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Christian FECHNER

   Passons au second point qui concerne le tirage de ces livres, le parti pris de ne les diffuser que dans le milieu magique et "l'importante" question de leur prix.

   La plupart de ceux qui se sont exprimés sur Virtual Magie ont porté un jugement "d'expert" sur des livres qu'ils ne pouvaient avoir vu puisqu'ils n'étaient pas encore imprimés. Comme je ne doute pas de leur sens de l'humour, je leur conseillerai amicalement de se consacrer au close-up et à l'illusion et d'oublier pour un temps le mentalisme ou la divination pour lesquels ils ont apparemment peu de dispositions.
   Mes ouvrages sont réalisés sur les mêmes critères que la plupart des livres d'art que l'on trouve dans les librairies spécialisées et sont sur de nombreux points plus luxueux que beaucoup d'entre eux. Le sujet que je traite, et qui est l'honneur de la magie française, impose cette exigence de qualité. Leurs prix correspond donc aux prix de ces ouvrages et une diffusion grand public n'aurait eu que des conséquences très marginales sur leur prix de vente et n'aurait pas pu excéder quelques Euros de moins par volume.
   En effet, ce que semblent ignorer les internautes c'est qu'un éditeur grand public ne perçoit qu'à peine 40 % du prix de vente de ses livres pour couvrir l'ensemble de son investissement et les droits d'auteur, les 60 % restants se répartissant entre le distributeur, le libraire et les taxes.
Comme beaucoup d'intervenants n'imaginent pas que des livres retraçant la magie des grands maîtres du passé leur soit utile et comme ils ne prennent même pas la peine de se renseigner sur leur contenu exact ils "bottent en touche" en direction du grand public...
   Or ces ouvrages ne sont absolument pas destinés au grand public. Ils ont été écrits et pensés à l'intention des magiciens. Ils rentrent dans une foule de détails, ils retracent des pratiques magiques professionnelles qui ne regardent personne d'autre que les afficionados et donnent un certain nombre de clefs qui ne doivent avoir que des magiciens pour lecteurs. Mes activités cinématographiques sont entièrement tournées vers le grand public et, à tort ou à raison, je pense avoir une idée précise de ce que celui-ci recherche.
   Quand aux choix et aux besoins des magiciens, sans pour cela prétendre détenir une quelconque parcelle de vérité, disons que je me fie à mon instinct. C'est la responsabilité et le devoir des amateurs d'art magique que de tout tenter pour faire partager à leurs pairs un savoir qui peut être utile au plus grand nombre d'entre eux.

   Venons-en au tirage et au prix sur lesquels j'ai lu quantité de déclarations, ou de suggestions, fort sympathiques au demeurant mais bien souvent très naïves.

   Qu'est-ce que représente le tirage d'un "best-seller" dans le très étroit marché magique ? Je ne parlerai pas ici des ouvrages d'initiation à l'usage des débutants dont les tirages cumulés peuvent atteindre, au fil des années, plusieurs milliers d'exemplaires. En règle générale, si tant est qu'il puisse y avoir une règle en la matière, les livres dont les tirages s'échelonnent entre 500 et 1000 exemplaires sont suffisamment rares pour mériter le nom de "best-seller" et l'on ne trouve d'ailleurs dans la fourchette haute que des livres décrivant exclusivement des tours.
   Pour des livres que certains considèrent bien à tort comme superflus et dans lesquels on classe les ouvrages historiques, dont la biographie de Buatier de Kolta est le dernier exemple sérieux, on peut espérer atteindre un tirage de 500 exemplaires. Ce chiffre est en soi particulièrement peu élevé car tout magicien devrait avoir à cœur de posséder dans sa bibliothèque, même au prix de quelques sacrifices, des ouvrages consacrés à un génie comme Robert-Houdin auquel l'art magique et la magie française en particulier est tellement redevable.
   Dans ce cas précis le fait d'être obligé de vendre 2 volumes de grand format de près de 450 pages chacun, rend le pari financier et artistique encore plus hasardeux. Les purs esprits qui s'indignent avec talent sur leur clavier en criant au "scandale" devant mes petits "tirages" qui ne vont pas manquer de les priver, écrivent-ils, d'une lecture dont ils semblent tant "rêver", ne font évidemment pas un geste pour les commander pas plus d'ailleurs qu'ils ne se renseignent sur la possibilité de les acquérir à tempérament.
   D'autres, qui ont quant à eux le mérite d'une indiscutable sincérité, ont fait cette démarche auprès de Georges PROUST qui leur a réservé, je le sais, le plus généreux des accueils.
   Ces internautes se contentent de faire des suggestions volontairement ou involontairement démagogiques et reprochent à l'éditeur de ne pas publier les deux volumes séparément. Or, si cela est possible dans le cas d'un livre d'explications de tours, cela équivaudrait en l'occurrence à publier la vie, l'œuvre et la carrière de Robert-Houdin en feuilleton, comme à la fin du XIXe siècle ! Ces intervenants paraphrasent aussi quelquefois la fable du "Renard et des raisins" : puisque nous ne pourrons pas acquérir ces livres à cause de son prix excessif [sic] et de son trop faible tirage [sic] nous nous rabattrons donc sur les autres sources existantes ! Or quelles sont ces autres sources et à quel prix y a-t-on accès : l'ouvrage de Jean Chavigny, épuisé depuis près de 50 ans, et pour lequel il faut débourser en salle des ventes de 2.000 à 3.000 F., les collections de "l'Illusionniste", de "l'Escamoteur" ou de "Passez-Muscade" pour lesquelles on doit débourser de 8.000 à 15.000 F., si on a le bonheur de les trouver, ou encore "l'Histoire de la prestidigitation" de Max Dif à 3.500 F. et les livres de Robert-Houdin dont les prix s'échelonnent entre 1.500 et 15.000 F. Décidément les raisins sont trop verts !
   Et l'on écrit n'importe quoi, probablement sans en avoir conscience. Ces aimables "conseillers" auraient pu me faire un certain crédit, du moins jusqu'à la parution du livre, et supposer ou laisser supposer que si je me suis attelé pendant 7 ans à cette immense tâche c'est pour offrir aux magiciens des ouvrages dont ils ne trouveront l'équivalent du contenu nulle part ailleurs dans la littérature magique française ou étrangère et dont le coût est inférieur de moitié aux classiques les plus modestes du genre.

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