Comptes-Rendus

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Une Semaine avec...

par Paul MAZ

50 ans , mazicien
Commence sa carrière artistique à 16 ans comme guitariste dans le «Night Spiders Group». Alors que le pavé de Paris s’enflamme en ce mois de mai 1968, avec 6 complices il anime les boums du samedi soir de la maison des jeunes de Fontainebleau en plagiant Otis Redding, et James Brown.
Rentre en informatique en 1972. Pendant 10 années sa vie sera peuplée de bits. Il ne s’exprime plus qu’en hexadécimal, assembleur et LTR.
En 1982, il retrouve ses lettres. Ce qui lui permet de s’engager dans une longue carrière de journaliste pour la presse informatique et économique.
Un jour comme les autres (mais peut-être pas) la magie le prend par surprise. Alors qu’il veut initier son jeune fils à la prestidigitation pour son anniversaire, il en arrive après avoir mené son enquête à la conclusion, présomptueuse, qu’aucune boite de magie du commerce ne pourra satisfaire son projet.
Il apprend donc, consciencieusement, un tour de magie pour le transmettre à son fils. Le malheureux venait d’attraper le virus. Ca dure depuis 6 ans… quant à son fils Clément, il se fiche de la magie comme de sa première tétine.
Il y a 4 ans, il réalise que ses émotions « magiques » ne sont pas toujours le fait de magiciens, …mais qu’il les doit souvent à des comédiens capables de faire tomber les murs d’une salle de spectacle. Il décide donc d’intégrer une école de Théâtre.
Il y a 2 ans, étape décisive : il décide de faire de sa passion un métier à part entière. Sa carte de visite déjà chargée par ses activités de journaliste, animateur, formateur devra désormais faire une place à la magie.
Depuis, la magie est pour lui une écriture, dans les séminaires où il intervient, dans les formations qu’il dispense. Il anime les stands des entreprises sur les salons professionnels (Interop, Elec, bProgiforum, ERP, bMobile Office, Proseg…).
Parallèlement, il peaufine un spectacle pour enfants «Le Souffle Magique».

Lundi 16 septembre 2002

     J’ai l’œil. Dans la longue liste des emails qui s’affichent «en gras» à l’écran en cette fin de journée, je repère immédiatement celui dont le sujet est « Re : Paul MAZ, un souffle magique sur votre stand ». Super. Ma campagne de prospection a produit le petit % de rendement (généralement 1 à 2) attendu.
     Ce n’est qu'un début, mais c’est beaucoup, car mon offre était précise vis à vis du salon professionnel concerné, de mes prestations de magicien, de mon approche…
     Bref, à l’autre bout je tiens un prospect un vrai, qui n’est pas là par hasard.
     Remarquez, pour être franc, une fois j’ai reçu en retour à mon invite un tonitruant : «VEUILLEZ ME FAIRE DISPARAITRE DE VOTRE BASE DE DONNEES». Bon, à part le fait que je n’avais pas de base de données, je me suis mis au diapason et j’ai répondu illico : « Abracadabra ! C’est fait ! C’est magique non ? »… Ce fut mon seul échange commercial avec ce grand acteur de la téléphonie.
     Pour revenir à mon futur client, bien sûr j’entre immédiatement en contact avec lui et nous convenons d’un rendez vous dans ses locaux.
     J’avoue que je trouve cette phase de prospection/négociation plutôt excitante. Je trouve même ça assez magique d’intéresser à distance quelqu’un qui est au boulot en train de remplir des rapports commerciaux ou de préparer un budget et qui implicitement se dit prêt à parler de magie… et même à payer pour en mettre une pincée dans son activité professionnelle.

 

Mardi 17 septembre

     Il suffit parfois du regard d’un seul spectateur pour qu’un artiste se sente comblé et que cet instant suffise à illuminer sa journée. Ce regard aujourd’hui c’est pour moi celui de cette jeune femme asiatique qui manifeste son étonnement par des petits sautillements et de véritables explosions de rire à chaque effet (il y en a 8) de ma routine de corde.
     Nous, sommes dans l’immense hall 6 du Parc des expositions de Villepinte et le public qui forme un cercle serré dans l’allée autour de mon guéridon se régale plus de son émerveillement communicatif que de mes manipulations. Tout le monde rit de bon cœur. J’ai du mal à garder mon sérieux et à poursuivre mon bon boniment. Elle fait un tabac. C’est sur le stand de mon client… Génial !

 

Mercredi 18 septembre

     Comme cela se produit à chaque fois qu’un (futur) client me contacte pour animer son stand sur un salon professionnel nous nous rencontrons dans ses locaux. A l’ordre du jour il y a bien sûr l’indispensable «briefing» qui m’aidera à adapter ma prestation à ses messages et à ses produits et évidemment une petite demo «pour qu’on puisse se rendre compte». C’est un moment crucial d’autant plus c’est la première fois que nous nous rencontrons de visu.
     En général je suis attendu avec curiosité. Cette fois-ci aussi, mais c’est un peu particulier car je dois rencontrer l’ensemble des membres de la direction à l’issue de leur réunion en salle du conseil. C’est à dire qu’en plus du directeur commercial et d’un représentant de la Direction de la communication comme c’est habituellement le cas, je me retrouve face à une dizaine de managers cravattés PDG, DAF, directeur des ventes, directeur technique et consorts. La longue table en acajou massif avec les sous-main en cuir, les courbes d’objectif affichées sur le tableau blanc contribuent à me donner cette impression (souvent éprouvée quand je viens à la rencontre du quotidien dans les entreprises) de nager en plein surréalisme.
     Je me sens martien, et contrairement à ce que l’on pourrait penser cela ne me déstabilise pas. Je suis tellement «à côté» de ce qui se passe ici que ma prestation ne peut être que surprise pour ce public de «happy few». L’apparition d’une pièce de monnaie, puis d’une autre etc… et sa transformation en pièce géante donne le ton. Avec un boniment adapté à la situation (objectifs de croissance, retour sur investissement…) ça parle à tout le monde avant de présenter quelque chose de plus personnalisé… à partir des infos glanées sur le site Web de l’entreprise.

 

Jeudi 19 septembre

     Aujourd’hui. C ‘est pas magie. C’est animation de séminaire (présentation des intervenants, conduite de débats…). C’est un autre versant de mon activité. Je travaille cette fois pour une grosse entreprise informatique américaine sur une thématique très pointue. Depuis une douzaine d’années que je fais ces présentations face au public, j’ai au fil du temps pris conscience du dénominateur commun qu’il pouvait y avoir avec la scène/spectacle. Je m’efforce donc de profiter de ces prestations pour les vivre «doublement».
     Cette fois-ci, au Musée des Arts Forains (l’endroit est idéal avec décoration vénitienne, scène etc…) je dois, outre mon rôle d’animateur de la journée (en fait 2 demi journées identiques avec les mêmes intervenants), intégrer 2 tours de magie au cours des présentations. Les routines choisies sont basées sur des effets classiques (PF feu, transformation en billets de papiers, blendo…) renforcés par des textes appropriés au contexte. Les entreprises sont de plus en plus réceptives à ce type d’animation «mixte».

 

Vendredi 20 septembre

     Je passe la matinée avec mon associé dans mes activités de  «média training» (formation des managers amenés à parler à la presse) chez un client. Là aussi, entre les mises sur le grill, les simulations de passage à la radio, les techniques de la scène sont mises à profit. Nous prenons un réel plaisir à jouer… et à faire jouer nos stagiaires à partir d’exercices de théâtre. Et il arrive assez fréquemment qu’un tour de magie (toujours en rapport avec le message ou l’activité de l’entreprise) vienne ponctuer une pause ou un moment particulièrement opportun pour détendre l’atmosphère.
     Pris par la mise au point d’un accessoire pour mon spectacle pour enfants, je suis dans mon sous-sol totalement hors du temps… je réalise qu’il est plus de 3 heures du matin !

 

Samedi 21 Septembre

     Mercredi, je donne mon spectacle pour enfants au théâtre de l’Ogresse. Un de ces petits lieux parisiens à la fois café, théâtre de marionnettes, restaurant où l’on accueille des musiciens, des slameurs, des conteurs et qui malgré une activité débordante ont un mal fou à joindre les deux bouts. Comme souvent quelques jours avant la représentation je vais «tracter» dans des lieux où je pourrai recruter mon futur public. Aujourd’hui, c’est la sortie du Jardin d’acclimatation à l’Orée du bois de Boulogne. C’est impeccable les enfants qui ressortent en tenant la main de leurs parents sont pour la plupart dans la tranche d’âge idéale pour mon spectacle. Il me faut peu de temps pour refiler 150 tracts (toujours aux parents, jamais aux enfants !)… Du coup je file au Luxembourg… même mission.
     Je trouve cette tâche terriblement solitaire, mais très riche d’enseignement quand à l’approche des gens. Aujourd’hui, des parents qui surveillent leurs enfants en train de s’éclater sur un toboggan me questionnent sur le spectacle et me demandent de leur faire un tour là… comme ça. Je suis un peu pris au dépourvu, mais finalement je leur demande de déchirer en deux le tract que je viens de leur donner et de m’en confier une partie. Transformation en billet de 20 euros, applaudissements, et je leur refile un autre tract (pour qu’il puisse quand même venir me voir). Je me dis qu’heureusement que les enfants étaient éloignés lors de ce tour car le thème de l’argent n’a rien de ludique pour eux. Mais j’ai décidé qu’à l’avenir je distribuerai toujours mes tracts avec en poche deux balles mousse et un fermoir de porte-monnaie.

    Merci à Bruno SANVOISIN pour la relecture et Olivier Louche pour les photos.

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