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| Une Semaine avec... |
par Mimosa
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C'est la période Obon au Japon. Il y a
des fêtes dans tous les quartiers de Tokyo pendant 3 jours. Des estaminets
colorés illuminent les ruelles, les filles en kimono côtoient celles
en mini-jupe le plus naturellement du monde. Les enfants tentent d'attraper
des poissons rouges avec des kleenex dans l'un des nombreux jeux forains installés
pour l'occasion. Par manque de place, ce sont les cours intérieures des
temples qui accueillent les spectacles et les restaurants en plein air. Un peu
comme si on faisait la fête au Père Lachaise ! Dans le coeur des
japonais, c'est l'équivalent de la place de la Contrescarpe et du café
"Les deux magots" à Paris. Ou plutôt c'était,
car les terrasses des cafés ont envahi les trottoirs et il est
devenu impossible d'y présenter un spectacle de rue.
Quant à la célèbre place de la
Contrescarpe et autres, on n'y dansera plus depuis que le maire de l'arrondissement
a imposé des fontaines partout. C'est criminel et vivement le jour où
on les détruira à la hache pour faire renaître la «place
sous les pavés».
Cette féérie de quartier me rappelle
Taïwan où je tournais début mai. Là-bas, il y a toutes
les semaines le Omarché de minuit' : des milliers de jeux de hasard y
compris pour les enfants, des tables de restaurants improvisés et sans
licence en bordure des routes et à 3 euros le menu, du bruit, des ampoules
en tissus alimentés au pétrole comme sur la place Jamar al fnaa
au Maroc, une hygiène approximative, des scooters pétaradant entre
les allées. Des choses que l'on ne pourra plus jamais voir dans le monde
occidental où tout est interdit. J'espère que le modèle
américain ne viendra pas pourrir trop tôt cette image d'un autre
temps.
Un
japonais maîtrisant le français (il a fait Sciences Po à
Paris) m'a présenté au responsable local, je pouvais faire mon
spectacle mais l'endroit est trop sombre malheureusement. Puis il m'a invité
à boire, on a parlé de mathématiques, de philosophie, etc.
C'est TOKYO l'été.
Jeudi 25 Juillet
Pratique le email quand il vous permet de rester
en contact avec vos agents et amis. France Telecom vous envoie même un
message quand quelqu'un laisse un message sur votre répondeur à
Paris ! Mais ce matin, c'est le directeur du Cirque Baroque avec qui j'avais
organisé la tournée d'une troupe durant la coupe du monde en juin
dernier qui me réclame d'urgence du lui acheter à Tôkyô
une douzaine de Okumo no su' (toiles d'araignées) à destination
de l'Espagne où tourne le cirque. Il s'agit en fait de streamers, popularisés
par la FISM de Lausanne en 1991 et par Jeff Mac BRIDE et qui n'étaient
utilisés alors que dans les spectacles de Kabuki.
Direction donc le magasin de Shibuya "Tokyu Hands", une sorte de BHV
pour le petit matériel avec un étage entier dédié
à la fête. L'année dernière, j'y ai travaillé
comme démonstrateur de matériel de jonglage et de magie une journée
(ne le dites pas à ma mère). J'en profite pour regarder le rayon
magie avec de nombreux tours de Max Maven (qui parle très bien le japonais),
John KENNEDY et même la collection complète des Tarbell
! Un coup d'oeil aux nouveautés : cette fois c'est un bébé
qui dodeline de la tête grâce à l'énergie solaire.
Je le montrerai au CFI en septembre prochain. Je monte aussi au rayon papeterie
qui est une spécialité japonaise pour dévaliser le rayon
des élastiques fort prisés par les magiciens.
Tous les magasins sans exception ont l'air conditionné
mais dehors c'est la fournaise. Heureusement, il y a des distributeurs de canettes
fraîches tous les 20 mètres. L'envers de la médaille : peu
de cafés comme en France. Les touristes étrangers adorent les
zincs de nos bistros et Amélie POULAIN fait des émules. J'espère
qu'on ne verra jamais ces odieuses machines chez nous.
J'ai
un peu de temps alors je file à Akihabara, la Mecque de l'informatique.
Là aussi, il y a un camelot qui vend de
la magie dans la rue : vidéos sur le FP, fil invisible, etc. En France,
ce serait le tollé. Plus loin dans la rue, on me tape à l'épaule
: c'est Damien, ancien élève de l'Ecole Centrale rencontré
alors que je donnais des cours au club de magie de l'école il y a quelques
années. Le monde est vraiment petit. Il a fait sa dernière année
à l'université Todai de Tokyo (qui possède également
un club de magie) puis est resté travailler sur place, amoureux comme
moi de ce pays. Comme tant d'autres, il a un peu abandonné la pratique
au début de sa carrière professionnelle mais espère avoir
plus de temps pour s'y remettre. On parle de magie une demi-heure en promettant
de se rappeler.
Le soir, je passe au restaurant français
«Le clos Montmartre» tenu par Yannick, un français
que l'on m'a présenté le mois dernier. Yannick a toujours bourlingué
sur toutes les mers du globe dont dix ans sur le paquebot France avant de poser
ses valises à Tokyo pour y ouvrir un restaurant il y a quelques années.
Je fais quelques tours au personnel et on prévoit d'organiser un dîner-spectacle
lors de mon prochain séjour.
Ce soir, je jette un oeil sur le site virtualmagie. Pratique pour les dernières nouvelles du pays. Tiens un français parle (en mal) d'un magasin de Magie à Nagoya. Je ne le connais pas mais je vois que c'est le magasin dont m'a parlé (en bien) MagicDream. En fait, le premier parle (en mal) du matériel et le second du propriétaire (en bien). Je pense que ce jeune est passé à côté du principal : faire connaissance du tenancier et oublier le matériel car "Il n'est de richesses que d'hommes".
Vendredi 26 Juillet
Le
vendredi soir est le jour de sortie des salarymen, les cols blancs japonais.
Le lendemain, ils prendront le train pour rejoindre leur famille souvent éloignée
en province. C’est le soir idéal pour travailler à Yokohama,
au San Mon Opéra (l’opéra de 4 sous), un bar où un
insipide whisky à l’eau est facturé 90 euros ! Il y a trois
chanteuses des Philippines, un pianiste, un cuisinier et un serveur plus le
patron. Tout ce personnel pour une poignée de clients, souvent aucun.
Ce sont surtout des patrons d’entreprise, dans la soixantaine, accompagnés
d’une ou deux ‘Escort girls’ qui viennent en seconde partie
de soirée investir cet endroit feutré. Ils ont déjà
un coup dans le nez. Sur demande, je m’installe à leur table. Le
client m’offre une boisson (à 90 euros), c’est la commission
de l’établissement. Les conditions de travail ne sont pas idéales,
mais le sont-elles jamais ? Lumière fortement tamisée, clients
fatigués et imbibés d’alcool, musique d’ambiance très
forte. Je privilégie les tours rapides et avec contact : carte à
la demande, les cendres dans la main, bague et anneau où en final la
bague se retrouve sur un doigt coupé présenté dans un coffret
(au Japon, c’est un symbole très fort des yakusa et l’effet
est dévastateur).
En fin de programme, un ou deux tours de billet pour introduire la notion de l’argent et obtenir un pourboire entre 20 et 90 euros. Le stylo à travers le billet de Cornélius par exemple. Mais il n’y a pas que la magie. Pouvoir discuter avec le client (en japonais car l’anglais est peu parlé au Japon) sur tous les sujets en essayant d’être drôle est plus important que d’être un brillant manipulateur. Je pense même que le véritable talent consiste à ne pas avoir besoin de faire des tours de magie pour divertir une table.
Mais ce soir comme trop souvent cette année, le client est rare et sans le sou. Alors j’en profite pour répéter dans mon coin, amuser les chanteuses et parler avec le patron de la crise au Japon, dont l’économie s’enfonce peu à peu et dont personne ne voit la sortie du tunnel.
Je
sors à 2 heures du matin, bredouille. Impossible de rentrer à
Tokyo alors je vais dormir dans un «capsule hôtel», les fameux
tubes où l’on s’allonge pour la nuit. Cela coûte seulement
22 euros alors que le week-end on ne trouve aucune chambre d’hôtel
à moins de 120 euros. En fait les émissions de télé
en France ont toujours exagéré le phénomène. Ce
sont des boîtes assez spacieuses mais la plupart des japonais n’y
ont jamais été. Réservées aux hommes, on y rencontre
surtout des ouvriers qui se lèvent à 5 heures pour prendre le
premier train et embaucher avant que le soleil ne tape. Le seul inconvénient
est de ne pouvoir y apporter ses bagages. Chaque étage constitue un dortoir
comprenant une centaine de containers répartis sur deux niveaux. Il y
a des va et vient incessant dans la nuit, des cliquetis de clés dans
les penderies et surtout un niveau de ronflement tel qu’on se croirait
dans un bombardier. Deux boutons seulement dans la cabine : l’un pour
la lampe, l’autre pour... le film de cul.
Le matin, les lève-tard se retrouvent dans l’immense
salle de bains collective. Quelques uns sont tatoués sur tout le corps,
c’est le signe de leur appartenance à la mafia japonaise, les Yakusas.
Il faut comprendre que nous sommes dans le quartier des plaisirs de Yokohama
qui recense un nombre incroyable de peep-show et de putes de toutes nationalités
: taïwanaise, colombiennes, russes, mongols. Spectacles ou plaisirs, notre
territoire de chasse est le même.
Samedi 27 Juillet
Je
passe une bonne partie de la journée chez EZ-Comsite, toujours dans ce
quartier Pigalle de Yokohama. Vous n’allez pas me croire, mais un ami
programmeur que je connaissais depuis des années, en fait le gourou mondial
de l’atelier de génie logiciel sur lequel je développe mes
programmes informatiques, a créé une start-up il y a 2 ans en
France et au Japon et sa filiale est justement implantée dans ce quartier
! C’est fort pratique pour y entreposer à demeure mon matériel
de spectacle et venir le récupérer quand je veux car ces gens
travaillent 7 jours sur 7 de 8 heures le matin à 22 heures le soir. Jean-Pierre,
le patron, était venu en avril dernier pour un mois, mais avec l’éclatement
de la bulle internet et des actionnaires qui se défaussent les uns après
les autres, il est coincé dans ce pays par de multiples rendez-vous depuis
5 mois ! Quand j¹ai le temps, je viens ici surfer sur Internet et développer
mes logiciels car il y règne un silence religieux. Aujourd’hui,
j’achève un article sur l’avion à bulles pour notre
revue « L’illusionniste ».
L’après-midi, visite de courtoisie à l’Institut franco-japonais de Yokahama. Il est toujours bon de montrer que l’on est dans le coin. L’année dernière, le directeur m’avait enfin fait travailler pour la première fois après 10 ans de lobbying acharné. Le pauvre, il s’est fait taper sur les doigts par son supérieur à Tokyo sous le prétexte que la magie n’est pas un spectacle culturel ! Je revenais pourtant à dix fois moins cher sans frais d’avion, ni d’hôtel et sans accompagnatrice ou traductrice. Ah que je les hais ces expatriés arrivant ici en pays conquis sans parler un traître mot de la langue des «indigènes», pensant que la culture française est évidemment bien supérieure à toutes les autres.
Le soir, retour à Tokyo. La fête du quartier bat son plein ce week-end. Défilés de danse aux rythmes des tambours toute la soirée. J’achète un éventail transparent qui possède un D-light à sa base. La lumière rouge irradie toute la surface via des nervures courant le long de la feuille plastifiée. Superbe ! Si j’étais marchand de trucs, j’en commanderais bien tout un lot pour ramener à Paris.
Dimanche 28 Juilllet
Aucune
visite aujourd'hui, je peux profiter du studio que je loue au centre de Tokyo
à Iidabashi, dans la petite France où l'on trouve en vrac l'institut
Franco-japonais, le lycée français, le siège de Michelin,
etc. Un étranger sur deux dans la rue est un français car nombreux
sont ceux qui habitent ici. C'est un quartier chic et cher. Le matin, je vais
déjeuner au Canal Café, un endroit superbe (cf photos) : imaginez
un canal calme sans péniche où l'on peut se promener en barque
en famille, prendre un café sur le ponton, regarder les trains passer...
et tout cela en plein Tokyo ! Je me plonge dans la revue Management de mai dernier
que je n'avais pas eu le temps de lire. On y retrouve périodiquement
les mêmes sujets. Ainsi tous ces cadres qui traversent la crise de la
quarantaine et aimeraient faire enfin ce qu'ils aiment. J'ai résolu ce
problème à 29 ans sans un regret : clown et magie pour vivre et
l'informatique comme hobby.
Je
ne possède aucune autorité naturelle mais comme je dirige un club
de magie, j'y trouve des idées intéressantes. Un exposé
de Tim SANDERS, dirigeant de Yahoo, attire mon attention : aimer pour
diriger en se basant sur le savoir, les réseaux et la sympathie. Tim
SANDERS ne garde aucun secret, il livre tout aux autres pour les aider sans
attendre de retour et met ses relations à disposition. Voilà qui
me conforte dans ma vision d'un club de magie : on se montre plein de tours,
on assiste aux fêtes des autres clubs (le Camp de Poitiers, le congrès
de l'AFAP, etc.). J'ai donné mes meilleurs tours sur Internet et dans
l'Illusionniste sans regret alors que la mode est au retour du secret. Malheureusement,
je me rends compte qu'il s'agit parfois d'un alibi pour imposer la loi du silence
concernant des activités moins louables.
L'après midi est consacrée à l'écriture de logiciels. Je suis malade si je passe une semaine sans écrire du code. Il s'agit d'un article pour «planète 4D», revue spécialisée sur cette base de données. Je suis aussi connu dans ce milieu que chez les magiciens, moins doué mais plus besogneux. Aujourd'hui, c'est la réalisation d'un module générique de structure virtuelle en client / serveur. Ce soir, poursuis la lecture de Magicoulisse. Tiens page 140, cela ne s'invente pas je lis "vouloir garder ses secrets, c'est tuer la magie". LAURINI dirige l'un des clubs de magie les plus dynamiques de France à Poitiers.
Lundi 29 Juillet
Pas de magie. Sur ma lancée, je continue à programmer toute la journée.
Modifier un logiciel de milliers de lignes est périlleux, quand on modifie quelque chose à un endroit il faut penser à faire une modification ailleurs. Une journée de pause et on oublie beaucoup de choses. En fin d'après midi, une pause pour acheter enfin un appareil photo numérique. Au Japon, aucun risque de se faire arnaquer : le vendeur me prévient que le manuel est en japonais. Il m'offre en prime une carte mémoire à 50 euros alors que je n'avais pas remarqué la promotion. On comprendra pourquoi en France je pique des colères noires quand je vois comment on arnaque les touristes japonais. Notre pays a beaucoup à apprendre.
Mardi 30 Juillet
Comme chaque matin, j'étudie le japonais
en prenant mon café au coin de la rue. Pour les agents je suis considéré
comme un «artiste local» alors que j'habite en France. Les artistes
américains qui vivent ici à longueur d'année maîtrisent
parfaitement le japonais alors je compense par l'étude.
C'est un investissement que je n'ai jamais eu à regretter.
L'après-midi,
je vais voir les examens d'autorisation pour faire de la rue à Tokyo.
C'est une grande première : la Mairie de Tokyo a décidé
d'auditionner pas moins de 150 numéros visuels et 100 orchestres durant
5 jours afin d'obtenir un permis de travailler à la manche dans la ville
! Il y avait 500 demandes, seule une trentaine obtiendra le fameux césame.
Cela se passe à Shinjuku sur une place publique. Peu de spectateurs hormis
la presse, les amis et les artistes. Public étrange. Les chaises des
juges resteront vides, la plupart sont des agents et connaissent déjà
tout le monde, ils se contentent de parader devant les caméras de télé
omniprésentes. Pour moi, c'est surtout l'occasion de revoir une foule
d'artistes de rue que je croise dans les festivals. Je connais environ un tiers
des gens présents.
Merci à Bruno SANVOISIN pour la relecture.
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