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Christian FECHNER

   Venons-en au prix.

Robert-Houdin   Dans ces ouvrages, illustrés de 1200 documents en noir et blanc et en couleur, le prix de l'impression représente à peine un quart des frais techniques. Le scannage des documents, leur restauration, les droits de reproduction dus aux musées, institutions publiques, archives à travers le monde etc., les séances de photos, la mise en page qui s'est étalée pendant plus de 7 mois [car je tenais que chaque document vienne en regard du texte qui le concerne] et mille autres choses encore, sont des frais fixes qui représentent en fait les trois quarts de l'investissement global.
   Il est donc illusoire de suggérer des éditions de poche ou de qualité inférieure car le gain financier serait très marginal pour le lecteur et cela obligerait l'éditeur à vendre, trop cher, des livres dont l'aspect proclamerait qu'il n'est pas mérité ce qui contribuerait à les condamner à coup sûr.

   Certains m'ont aussi prêté l'intention bizarre et masochiste de vouloir fabriquer un "collector". Je serais donc d'une part assez stupide pour refuser de faire des ventes, de récupérer par là-même mon investissement et je m'interdirai de diffuser largement cette culture que je veux promouvoir ? Je serai d'autre part assez prétentieux pour imaginer que c'est l'auteur ou l'éditeur qui décide à la place du public de ce qui va devenir un "collector" !    Un film ne devient pas"un film culte" de par la volonté du metteur en scène ou du producteur mais seulement de par celle du spectateur et un livre ne devient un "collector" qu'à la seule condition que les lecteurs le décident, car ce n'est en aucun cas son tirage, mais son contenu, qui détermine sa valeur.
   Si ma démarche avait été dictée par l'ego et non pas par l'ambition légitime que j'ai pour la magie française et ses adeptes je n'aurais pas fait cet investissement démesuré en temps et en argent et je me serais contenté de tirer un manuscrit polycopié à une trentaine d'exemplaires et à la seule intention des meilleurs spécialistes mondiaux de l'histoire de la magie. J'aurais éventuellement obtenu des éloges dans la presse magique spécialisée, fait des communications partielles et circonstanciées et évité ainsi bon nombre de soucis de tous ordres. Il va sans dire que ces manuscrits seraient devenus à coup sûr des "collectors" et que personne n'aurait jamais envisagé de m'en faire le reproche !

   De plus mes ouvrages ne sont aucunement destinés en priorité aux collectionneurs. Ce ne sont pas eux qui ont acquis la majorité des exemplaires de "Soirées fantastiques", ils sont dans les mains d'illusionnistes qui, si j'en crois leurs courriers, ont su en faire leur profit. C'est plutôt aujourd'hui que les collectionneurs cherchent à acquérir ces ouvrages... On se trompe d'ailleurs beaucoup au sujet des collectionneurs dont certains magiciens croient qu'il est de bon ton de sourire avec condescendance.
   Ces femmes et ces hommes font un remarquable travail de recherche qui ferait progresser les connaissances de tous si les magiciens français s'intéressaient plus aux résultats de leurs travaux. Ceux qui se plaignent sur le net, avec plus ou moins de sincérité, de la difficulté d'accéder à la culture n'ont qu'à pousser la porte du Club des collectionneurs de l'A.F.A.P., ils y seront fort bien accueillis par Jacques Voignier, assisteront à des réunions souvent passionnantes et participeront à des sorties chez tel ou tel collectionneur qui leur fera découvrir des trésors historiques aussi précieux qu'instructifs. En outre il n'est perçu aucune forme de cotisation et, sauf erreur de ma part, il n'est pas indispensable de faire partie de l'A.F.A.P. pour participer à ces réunions : alors chiche !
   C'est en tout cas grâce aux sacrifices financiers de ces collectionneurs, qui se "battent" à armes inégales contre de grands collectionneurs étrangers, que les plus beaux exemples du patrimoine magique français et mondial n'ont toujours pas quitté la France.
   Malgré ces évidences c'est chez nous que notre culture magique, que le monde entier nous envie, est si peu reconnue et appréciée. En Amérique les congrès de collectionneurs font salle comble et sur scène et dans le public on rencontre le Who's Who de la magie américaine. Il n'y a pas un mois aux Etats-Unis où ne soient publiés de superbes ouvrages historiques (qui par parenthèses sont vendus dans les mêmes conditions que les miens tout en bénéficiant d'un marché de langue anglaise 10 fois plus importants que le nôtre !) qui y rencontrent de grands succès.

   Que cela chagrine ou non certains d'entre vous il y a une relation directe de cause à effet entre cet appétit de culture que témoignent les magiciens américains à l'égard du patrimoine magique, et dont leur art est le premier bénéficiaire, au point de dominer, pour des raisons artistiques légitimes et évidentes, la magie mondiale. Au lieu de toujours pleurer sur "l'argent", qu'ils finiront bien souvent par trouver pour acheter tel ou tel tour dont ils ressentent le besoin "impérieux", les magiciens français seraient bien inspirés de prendre enfin exemple sur la démarche intellectuelle et artistique de leurs confrères d'Outre Atlantique.

>>> Suite de l'interview

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