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Christian FECHNER

Christian FECHNER
en 6 dates
26 Juillet 1944
Naissance.

1977
Début de son amitié avec Georges PROUST.

1979
1er prix en Grandes Illusions et en Invention à la FISM à Bruxelles.

1981
Début de sa collaboration avec Siegfried et Roy et David COPPERFIELD.

1988
Sortie de son premier ouvrage : Soirées Fantastiques.

1995
Découverte des archives inédites et inviolées de ROBERT-HOUDIN.

De l'auteur :

   Chers amis magiciens,

   Les questions qui ont été évoquées au cours du débat engagé sur Virtual Magie à propos de la souscription de mes ouvrages "La Magie de Robert-Houdin - Une vie d'artiste" sont de nature assez différentes. Je répondrai tout d'abord aux plus anciennes, celles qui ont été évoquées au cours du post "Fechner, Robert-Houdin, PROUST, mauvais calcul ?".

   Ces dernières peuvent être classées en trois catégories distinctes :

   1° - S'il semble légitime ou inévitable à la plupart des intervenants de faire de lourds sacrifices financiers pour des leçons, pour des tours, des gimmicks, des cassettes, des livres d'explications de trucs ou de techniques, ces mêmes intervenants supposent, à tort, que la culture magique n'est pas indispensable au working performer et désirent, avec une générosité qui les honore, qu'elle soit accessible à tous et dans tous les cas de figure à des prix très modestes : type livre de poche !

   2° - Certains internautes semblent penser que le prix de ces deux livres - qu'ils n'ont pas encore vus ! - est trop élevé et, bien qu'ignorant tout de leur contenu, déplorent que je n'ai pas fait le choix de les éditer à l'intention du grand public ce qui, toujours d'après eux, aurait permis de faire baisser sensiblement leur prix de vente et largement contribué à la promotion de l'histoire de la magie.

hristian FECHNER   3° - Enfin le ton de la publicité de ces ouvrages a semblé paraître "brutale" ou trop "explicite" à certains car Georges PROUST et moi-même avons commis la faute apparemment impardonnable d'écrire la stricte vérité au lieu de mettre en avant l'étendue de notre travail, de nos efforts constants depuis des années pour que ces livres puissent exister un jour, de notre souci de mettre à la disposition des magiciens des volumes utiles qui fassent honneur à leur bibliothèque et à la littérature magique et les énormes risques financiers qu'il a fallu prendre pour que le contenant soit à la hauteur du contenu.
   De plus le fait d'annoncer que ces ouvrages ont un tirage limité, ce qui est le cas de 95 % des livres magiques qui ne sont jamais réédités, n'a vraiment rien de désobligeant surtout quand on donne aux lecteurs, grâce à une souscription avantageuse, la possibilité de les acquérir dans des conditions très privilégiées. Quand à celui de rappeler les prix atteints en vente publique par mes précédents livres, aujourd'hui épuisés, il n'avait d'autre but que d'éviter les scènes pénibles qui se sont produites à l'Académie de Magie il y a quelques années où, avec beaucoup de mauvaise foi, certains magiciens ont fait de grands reproches à Georges PROUST car il n'avait pas assez "insisté" auprès d'eux, prétendaient-ils, pour qu'ils souscrivent à bon compte à "Soirées fantastiques" !

   Comme rien ce de qui a été écrit dans ce débat ne m'a heurté ni choqué et que j'ai trouvé son contenu intéressant et d'une bonne tenue de but en bout, je souhaite également que la franchise de mes réponses, sans démagogie mais aussi sans complaisance, ne soit pas considérée comme des reproches à l'égard d'aucun des intervenants mais exclusivement pour ce qu'elles sont : l'expression de quelques-unes de mes convictions profondes sur la meilleure façon d'aborder l'étude de l'art magique afin d'en tirer le profit artistique maximum. Convictions auxquelles personne n'est évidemment obligé d'adhérer.

   C'est à la première question que je consacrerai le plus d'espace car elle est à mon sens fondamentale.
   Il m'apparaît surprenant que l'immense majorité des magiciens qui se gargarisent des mots "art magique" n'aient absolument pas conscience du véritable sens qu'ils revêtent ni des devoirs au sens propre comme au sens figuré, qu'ils impliquent.
   S'il est en effet possible de devenir à peu de frais "magicien" et d'arriver à distraire sa famille ou ses collègues de travail cela ne suffit pas à l'évidence pour mériter le nom d'artiste. Pour que le travail, la détermination et les sacrifices de toute nature que réclament l'étude et la pratique de l'art magique deviennent un jour "payants", et que puisse s'épanouir enfin pleinement le talent de chacun, il faut que ces efforts bénéficient du puissant apport des fondations qui soutiennent tous les arts : la culture.
   Qui aurait l'inconscience de prétendre que les magiciens seraient plus créatifs, plus audacieux, ou plus avant-gardistes dans leur domaine, que les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les compositeurs, les chorégraphes, les metteurs en scène, les artistes lyriques, les écrivains, les comédiens ou les cinéastes ? Je ne connais pas pour ma part aucun grand peintre ou sculpteur qui n'ait étudié assidûment les techniques des maîtres du passé, aucun grand musicien ou comédien qui ne connaisse "sur le bout des doigts" ses classiques, pas plus que de grands cinéastes qui ne soient des cinéphiles avertis.

   Il ne suffit pas de s'astreindre exclusivement aux techniques modernes les plus sophistiquées pour devenir un grand magicien ; il faut en parallèle se nourrir de la démarche créative et de l'expérience des maîtres d'hier. Ce n'est qu'en ayant compris et digéré, puis mis en perspective dans le contexte artistique et social de l'époque, les prestiges légendaires de ceux qui ont écrit les pages les plus glorieuses de l'histoire de la magie que l'on peut se forger un arsenal d'armes nouvelles et éprouvées qui, alliées aux techniques d'aujourd'hui, permettent de créer la magie de demain.

   Pourquoi pensez-vous que Robert-Houdin puis Harry Houdini furent tous deux les plus grands collectionneurs d'art magique de leur temps doublés d'historiens particulièrement érudits ? Pourquoi David Copperfield, Ricky Jay, Bill Kalush, John Gaughan ou Jim Steinmayer, pour ne citer que des talents américains, suivent-ils depuis des années cette même voie ?
   Croyez-vous sincèrement que ce qui relie ces deux artistes légendaires de notre histoire, le plus grand illusionniste de notre époque, un maître du close-up, le producteur de David Blaine ou les deux plus fertiles créateurs d'illusions d'aujourd'hui, est une sorte de goût morbide pour le passé, pour les vieux livres, les appareils d'antan, ou les documents poussiéreux ? Tous ces grands artistes qui sont -ou furent - les ténors incontestés de leurs spécialités respectives savent qu'ils peuvent puiser leur inspiration à la source inépuisable des racines de l'art magique. Il appartient à chacun de faire son profit des pépites et des pierres précieuses qu'ont semé ici ou là à notre intention les maîtres du passé.

   C'est cette conviction profonde qui m'a amené à consacrer sept ans à l'élaboration de "La Magie de Robert-Houdin" car je suis intimement persuadé que la découverte du cheminement créatif de ce que j'appelle "la pensée magique de Robert-Houdin" permettra à chaque magicien d'acquérir un savoir supplémentaire et une forme de pensée créatrice qui sera je l'espère aussi enrichissante pour eux qu'elle l'a été pour moi.
Robert-Houdin   On peut évidemment rétorquer que jouer au tennis le week-end n'implique pas que l'on ambitionne de devenir John Mac Enroe et que chaque joueur de foot du dimanche ne prétend pas égaler Zinedine Zidane. Chacun est libre en effet de ne voir la magie que comme une simple distraction qui permet de briller facilement en société. Personne n'a la moindre obligation d'être animé par l'ambition d'aller plus loin dans l'étude et la maîtrise d'un art complexe et fascinant dont la culture est le complément indissociable de son répertoire et de ses techniques. Pour ceux-là l'accès à "la pensée magique de Robert-Houdin" est un niveau initiatique probablement superflu car s'ils découvriront, j'en suis sûr, quantités de faits, de secrets, de conseils pratiques ou d'histoires passionnantes illustrées de superbes documents, ces aimables magiciens dilettantes se contenteront de feuilleter ces ouvrages comme une luxueuse bande dessinée et passeront peut-être, et à mon grand regret, à côté de l'essentiel.

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