qu'il l'analysait, il le transformait en quelque chose d'inestimable.

    C : VERNON a-il eu beaucoup d'élèves ?

    J : Partout où VERNON a été aux Etats-unis la magie semblait être à son point le plus beau. Quand il était à New York tous les grands magiciens étaient à New York. Quand il était à la côte Ouest, tout le monde semblait le suivre. Il a inspiré beaucoup de monde. L'homme vécut 98 ans et un bon nombre de ces années il fut entouré de beaucoup de magicien. Perci DIACONIS l'a accompagné pendant un ou deux ans quand il avait 13 ou 14 ans, Larry JENNINGS,..., tu peux nommer n'importe quel grand nom de la magie, Charlie MILLER aussi. VERNON lui a montré beaucoup de belles choses. Charlie un jour m'a dit que toutes les grandes choses qu'il a faites venaient de VERNON, même des choses qu'il avait oublié.

    C : J'ai entendu VERNON dire qu'il était triste de vieillir car il n'était plus capable de faire certaines choses qu'il faisait à la perfection lorsqu'il était plus jeune.

    J : L'âge s'agrippe sur toi. J'attends moi-même de ralentir un peu ma cadence de travail un de ces jours. Je suis sûr que ça l'a atteint, mais il a eu la grande chance jusqu'à l'âge de 87 ou 88 ans de travailler. Après cela il pouvait encore faire des tours mais il a sentit que son " tranchant " était parti. Je viens juste de travailler avec un grand comédien, très connu dans les années 50 aux Etats-Unis. Il avait disparu et le hasard a voulu que l'on travaille ensemble. Je m'attendais à quelque chose de merveilleux mais il avait perdu son " tranchant ". Il n'avait plus cette verve sur scène. Son timing était un peu moins juste. C'est ce que VERNON réalisa. C'était certainement en train de se passer avec lui à l'époque où il a dit ça.

    C : Quel est pour toi le meilleur âge pour atteindre la plus grande maturité artistique ?

    J : Les grands magiciens semble ne pas bouger. On vient juste de travailler avec Patrick PAGE et il était aussi grand 25 ou 30 ans en arrière et il est toujours. Il a toujours tout pour lui. Charlie MILLER était bon jusqu'à ses 75 ans. Après il a un peu ralenti. Ca arrive juste comme ça. Pour VERNON c'était ses 80 ans. Je me souviens lorsqu'il avait plus ou moins 88 ou 89 ans et qu'il m'a dit : " Johnny, je me suis toujours senti comme un jeune homme mais ces deux dernières années je commence à me sentir un peu vieux. Je lui ai répondu " ". Il m'a répondu : " ". C'était incroyable. Quand il avait 87 ou 88 ans, c'est là qu'il a commencé à ralentir un peu. Il avait une telle énergie et une telle adresse.

    C : Sais-tu si il y a beaucoup de choses de VERNON qui n'ont jamais vu le jour ?

    J : Il y a énormément de choses. Il a écrit un livre intitulé "Revelation" qui était ses annotations sur Erdnase mais beaucoup de ces annotations n'ont pas été publiées. Les producteurs ont trouvés qu'il y avait des choses qui étaient trop bonnes pour être publiées. Il y a plein de choses qui n'ont jamais été publiées. Je ne suis pas d'accord avec ces personnes, je pense que le travail d'un homme est sa propriété. C'est à lui de décider si il a envie de le donner au reste du monde. Sinon beaucoup de choses peuvent se perdre. Charlie MILLER ne voulait pas que son matériel soit livré au public. Il voulait que je brûle tout ce qui lui appartenait.

    C : Sa raison principale était qu'il n'aimait pas la fraternité magique ?

    J : Je suppose qu'il a distribué son matériel entre Perci DIACONIS, Steve FREEMAN, Ricky JAY et moi-même. Nous étions ses 4 étudiants. On a pris soin de Charlie, de ses vieux jours. Steve a été son comptable, Ricky a toujours fait en sorte qu'il avait de l'argent, Perci l'a toujours aider financièrement, et nous avons toujours donner à Charly un endroit pour dormir. Certains magiciens ne veulent pas qu'on touche à leurs matériels. Max MALINI est un exemple. Il n'y a que Charlie qui a pu nous dire combien il était bon. VERNON a écrit le livre sur MALINI mais la plupart des choses proviennent de Charlie, parce que Charlie connaissait Max très très bien. Je crois qu'un jour les 4 d'entre nous allons écrire un livre sur Charlie afin que ce ne soit pas perdu à jamais. Mais on devra se battre avec Ricky JAY ; il est si secret que sa main gauche ne sait pas ce que sa main droite est en train de faire. Il peut même s'illusionner tout seul. Mais c'est un grand magicien et je respecte sa manière de penser.

    C : Je comprends. Mais c'est tout de même dommage pour l'art.

    J : Je sens que je dois laisser derrière moi certaines de mes créations. Je commence à écrire des choses et même l'entièreté de mon numéro.

    C : On attend avec impatience sa publication. Pour terminer juste un mot pour Arturo qui était un frère pour toi.

    J : J'ai été en Espagne pour y travailler durant une année. Mais pour une seule raison, rencontrer et connaître Arturo de ASCANIO ! L'argent n'était pas si intéressant mais cela me donnait le temps de rencontrer l'homme que j'ai toujours voulu rencontrer. C'était une joie d'être avec lui. Je ne connais personne comme lui. Mais comme VERNON, comme Charlie, comme les grands penseurs de la magie, Arturo était un philosophe de la magie. On a parlé beaucoup de fois et je me souviendrai toujours lorsque il me dit qu'un magicien c'est comme... il donna cet exemple, il me dit : "". Il a toujours eu ce type de philosophie avec de très beaux exemples.

    C : Te souviens-tu de la première chose que tu lui as montré ?

    J : La première chose était un tour avec un saut de coupe et une donne du dessous et je l'ai illusionné. Je ne pouvais pas le croire. Il m'a dit "". Et j'étais comme un enfant avec le plus beau cadeau du monde. Ca vient d'Arturo de ASCANIO ! C'est comme la première fois que j'ai travaillé devant VERNON. Je suis désolé qu'il ne soit plus avec nous pour nous guider et nous mettre sur la bonne voie. Mais heureusement il a eu de merveilleux élèves comme Juan, et toi-même et Roberto GIOBBI, ...

    C : Nous sommes là pour le rendre vivant à chaque fois que nous faisons un tour.

    J : Les juifs disent que lorsque tu parles de quelqu'un il revit encore, et dans cette idée Arturo ne sera jamais mort.

    C : Après cette magnifique conclusion, j'aimerais encore te poser une question sans aucun rapport avec Arturo ni VERNON. Je me demandes pourquoi lorsque tu vois des artistes comme des comédiens, des chanteurs, des peintres ils changent toujours leurs numéros d'acteurs, leurs chansons,...mais les magiciens font toute leur vie le même numéro. D'après toi, quel est la raison de ce fait ?

    J : Il y a une différence entre un acteur et un artiste. L'acteur est entraîné a utiliser les idées des autres et à les rendre vivantes. Les chanteurs changent de matériel parce que la musique évolue avec la mode. Ils ont du matériel qui ne provient pas nécessairement de leurs cerveaux, mais la plupart des numéros de variété, et pas seulement les magiciens mais aussi les jongleurs ne changent pas de matériel parce qu'il est développé par la personne elle-même. La magie est le seul art que je connaisse où tu dois être le metteur en scène, choisir la musique, choisir la lumière qui te convient. On fait tout et c'est très difficile. Il n'y a pas beaucoup de forme d'art qui font ça. Quand tu développes quelque chose qui marche, tu as la chance de travailler avec un vrai public et de continuer en l'améliorant. Ce que tu fais vraiment c'est le développer. Je suis en train de faire mon numéro tel qu'il est depuis 1969 mais, tu sais, à cette époque je n'avais que 6 minutes. Ces 6 minutes sont devenue 30 minutes et j'ai certainement plusieurs heures de matériel. Je n'arrive pas à les faire mais je ne perds jamais ce qui est original parce que...comme un chanteur, il peut faire de nouvelle chansons mais le public veut encore entendre ses succès d'hier. Et c'est ça qu'on doit essayer de faire, s'améliorer et devenir meilleur et meilleur.

    C : Merci beaucoup ! Aujourd'hui nous sommes le 29 septembre 1997 à l'hôtel Sheraton de Buenos Aires et qu'est ce que je suis content d'avoir partager ces quelques moments avec toi !

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