| Interviews |
| André ROBERT |
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J'ai commencé la Magie dès l'âge de 9 ans. Dans les années 50 il y avait de nombreux illusionnistes qui travaillaient sur les places publiques, à Marseille. Les jeudis après-midi, je passais des heures à regarder, observer, et essayer de comprendre certains tours de cartes, notamment, de leur numéro.
A l'un d'eux, qui se faisait appeler le Professeur Maurice, très populaire, j'avais acheté un jeu de cartes radio avec l'explication de quelques effets s'y référant.
Je crois que le «déclic» est venu de là, et ma passion pour ces 52 petits morceaux de cartons rectangulaires également. En classe, souvent, mes profs me saisissaient des paquets de cartes que je manipulais subrepticement sous le couvert de ma pile de livres. Mais ils se sont vite découragés quand au bout de quelques minutes ils me voyaient avec un nouveau jeu, surgi de nulle part, dans les mains.
Quels ont été tes maîtres ?
Je n'ai pas eu de Maître ni aucun Professeur. Je suis un autodidacte pur et
dur. Les ouvrages étaient rares, à cette époque. Ma première acquisition a
été «La Magie des Cartes» des auteurs Jean HUGARD et Frederick
BRAUE. Ce livre est vite devenu mon livre de chevet. Mais comme après
l'avoir lu et relu et étudié dans le moindre détail, je désirais plus que
jamais poursuivre mon apprentissage dans la cartomagie, grâce au glissage,
à quelques faux mélanges, fausses coupes et autres forçages en ma possession,
je me suis mis à chercher afin d'imaginer mes premières routines.
On ne peut pas dire que le résultat était du Grand Art,
mais j'arrivais, tout de même, à tromper assez adroitement mes collègues de
jeux, et cela était déjà encourageant. Voilà pour mes débuts.
T'es-tu tout suite concentré sur les cartes ou as-tu travaillé les bases comme les cordes, le gobelets, les pièces ou encore les anneaux chinois ?
Je me suis toujours orienté sur la Magie des cartes qui exerçait, pour moi, un véritable attrait : une fascination permanente. Ce n'est que bien plus tard, vers 18/20 ans que j'ai monté un numéro de boules à deux mains avec lequel j'ai obtenu, plus tard, un 2ème prix de manipulation quand j'ai commencé à présenter les Concours de l'AFAP. C'était à Grenoble en 1971.
J'ai ensuite élaboré un numéro de colombes avec ma femme, et nous avons obtenu un 3ème prix de Magie Générale au Congrès Italo Franco-Suisse de St Vincent d'Aoste, en 1973. Ce numéro était assez bien rodé. Nous travaillions avec 11 colombes dans un exercice basé sur le feu, et dont certains oiseaux apparaissaient entre mes doigts revêtus de flamme. Disparition finale sous ma cape de la cage. Du classique en somme. Nous avons travaillé durant une dizaine d'années sur les bateaux de croisières, avec la compagnie Paquet, à bord de l'Ancerville, du Mermoz et du Renaissance. Mais à côté de cela, je me passionnais toujours pour les cartes, et le soir venu, au salon de bridge des paquebots, je faisais des démonstrations cartomagiques, avec pour 80% des effets de ma création.
Est-ce que tu travailles quotidiennement tes techniques, tes tours ?
J'ai, actuellement, une école de cartomagie à Marseille, où j'enseigne à domicile. Cela me donne l'occasion de travailler quotidiennement les techniques et les tours, tout en m'obligeant à imaginer de nouvelles routines pour alimenter mon potentiel dans ce domaine afin d'intéresser mes élèves par des routines personnelles et inédites, car presque tous possèdent des livres et des cassettes, ce qui me contraint à leur proposer autre chose que ce qu'ils lisent ou regardent en vidéo. Mais comme j'ai derrière moi près de 300 tours et une trentaine de techniques et subtilités nées de mon imagination, je me trouve assez rarement à court d'idées.
Es-tu quelqu'un qui planifie ton travail (recherches, techniques, dialogues, routines) ?
Au début, je planifiais mon travail. Actuellement j'en connais tous les automatismes, et j'opère de manière plus spontanée, intuitive. Mais je suis toujours très ordonné dans mon organisation.
st-ce que tu penses d'abord a un effet puis utilises (ou inventes) les
manipulations te permettant d'arriver à l'effet désire ou au
contraire trouves-tu une manipulation et vois ce que tu peux en faire ?
La plupart du temps, pour imaginer un tour, je cherche une idée, la plus farfelue possible, puis j'essaie de la résoudre grâce à l'éventail de mes connaissances techniques. Il m'arrive, fréquemment, lorsque j'étudie un tour sur un livre, de ne pouvoir parvenir à la fin de l'explication car, parallèlement, mon esprit cogite et je me rends compte qu'est en train de germer une idée qui n'a absolument rien à voir avec l'effet sur lequel je suis en train de plancher.
Tu déjà participé à des concours. Quelles étaient tes motivations ? Qu'avais-tu présenté et quels avaient été tes résultats ?
J'ai participé à 11 concours nationaux et mondiaux. C'était à une période où je désirais écrire des livres afin de publier mes créations. J'ai pensé que si j'obtenais quelques prix cela m'aiderait dans la reconnaissance artistique auprès de mes pairs, et faciliterait la diffusion à venir de mes ouvres. J'ai obtenu onze prix et, effectivement, mon nom a commencé à circuler au sein de la confrérie des magiciens. Je commençais à avoir une petite notoriété. Je pouvais envisager, plus sereinement, la diffusion de mes ouvrages. Cela m'a permis, également, d'être sollicité par les Clubs Magiques français et étrangers qui savaient, désormais, que la Magie d'André ROBERT lui était propre avec des techniques et des effets entièrement personnels, et d'entreprendre des tournées de conférences en Europe.
Parmi mes créations pour concours, «Tapis Vert» un tour dans lequel huit cartes à tarots bleus, montrées recto-verso, se transforment en cartes à dos rouges avec des grosses croix sur les dos, a été avec « Subit », un changement de carte instantané réalisé d'une seule main, la routine et la technique qui m'ont valu le plus de distinctions. Mais je pense aussi à « Huile et eau à disparition » et « Quoi de neuf ? ». Ces effets ont été publiés en France, Italie, Espagne, Angleterre, Allemagne, Chili, etc.. et, Dai VERNON, Harry LORAYNEainsi que Fabbian (Aldo COLOMBINI) et Lewis GASONqui a publié « Tapis Vert » dans « The Gasnon Book » ont mis à leur programme les tours précités. Ce qui fut un grand honneur.
Je conserve un excellent souvenir de ces Congrès Magiques puisqu'il en est résulté 3 premiers prix en cartomagie à l'AFAP, 2 premiers aux Congrès Européens de St Vincent d'Aoste, et 2 fois Vice Champion du Monde à Paris en 1973 et à Bruxelles en 1979.
Quel est ton point de vue sur la propriété intellectuelle dans le domaine de la magie ? Sur quel critère, estimes-tu qu'un tour est une création ?
Il est très difficile et prétentieux de pouvoir revendiquer la paternité d'un tour ou d'une manipulation. Nous sommes des milliers de magiciens de par le monde à cogiter sur de nouveaux effets et, lorsqu'on trouve quelque chose, je pense que plus modestement on doit se contenter de dire : « Je l'ai imaginé » plutôt que « Je l'ai inventé ». Ce n'est que bien des années plus tard, lorsqu'on a constaté que rien de tel n'a été décrit dans la littérature concernée, qu'on peut penser alors que cette « nouveauté » nous appartient.
Comment se fait-il qu'il y ait si peu de fille dans le métier ?
Les femmes, en prestidigitation, ont souvent été de simples assistantes, partenaires
passives du magiciens, et un « faire valoir » pour mettre en exergue
les talents du Magicien/vedette. Je pense que ce n'est plus le cas de nos
jours. J'ai dernièrement lu, dans une très sérieuse revue spécialisée qu'il
y avait plus de 1200 magiciennes qui présentaient, de par le monde, un numéro
complet, sans partenaire masculin, mais avec autant de talent et d'ingéniosité,
sans oublier le petit plus non négligeable de la grâce féminine. Dire qu'il
y a si peu de filles dans le métier : la tendance est en train d'évoluer.
Et je dis Bravo !
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