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| Apprendre, innover, être vrai… voilà la solution |
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L’initiation
J’ai commencé à m’intéresser à la magie par pure curiosité vers l’âge de 8 ou 9 ans. J’étais à la bibliothèque municipale et je cherchais un livre pour me divertir pendant les vacances et tout à coup, je suis tombé face à face avec un vieux livre de magie dont le titre ressemblait à « Les illusionnistes ». Dans ce livre, on racontait l’histoire de quelques magiciens, présentée de façon quelque peu romancée, comme la magie sait bien le faire. En plus, il y avait le dévoilement de quelques « trucs de magie » dont les prémisses étaient « garder le secret ». À ce moment, je ne fis ni une, ni deux et je l’ai spontanément caché dans mon pantalon. Bref, ce n’était pas ma meilleure disparition, car au moment de ma sortie, une alarme s’est mise à retentir… Voilà mon premier contact avec la magie!
En fait, je vous parle de cette histoire, car la plupart des individus curieux ou stimulés par l’envie d’être le centre de l’attention aura dans son bagage de vie « un truc de magie » qui pourra divertir et parfois même impressionner. Ce truc aura été transmis par une autre personne grâce à un livre, un DVD, la télé ou par un ami « magicien ». Au fil du temps, il est même possible d’en accumuler plusieurs et parfois même d’en arriver à porter le titre de « magicien » amateur ou professionnel. Et voilà où le bât blesse…
La magie et ses techniques magiques
Il est de la nature humaine de répéter ce qui a été éprouvé : « si une technique magique semble convenir, à quoi bon chercher pourquoi elle convient? ». C’est le sentiment qu’expriment, aujourd’hui, ceux qui se targuent d’être pragmatiques. En effet, ils sont disciplinés, efficaces et ils collectionnent les « trucs » à un rythme effréné. J’admets volontiers que, d’un certain point de vue, ils ont raison. Un magicien, amateur ou professionnel (au sens où il en fait son principal gagne-pain), qui fait ses numéros avec professionnalisme a le droit d’utiliser des « techniques magiques » sans connaître les justifications qui ont mené à leur création; N’y a-t-il pas un effet de créer grâce à ces techniques ? Par ailleurs, je me sentirais fort mal à l’aise s’il fallait me faire couper en deux en ayant conscience que personne ne connaît les principes derrière une telle technique… je suis donc rassuré par votre professionnalisme, mais est-ce suffisant?
On peut attribuer une valeur professionnelle au fait qu’il existe des personnes qui se soucient de justifier les « techniques magiques ». Pour ma part, c’est là une des tâches qui favorise l’évolution de la magie et, ainsi, qui repousse cette frustration lorsqu’une technique est dévoilée au grand jour. Je reprendrai donc les mots du mathématicien Friedrich GAUSS, dont beaucoup pensent qu’il fut le plus grand mathématicien de tous les temps : « non notationes, sed notiones ». Bref, il dit que ce qui compte en mathématiques, « ce sont les notions, pas les notations ». Les mathématiques utilisent des symboles : est-ce que les symboles sont les mathématiques? Pas plus que la musique n’est de la notation musicale ou le langage, une série de caractères d’un alphabet. Or, la magie n’est pas un enchaînement de « trucs » que les autres nous ont dévoilés; au moins s’ils avaient été enseignés!
L’apprentissage de la magie
Il est malheureux que le «magicien» mette uniquement l’emphase sur la connaissance de «trucs» et sur la connaissance «par cœur» de ses routines. Pour ma part,
1. «Connaître des trucs» est un processus de traitement en surface qui engendre peu de liens entre les nouvelles informations et les connaissances antérieures du magicien; la capacité d’utiliser ces connaissances demeure fragile. Cette fragilité se manifeste par un savoir à court terme; quelques semaines après avoir appris un truc, qu’en reste-t-il? Pour ma part, il s’agit de «connaissances inertes » pour décrire ce type de connaissances : le magicien le « sait » tout en ayant une capacité faible d’utiliser les concepts derrière le truc. Il en reste donc une capacité limitée à résoudre des situations problématiques.
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2. « Connaître par cœur ses routines » produit souvent des réponses «mot à mot», de l’«imitation» au cours d’une représentation. Les « magiciens » ne sont-ils pas habitués à produire ou prévoir une réponse instantanée lors de leurs spectacles à chacune des situations qui pourraient déstabiliser leur routine? Pourtant, aucune situation ne se ressemble. N’y a-t-il rien de plus ennuyeux que d’assister à une représentation identique… jour après jour, soir après soir, spectateur après spectateur, ami après ami, etc.
Je crois donc que l’apprentissage de la magie est un processus qui ne se réalise pas tout d’un coup. Il exige un traitement, notamment un processus de traitement de l’information en profondeur. Et pour être traité en profondeur, il est nécessaire que ce processus soit :
actif : celui qui apprend utilise ce qu’il sait pour traiter la nouvelle
information;
cumulatif : les nouvelles connaissances se développent à partir
de ce que l’on sait déjà;
constructif : celui qui apprend établit des liens entre les nouvelles
informations à apprendre et ce qui lui était déjà
connu ainsi qu’entre les nouvelles informations.
Le « magicien » doit arriver à modifier sa structure de connaissances initiales. L’idée de structure utilisée ici fait explicitement référence à un réseau de connaissances, ce qui est tout le contraire de connaissances isolées les unes des autres (connaître beaucoup de trucs). La structure de connaissances visée se veut donc riche : bien organisée, stable, fondée sur des concepts que le « magicien » comprend.
Ainsi, la nouvelle structure du « magicien » doit permettre d’agir de façon efficace. On a vraiment appris de nouveaux concepts lorsqu’on est capable de les utiliser pour résoudre une problématique et traiter des situations à l’aide de ces nouvelles connaissances. De là l’intérêt de justifier ses « techniques magiques » afin de voir comment on utilise sa structure de connaissances au moment d’agir instinctivement lors d’une représentation. Il peut être rassurant d’avoir quelques sorties de secours, mais la maîtrise de l’art doit permettre au « magicien » d’interagir avec désinvolture.
Merci à Michel FONTAINE pour la relecture et Philippe COMTE pour la mise en page.
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