| Interviews |
| Cyril HARVEY |
par Boris WILD
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Boris Wild.: Bonjour Cyril. Nous nous connaissons depuis maintenant presque quinze ans et je sais que tu es quelqu'un de plutôt discret. C'est pourquoi j'aimerais que tu nous en dises un peu plus sur toi. Qui es-tu ? D'où viens-tu ? Et surtout comment es-tu tombé dans la marmite de potion magique ?
Cyril HARVEY.: (d'une voix métallique) En réalité, je m'appelle Zorg de la planète Gamma du Centaure et je viens en paix. (reprenant sa voix normale) Non, pour être sérieux, je m'appelle bien Cyril HARVEY. Ce n'est pas un pseudonyme, je suis de descendance anglaise et c'est mon vrai nom. Je suis originaire de Troyes tout comme
Jean-Marie Bigard et Cendrine Dominguez que j'ai bien
connus. J'y ai fait mes études et à l'époque je ne faisais pas encore de
magie. C'est venu plus tard à Paris quand j'ai commencé à travailler en
1984 dans une compagnie d'assurance, le jour où des collègues m'ont acheté
un petit tour de magie pour me faire un cadeau.
Bien que le milieu magique était encore très fermé, j'ai commencé à chercher
des adresses et j'ai trouvé celle de Mayette, tenue à l'époque par Michel
Hatte. J'y ai vu une affiche de Nelty, un magicien un peu excentrique
qui a été mon premier professeur. Puis, j'ai rencontré Gérard MAJAX qui
m'a proposé de prendre des cours avec Pierre EDERNAC et tout s'est
alors enchaîné très vite.
B.W.: Quel a été ensuite ton parcours jusqu'au premier concours et comment t'es-tu préparé à cette " épreuve du feu "?
C.H.: J'ai eu un vrai déclic au Congrès de Versailles en 1984. C'est là que j'ai eu envie de faire de la scène, de la magie à un plus haut niveau que celui de simplement épater les copains. Je continuais toujours les cours chez Pierre EDERNAC et j'ai décidé de monter un numéro de manipulation car Pierre m'avait enseigné de belles techniques de cartes, pièces, boules et dés. Un autre facteur déterminant dans ce choix a été ma visite un jour au Musée Grévin.
A l'époque, j'ai vu un jeune magicien, un certain Marc Antoine qui avait un très beau numéro de manipulation. Cela a aussitôt confirmé mon goût pour cette discipline. J'ai alors fait beaucoup de choses pour rattraper le temps perdu, parce que, commencer à apprendre la magie à 24 ans, c'était un peu tard et j'étais conscient qu'il fallait brûler les étapes pour essayer d'égaler les autres. Je suis donc rentré dans une école de magie qui s'appelait " le club IBM " et, après avoir pris des cours, j'ai passé un examen final où il fallait présenter un numéro de magie de scène. Et c'est à partir de celui-ci que j'ai ensuite monté mon premier numéro pour le Congrès de Vichy en 1985.
Peu de temps avant le concours, j'ai eu l'opportunité de rencontrer Pierre BRAHMA qui m'a aidé à régler le numéro, notamment sur les attitudes, le regard et le sourire. J'étais habillé en frac sur une musique de Rondo Veneziano et je manipulais des accessoires très classiques. J'ai su pour la première fois ce qu'était le trac. C'était terrible ! Je n'ai pas eu de prix, mais je n'avais qu'un an de magie derrière moi et je crois que j'étais un peu inconscient de m'être lancé si vite dans le circuit des concours, l'avenir m'a prouvé que c'est un trait de caractère chez moi, quand j'ai construit quelque chose, il faut que tout le monde le voit, vite.
B.W.: Tu as multiplié les concours entre 1986 et 1991. Pourquoi autant ? Quelle a été ta motivation à chaque fois que tu as rempli ton formulaire d'inscription ?
C.H.: Effectivement, j'ai fait beaucoup de concours.
J'ai obtenu mon tout premier trophée en 1986, au congrès de Bordeaux, un
3ème°prix de manipulation, le seul attribué dans cette catégorie. Les années
suivantes, j'ai remporté d'autres prix dans des congrès AFAP comme Angers
et Cannes mais également à l'étranger, en Allemagne, en Suisse, en Belgique,
en Autriche. Les concours, c'était la seule façon pour moi de me faire connaître,
de travailler en public en conditions réelles et puis j'aimais ça !
J'avais envie quelque part de surprendre les magiciens et à chaque fois,
j'essayais toujours d'amener des choses un peu nouvelles qui n'étaient pas
encore trop vues en magie. Tu vois, par exemple, j'ai commencé à manipuler
les cartes géantes à Bordeaux en 1986 et ça a fait une grosse sensation
par ce que j'étais un des rares magiciens à le faire.
Et puis, il faut savoir que c'était une époque un peu
glorieuse avec des gens qui avaient beaucoup d'idées comme Thierry COLLET,
Marc FILIPPI, Jean GARIN, Pat GUELLER ou Christophe
ROSSIGNOL. Il y avait donc une espèce d'émulation entre nous qui était
un jeu quelque part.
B.W.: Beaucoup de jeunes magiciens hésitent à se présenter en concours.
Que pourrais-tu leur dire pour les convaincre de faire le " grand saut "
et quels conseils leur donnerais-tu compte tenu de ton expérience dans ce
domaine ?
C.H.: Que ce soit en France ou à l'étranger, les concours, ça a été pour
moi une bonne école et j'inciterais donc les jeunes à en faire autant, même
si ce n'est pas une étape obligatoire. Le fait de travailler devant ses
pairs déclenche généralement des critiques (souvent dures) et des conseils
(plus sympa) qui aident à peaufiner et faire évoluer le numéro.
Toutefois, il ne faut pas y aller n'importe quand, n'importe
comment. Il faut être prêt, avoir un numéro structuré et travailler un cran
en dessous de ses possibilités. En effet, le jour du concours, le trac et
le stress ne permettent pas de présenter le numéro comme à la maison. Il
faut également bien penser qu'un des critères les plus importants dans une
compétition, c'est l'originalité, que ce soit des effets, de la mise en
scène ou des accessoires qui ne doivent pas être trop petits, et bien sûr,
ne pas négliger sa tenue (jusqu'aux chaussures qui doivent être nickel),
son matériel, sa musique et encore moins son éclairage. Sur ce dernier point,
il faut savoir qu'en concours, le temps de répétition est réduit au minimum
et il faut donc choisir les éclairages les plus simples possibles pour avoir
la chance d'être bien servi.
Avec l'expérience, on peut être un peu plus exigeant en demandant des éclairages bien précis parce qu'on les a testés ailleurs. Le principal, c'est d'être suffisamment éclairé pour que le public puisse voir le numéro correctement sans oublier toutefois de créer une ambiance. L'idéal étant de trouver une équipe technique compétente qui saura mettre le numéro en valeur.
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