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Cyril HARVEY

par Boris WILD

B.W.: Tu es l'un des rares Français à avoir été primé à la FISM en manipulation (Lausanne 1991). Comment as-tu géré psychologiquement une telle expérience ?

    C.H.: La FISM, c'est un concours très difficile qui demande beaucoup d'heures de travail et de répétitions. Le jour J, on a seulement dix minutes pour convaincre et il faut que durant ce laps de temps, on soit bon à cent pour cent. Il y a également certains éléments qui font que ton numéro peut très bien passer, comme il peut aussi être moins bien perçu : l'ordre et l'heure de passage par exemple. Débuter la compétition à 9h00 du matin n'est pas forcément la meilleure place. Passer derrière un excellent numéro n'est pas non plus une situation idéale. Il faut donc compter un peu sur la chance.
    Il convient aussi d'être assez fort psychologiquement, car, pendant toute la semaine, on voit énormément de numéros, et il ne faut pas se laisser influencer par l'éventuel succès des autres candidats. A l'heure actuelle, la FISM, c'est quand même l'endroit idéal pour se faire remarquer et peut-être avoir la chance d'obtenir des engagements à l'échelle internationale.

 

B.W.: Ne rougis pas, mais c'est un secret pour personne : tu es très inventif et ta magie est particulièrement créative. Il suffit de voir ton numéro de manipulation ainsi que ta conférence pour s'en rendre compte. Où trouves-tu tes idées et quelles sont tes principales sources d'inspiration ?

    C.H.: Pas dans les boutiques de magie, je ne suis pas vraiment le client idéal. La créativité, cela ne vient pas comme ça, il faut la provoquer. Je suis assez observateur et surtout très curieux de nature. Je puise mes idées dans la vie de tous les jours et je passe aussi beaucoup de mon temps libre dans les magasins, que ce soit des fleuristes, des magasins de jouets, de gadgets, de musique, de sport, de mode.  tout ce qui croise mon regard est susceptible d'être transformé en un effet, un accessoire qui pourrait être intégré dans ma conférence ou dans mon spectacle afin de le faire évoluer. D'ailleurs, j'ai toujours considéré un numéro de magie comme une vitrine, de temps en temps, il faut faire le ménage et dépoussiérer !

 

B.W.: As-tu toujours mis au point tes numéros seul ou as-tu déjà fait la démarche de travailler à plusieurs comme le fait " l'école allemande " de Stuttgart pour laquelle, je crois, tu as beaucoup d'admiration ?

    C.H.: J'ai plutôt le caractère de quelqu'un qui travaille en solo. Mes premiers spectateurs sont ma femme Nicole et mon fils Rémi âgé maintenant de 7 ans, qui a un regard neuf et simple sur la magie. Il y a quand même quelqu'un qui a toujours travaillé dans l'ombre avec moi, il s'appelle Philippe PINAT et j'en profite pour lui rendre hommage. Mais en règle générale, j'ai toujours travaillé quasiment seul et non en groupe comme c'est le cas chez nos voisins allemands. Des magiciens confirmés comme Topas, Franklin, Junge-Junge, Clémens Valentino. se rencontrent régulièrement chez les uns et chez les autres et ils n'hésitent pas à se montrer des tours, à s'échanger des idées, à aider un jeune sur son numéro.
    Récemment, j'ai eu l'occasion de rencontrer le petit dernier de l'école allemande dans un congrès. J'ai eu l'impression de revoir Topas à ses débuts. Il n'a que 15 ans, il a déjà le sens du rythme, l'aisance d'un " pro " et c'est un excellent manipulateur. Il s'appelle Claus HEINTSELER, rappelle-toi de son nom, car dans quelques temps il va faire mal.


B.W.: Comment es-tu venu à présenter des conférences ?

    C.H.: Je n'ai pas un tempérament très expansif de nature et je ne me voyais pas conférencier au départ. Mais il y a cinq ans, Fred ERICKSON, l'actuel président du Club de Troyes, m'a demandé d'animer une journée autour de mon expérience magique. J'ai relevé le défi et, même si ce n'était pas une conférence mais plutôt un déballage d'idées, cela m'a donné l'envie de développer et de présenter une vraie conférence de scène basée sur des manipulations de cartes et des effets visuels de ma création. Merci à toi Fred pour avoir suscité en moi ce réel plaisir qu'est de présenter une conférence.

 

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