| Comptes-Rendus |
Retour à la page COMPTES-RENDUS
| Une Semaine avec... |
par Paul MAZ
|
J’ai l’œil. Dans la longue liste
des emails qui s’affichent «en gras» à l’écran
en cette fin de journée, je repère immédiatement celui
dont le sujet est « Re : Paul MAZ, un souffle magique sur votre
stand ». Super. Ma campagne de prospection a produit le petit % de
rendement (généralement 1 à 2) attendu.
Ce n’est qu'un début, mais c’est
beaucoup, car mon offre était précise vis à vis du salon
professionnel concerné, de mes prestations de magicien, de mon approche…
Bref, à l’autre bout je tiens un
prospect un vrai, qui n’est pas là par hasard.
Remarquez, pour être franc, une fois j’ai
reçu en retour à mon invite un tonitruant : «VEUILLEZ
ME FAIRE DISPARAITRE DE VOTRE BASE DE DONNEES». Bon, à part le
fait que je n’avais pas de base de données, je me suis mis au diapason
et j’ai répondu illico : « Abracadabra ! C’est
fait ! C’est magique non ? »… Ce fut mon seul
échange commercial avec ce grand acteur de la téléphonie.
Pour revenir à mon futur client, bien sûr
j’entre immédiatement en contact avec lui et nous convenons d’un
rendez vous dans ses locaux.
J’avoue que je trouve cette phase de prospection/négociation
plutôt excitante. Je trouve même ça assez magique d’intéresser
à distance quelqu’un qui est au boulot en train de remplir des
rapports commerciaux ou de préparer un budget et qui implicitement se
dit prêt à parler de magie… et même à payer
pour en mettre une pincée dans son activité professionnelle.
Mardi 17 septembre
Il suffit parfois du regard d’un seul spectateur
pour qu’un artiste se sente comblé et que cet instant suffise à
illuminer sa journée. Ce regard aujourd’hui c’est pour moi
celui de cette jeune femme asiatique qui manifeste son étonnement par
des petits sautillements et de véritables explosions de rire à
chaque effet (il y en a 8) de ma routine de corde.
Nous,
sommes dans l’immense hall 6 du Parc des expositions de Villepinte et
le public qui forme un cercle serré dans l’allée autour
de mon guéridon se régale plus de son émerveillement communicatif
que de mes manipulations. Tout le monde rit de bon cœur. J’ai du
mal à garder mon sérieux et à poursuivre mon bon boniment.
Elle fait un tabac. C’est sur le stand de mon client… Génial !
Mercredi 18 septembre
Comme cela se produit à chaque fois qu’un
(futur) client me contacte pour animer son stand sur un salon professionnel
nous nous rencontrons dans ses locaux. A l’ordre du jour il y a bien sûr
l’indispensable «briefing» qui m’aidera à adapter
ma prestation à ses messages et à ses produits et évidemment
une petite demo «pour qu’on puisse se rendre compte». C’est
un moment crucial d’autant plus c’est la première fois que
nous nous rencontrons de visu.
En général je suis attendu avec
curiosité. Cette fois-ci aussi, mais c’est un peu particulier car
je dois rencontrer l’ensemble des membres de la direction à l’issue
de leur réunion en salle du conseil. C’est à dire qu’en
plus du directeur commercial et d’un représentant de la Direction
de la communication comme c’est habituellement le cas, je me retrouve
face à une dizaine de managers cravattés PDG, DAF, directeur des
ventes, directeur technique et consorts. La longue table en acajou massif avec
les sous-main en cuir, les courbes d’objectif affichées sur le
tableau blanc contribuent à me donner cette impression (souvent éprouvée
quand je viens à la rencontre du quotidien dans les entreprises) de nager
en plein surréalisme.
Je me sens martien, et contrairement à ce que
l’on pourrait penser cela ne me déstabilise pas. Je suis tellement
«à côté» de ce qui se passe ici que ma prestation
ne peut être que surprise pour ce public de «happy few». L’apparition
d’une pièce de monnaie, puis d’une autre etc… et sa
transformation en pièce géante donne le ton. Avec un boniment
adapté à la situation (objectifs de croissance, retour sur investissement…)
ça parle à tout le monde avant de présenter quelque chose
de plus personnalisé… à partir des infos glanées
sur le site Web de l’entreprise.
Aujourd’hui.
C ‘est pas magie. C’est animation de séminaire (présentation
des intervenants, conduite de débats…). C’est un autre versant
de mon activité. Je travaille cette fois pour une grosse entreprise informatique
américaine sur une thématique très pointue. Depuis une
douzaine d’années que je fais ces présentations face au
public, j’ai au fil du temps pris conscience du dénominateur commun
qu’il pouvait y avoir avec la scène/spectacle. Je m’efforce
donc de profiter de ces prestations pour les vivre «doublement».
Cette fois-ci, au Musée des Arts Forains
(l’endroit est idéal avec décoration vénitienne,
scène etc…) je dois, outre mon rôle d’animateur de
la journée (en fait 2 demi journées identiques avec les mêmes
intervenants), intégrer 2 tours de magie au cours des présentations.
Les routines choisies sont basées sur des effets classiques (PF feu,
transformation en billets de papiers, blendo…) renforcés par des
textes appropriés au contexte. Les entreprises sont de plus en plus réceptives
à ce type d’animation «mixte».
Je
passe la matinée avec mon associé dans mes activités de
«média training» (formation des managers amenés à
parler à la presse) chez un client. Là aussi, entre les mises
sur le grill, les simulations de passage à la radio, les techniques de
la scène sont mises à profit. Nous prenons un réel plaisir
à jouer… et à faire jouer nos stagiaires à partir
d’exercices de théâtre. Et il arrive assez fréquemment
qu’un tour de magie (toujours en rapport avec le message ou l’activité
de l’entreprise) vienne ponctuer une pause ou un moment particulièrement
opportun pour détendre l’atmosphère.
Pris par la mise au point d’un accessoire
pour mon spectacle pour enfants, je suis dans mon sous-sol totalement hors du
temps… je réalise qu’il est plus de 3 heures du matin !
Mercredi,
je donne mon spectacle pour enfants au théâtre de l’Ogresse.
Un de ces petits lieux parisiens à la fois café, théâtre
de marionnettes, restaurant où l’on accueille des musiciens, des
slameurs, des conteurs et qui malgré une activité débordante
ont un mal fou à joindre les deux bouts. Comme souvent quelques jours
avant la représentation je vais «tracter» dans des lieux
où je pourrai recruter mon futur public. Aujourd’hui, c’est
la sortie du Jardin d’acclimatation à l’Orée du bois
de Boulogne. C’est impeccable les enfants qui ressortent en tenant la
main de leurs parents sont pour la plupart dans la tranche d’âge
idéale pour mon spectacle. Il me faut peu de temps pour refiler 150 tracts
(toujours aux parents, jamais aux enfants !)… Du coup je file au
Luxembourg… même mission.
Je
trouve cette tâche terriblement solitaire, mais très riche d’enseignement
quand à l’approche des gens. Aujourd’hui, des parents qui
surveillent leurs enfants en train de s’éclater sur un toboggan
me questionnent sur le spectacle et me demandent de leur faire un tour là…
comme ça. Je suis un peu pris au dépourvu, mais finalement je
leur demande de déchirer en deux le tract que je viens de leur donner
et de m’en confier une partie. Transformation en billet de 20 euros, applaudissements,
et je leur refile un autre tract (pour qu’il puisse quand même venir
me voir). Je me dis qu’heureusement que les enfants étaient éloignés
lors de ce tour car le thème de l’argent n’a rien de ludique
pour eux. Mais j’ai décidé qu’à l’avenir
je distribuerai toujours mes tracts avec en poche deux balles mousse et un fermoir
de porte-monnaie.
Merci à Bruno SANVOISIN pour la relecture et Olivier Louche pour les photos.
Retour à la page COMPTES-RENDUS