37ème Congrès AFAP

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Les Concours

par Mimosa

   L'AFAP fêtait ses 100 ans tandis que je fêtais mes 20 ans de congrès. Ce congrès du centenaire était placé sous le signe de la réconciliation. A ce propos, il faut remercier l'organisation d'un geste passé sous silence. Lors de la précédente édition d'Aix les Bains en 1996, tous les lauréats d'un premier prix furent invités au congrès suivant. Tous sauf un, Iscaris de la Cafetière, personnage haut en couleurs, dont le malheur fut de s'être distingué dans une catégorie maudite : la magie de rue. Après des protestations vaines des années durant, le mal est aujourd'hui réparé et Iscaris était invité avec son partenaire. Le problème ne se posera pas cette année aux organisateurs en l'absence de premier prix…

   Cette année le niveau des concours fut loin d'égaler celui de Nancy l'année passée. Pourtant le plein était fait : pas moins de 24 candidats en magie de scène et 6 en close-up. A l'époque, on nous avait martelé que la sélection préalable sur vidéo des candidats était la cause première de la qualité des concours. J'étais bien isolé en maintenant que la proximité de la FISM, la vulgarisation de la magie en France et un ordre de passage idéal en étaient les raisons. Aujourd'hui, j'irai beaucoup plus loin : la sélection sur vidéo est la cause première du silence glacial du public à l'égard des candidats durant ces trois jours. Une ambiance d'enterrement pour une fête du centenaire. Comment le public peut-il se mettre soudain à applaudir un bon numéro quand il a eu les mains ankylosées trois jours durant ?
   En effet, le charme des congrès a toujours été les fous rires provoqués par des candidats complètement à côté de la plaque. Des derniers championnats du monde d'athlétisme, tout le monde gardera en mémoire cette Afghane trottiner en pantalon 40 mètres derrière les vedettes. Ici, il n'y avait AUCUN mauvais numéro. On n'a assisté à AUCUN délit de lèse-majesté, AUCUN imprévu qui aurait pu détendre l'atmosphère dans la salle. Nous avons goûté un concours pasteurisé, expurgé de toutes ces bactéries qui font ressortir le goût des bonnes choses. Messieurs les organisateurs, ne cachez plus l'idiot du village, lui aussi a droit de cité.

   Le présentateur du concours, Jean GARANCE, a assuré à lui tout seul la démonstration des marchands de trucs, animation également tombée dans les oubliettes, en nous gratifiant entre chaque numéro d'un effet vendu sur son stand. Attention toutefois à ne pas oublier le principal : le nom du candidat, sa provenance et surtout sa catégorie car il y eut trop d'erreurs et d'omissions qui auraient été regrettables et dommageables pour les candidats sans le secours de la page des concours dans le programme. Cette liste des candidats, dans leur ordre de passage, nous a souvent sauvé la vie. Il manquait juste les pseudonymes choisis. Un détail toutefois, on indiquait la ville du candidat mais pas le nom de son amicale.
   Lors des concours je me suis rendu compte que pour la première fois, nombreux étaient les 'candidats libres', non rattachés à une amicale. C'est une évolution notable qui montre selon moi que l'accès désormais facile à l'art magique via les DVD et internet, dispense de s'inscrire dans une amicale de province pour accéder au savoir. Mais seule l'AFAP est capable de fédérer toute la communauté magique dans ce rassemblement annuel qu'il faut absolument soutenir.

   Il n'y eut point d'effet à la mode cette année (comme les changements de costumes l'année dernière). Par contre les numéros sont désormais (ou enfin) mis en scène, relèguant définitivement les accumulations d'effets sans raison dans l'histoire de la magie du XX ème siècle.

   Je ne décrirai pas les candidats dans l'ordre mais par thème. Commençons donc par la catégorie reine, la manipulation qui fut la plus relevée avec 2 prix pour 3 candidats. Laurent BERETTA et d'autres ont montré la voie.

LA MANIPULATION

Mikael SZANYIEL   Mikael SZANYIEL de Boulogne n'a pas obtenu de prix mais il en méritait pourtant un par l¹originalité Il a été desservi par des erreurs imputables à la technique car sa bande son comportait de longs silences. Le personnage est celui d'un moine quémandant l'aumône et trouvant une carte dans sa sébile, devenant prétexte à des manipulations. L'association d'un air d'opéra (en l'occurrence Figaro) et des manipulations de cartes est un mariage plus que réussi qui est la force première du numéro. Le final où deux fontaines de cartes jaillissent de ses mains écartées en dévoilant une tenue de superman est impressionnant.

   Il obtient une place dans les " tremplins magiques " pour progresser.

 

Denis BARTHEL   > TROISIÈME PRIX : Denis BARTHEL

   TROISIÈME PRIX : Denis BARTHEL

(Critique supprimée à la demande du candidat)

 

   > SECOND PRIX : Laurent SEMONT " LORENZO SEMONI "

   Au contraire, lui a amplement mérité son prix. Pour moi, ce fut la révélation du congrès. Un potentiel énorme qui devrait faire parler de lui dans un proche avenir. Lui aussi a travaillé dans l'obscurité. Je suggère aux prochains organisateurs de placer des jumelles infra-rouges de l'armée dans la malette du congressiste. Il nous offrit des manipulations de cartes endiablées avec moult effets annexes. Impossible de noter tous les effets sur mon papier sans manquer de nombreuses fioritures au milieu d'un déluge de confettis. La trame de ce florilège de manipulations est l'apparition récurrente d'éventails de cartes uniformément colorées (blanches, bleues, vertes, rouges) auxquels font écho les changements de couleurs instantanés de la cravate et de la pochette de l'artiste. Gros succès auprès du public pour ce numéro auquel il n'aurait pas été injuste d'octroyer le premier prix.
   Lors de la cérémonie de clôture, on a appris que Laurent avait été formé par Jean-Pierre CRISPON et l'environnement du Double-Fond. Je lui souhaite désormais de ne pas rester trop longtemps satellisé et d'atteindre la vitesse de libération pour prendre son envol vers les étoiles…

LA MAGIE GÉNÉRALE

   Elle a récompensé deux candidats sur les 8 postulants.

 

David ORTA   > TROISIÈME PRIX : David ORTA de Limoges

   Lui aussi a évolué dans le noir. Il a aussi étrenné comme d'autres cet affreux micro-casque. Je ne comprends pas que les numéros visuels soient dénaturés par cette horrible prothèse vulgarisée par les baratineurs de la télévision. David présente une longue routine de cordes tout en déclamant un texte poétique qui à l'ordinaire endort tout le monde. Il réalise quelque chose d'extrêmement difficile : montrer une technique parfaite tout en parlant de manière brillante et naturelle. Le texte est appris par cœur mais cela ne filtre jamais. C'est sa grande force. En final, deux papiers crépons noir et blanc fusionnent en un cœur rouge qui se brise en mille flocons de neige japonaise récoltant un tonnerre d'applaudissement d'un public conquis.

 

Alice   > SECOND PRIX : " ALICE " de Dijon

   Ce n'est pas une inconnue. Lauréate du prix Diavol l'année dernière, c'est une habituée des stages du CIPI qui montre que le travail finit par payer. C'est aussi l'un des rares numéros convenablement éclairé. Le décor est sobre et se révèle progressivement, avec seulement du noir et du blanc, qui mettront en valeur les apparitions de fleurs de couleurs durant le numéro. Les candidats qui disparaissent derrière un fatras de matériel trahissant plus une vocation de brocanteur que de magicien devraient s'en inspirer. Simple mais diablement efficace apparition d'Alice dans une robe blanche immaculée.
   A ce sujet, vous devriez lire l'interview de Salvano parue dans le dernier numéro d'Imagik sorti lors de ce congrès qui explique l'avantage d'un costume blanc pour la mise en valeur des effets magiques. Trop de candidats adoptent le noir. Par ailleurs, pour ceux qui trouvent mes critiques acides, je peux vous dire que celles de Salvano sont autrement plus cruelles, même envers des candidats primés à la FISM. Lui a la légitimité de son talent, moi de ne plus craindre de déplaire. Le numéro d'Alice est poétique, rythmé par une voix off : apparition de bagues aux doigts, chapeau 'zombie' devant et derrière un voile transparent, plume écrivant seule, livre en feu d'où sortira une colombe, pétales et fleurs jaillissant de ses mains. Le final devait être une lévitation mais il semble y avoir eu un problème ou alors le noir s'est fait trop tôt. Le défaut général est la lenteur du numéro qui endort quelque peu le spectateur. On manque souvent les effets car Alice ne dirige pas notre attention avant les climax (ce que l'on appelle le 'pointing'). Elle semble surprise par ses effets qui naissent en dehors de son champ visuel délimité par la direction de son regard. Gros succès de ce numéro à thème auprès du public et un prix amplement mérité.

 

ERWIN   > STAGE CIPI : Didier HERR " ERWIN "

   Ce canadien, basé maintenant à Sète, commence faire parler de lui. Le décor est constitué d'une table (ou une tombe ?) joliment décorée dans les tons noir, blanc et rouge. Dans la première partie de son numéro, Erwin fait apparaître des fleurs rouges, tout d'abord d'une feuille de papier, puis d'un foulard, de flammes et enfin d'une réflexion dans un miroir. La dimension poétique est très présente dans ce numéro. Puis Erwin se lève et entame des manipulations de cartes. Il a une formation de danseur et bouge bien. Le plus remarquable est sa bande son qui vient vraiment souligner ses manipulations saccadées mais nettes. En discutant avec lui, il ne s'agit pas d'effets sonores plaqués sur une bande par ordinateur mais bien d'une musique composée par ses soins sur un clavier midi. Cela semble être une tendance de fond,les manipulations se font à l'aide de cartes entièrement blanches, plus visibles sur une scène. Un foulard rouge fait apparaître des cœurs sur les cartes et le final voir l'apparition (ou résurrection ?) de sa partenaire.

CANDIDATS NON PRIMÉS

Pierre SPIRY   > Pierre SPIRY " le groom de la boutique fantasque "

   Les numéros à thème, tout comme les bars à thème, sont à la mode. Pierre n'est plus un espoir. On y retrouve les mêmes accessoires que dans son numéro précèdent (raton-laveur, valise transparente à apparition de billets) mais le tout est complètement revu et corrigé par l'équipe des tremplins magiques. L'entrée est fracassante : le groom déboule engoncé dans de multiples boîtes avec un empilage qui fait office de tête monstrueuse. Le public rit et applaudit. Parmi les temps forts, j'ai noté la transformation astucieuse d'un chapeau de trappeur en raton-laveur animé, d'une boule verte en foulard, puis un joli effet provoqué par une cascade argentée simulant de l'eau sortant par les oreillettes d'un casque. Le dessin d'un buste de femme est enroulé puis un soutien-gorge en sort (qui manquera sur le dessin déplié), puis ce sera le tour de sa petite culotte. Une valise transparente se remplit à deux reprises et instantanément de billets de banques.
   Vous vous demandez le rapport entre tous ces effets ? Il est vrai que la mise en scène est astucieuse au niveau des détails mais au niveau global, Pierre me semble parfois complètement égaré dans cet amoncellement d'accessoires prétextes à un imbroglio d'effets sans dénominateur commun. Malgré une débauche de moyens et le secours de metteurs en scène prestigieux, je reste perplexe. Finalement la morale est sauve : l'alchimie souhaitée par l'AFAP lors de l'opération " deviens un Artiste " n'a pas encore réussi à transformer le plomb en or. Il est resté sur le décor…

 

   > Brice DELONG " GASPAR " de Grenoble

   J'ai choisi d'en parler juste après le numéro de Pierre SPIRY car il souffre exactement du même syndrome : un agrégat de mécanismes ingénieux dignes de Géo TROUVETOU mais où l'émotion est totalement absente. Le numéro s'est déroulé dans un silence mortel car aucune mise en situation n'a rehaussé les effets. Pourtant son auteur est digne du concours Lépine car je n'ai rien compris à la plupart des mécanismes. Il entre dans une ambiance de bar décoré de nombreuses lampes. Un cocktail dessiné sur un tableau devient réel (passages de 2D en 3D). À un moment du numéro, quand il s'empare d'un verre posé sur une table pour le boire, la table suit avec le verre ! Tellement incongru dans la mise en scène que notre pauvre monsieur Muscle n'obtint aucun applaudissement pour cet effet. En guise de final, il ouvre sa valise faisant dégouliner sur le sol un tas de balles mousses de toutes les couleurs. Au sens propre, voici un final qui tombe à plat…

 

Catherine DELAMOTTE   > Catherine DELAMOTTE d'Italie !!

   Le numéro est un hommage à Lili Marlène avec le costume, la chanson et même une photo de Paris by night en guise de fond de scène.

   Parmi les effets, la transformation d'une canne en foulard, la fumée dans le verre, les fleurs de papiers, une boule zombie à fil derrière un foulard transparent, les foulards du XX ème siècle dans un cornet et surtout une formidable revisite du tour des disques changeant de couleurs : Les disques sont ici remplacés par des couronnes de plumes placés dans un sac. Les couronnes ressortent teintées de la couleur du foulard. Dans un premier climax, les trois foulards (vert, jaune, bleu) font apparaître une couronne de toutes les couleurs. Mais la couronne se déplie alors en un immense cercle coloré en trois parties dans un second climax.

   Un final très réussi et pétillant comme le champagne à l'aide d'un canon à neige japonaise.

   Comme quoi, on peut faire un numéro qui tient fort bien la route sans trop de techniques.

 

   > Jimmy PECKER dit " JIMBREIZH "

   C'est un jeune et une voix off dans le style " mission impossible " lui assigne une mission au début du numéro : séduire à tout prix une jeune fille re présentée par un portrait trônant sur son guéridon. Tous les moyens sont bons.

   Comme les autres, Jimmy était très mal éclairé ce qui ne facilite pas l'attention dans ce numéro aux effets clairsemés.

   Cela commence par une courte production de cartes, la belle s'en fiche un peu, nous aussi. Alors dans un tout autre registre, Jimmy va se couper en deux au niveau du tronc derrière un tissu. Seul le bassin scié émerge du tissu et esquisse quelques pas. Ce plan de coupe tout droit extrait de " massacre à la tronçonneuse " n'obtenant pas les faveurs de la belle, Jimmy revient à des arguments plus romantiques : il fait pousser un bouquet de fleurs à l'aide d'un arrosoir, en extrait une rose qu'il fait léviter derrière un foulard. Las, sans résultat. Alors, en désespoir de cause, il fait apparaître un collier de perles rouges d'une bulle de savon. La belle sourit enfin et quelques rares spectateurs auront remarqué la présence du collier rouge sur le portrait.

   Jimmy tente de concilier deux styles opposés : le romantisme et le comique mais n'est convaincant dans aucun. Le numéro gagnerait à s'enrichir de davantage d'effets davantage appuyés, notamment par des pauses sur les climax, et mis en valeur . Avant cela, il faudra sans doute faire un choix cornélien : faire rire ou faire pleurer.

 

Erwan BODIOU   > Erwan BODIOU de Lannion

   Tiens, un magicien de mon village natal avec un nom 100% couleur locale. Erwan semble marcher sur les traces de son voisin Gérald LE GUILLOUX avec un numéro de colombes de fort belle facture. Je ne m'explique pas pourquoi il n'a pas obtenu de prix car il a eu un énorme succès auprès du public présent. C'est tout d'abord une rose qui devient colombe, puis une plume se change en canne et production d'une seconde colombe. Le troisième volatile est pris au corps sous le couvert d'un foulard. Le tour de la fumée dans le verre n'est qu'un prétexte pour faire naître de cette fumée un quatrième oiseau blanc. La cinquième sera la conséquence d'un journal déchiré et la sixième d'un bout de papier. Ce sera ensuite au tour d'une première cage d'apparaître au milieu de foulards puis d'une seconde dans la foulée dans le style d'Alpha et d'Arno. Au final, c'est un chien qui fait son apparition. Bref, voici un jeune très prometteur. Qu'il ne se décourage pas.

MAGIE COMIQUE ET MAGIE POUR ENFANTS

   Un seul candidat pour la magie, deux pour la magie pour enfants. Aucun prix décerné. Mimosa n'a pas suscité de vocations à ce jour. Vous avez tort car les débouchés sont plus nombreux que dans le close-up et la manipulation.

 

AIMÉ CHAIT   > Claude DUMONT (président de l'amicale bourguignonne) dit " Aimé CHAIT "

   Le comique nécessite de la maturité. Claude en a et a longtemps patienté. L'idée centrale du numéro est un cours magistral sur la corde coupée mal assuré par un professeur ivre. Je l'avais déjà vu en mars dernier lors de la fête du CAMP, antenne du CFI à Poitiers. Claude m'avait semblé plus drôle à cette occasion. Tout d'abord, il n'était pas aisé de faire rire les congressistes tôt ce samedi matin. Ensuite, plus la salle est grande, plus le personnage est important et les effets secondaires. Si Vincent LECLERC de la compagnie du Tarmac et PEPLUM sont de vrais comiques, les échecs lors du repas de vedettes comme Sylvain MIROUF ou VALLARINO ont montré qu'il est difficile de faire illusion en ce domaine. D'autant qu'on a tendance à oublier l'importance fondamentale de faire valoir de talent comme Xavier SOURDEAU et Thierry GODART du Tarmac et OTHELLO. Claude n'est pas BOURVIL et le succès d'un tel numéro reposait davantage sur un talent de comédien que de magicien. C'est courageux d'avoir essayé.

 

   > Gregory WIPLIEZ " GREG LE MAGICIEN " de Balmont

   Depuis quelques années, on a supprimé le traditionnel rendez-vous de la magie pour enfants du vendredi matin en prélude au véritable concours. C'est dommage car cet horaire inconfortable faisait le plein. Le marché de la magie pour enfants est énorme et la création d'un atelier de réflexion sur ce sujet a fait salle comble deux jours durant lors de la dernière FISM.

   L'organisation a vaillamment imposé deux enfants d'office au magicien d'environ 8 et10 ans, bref ce que je n'appelle plus des enfants. De toute manière, étais-ce bien important car le bougre s'est vengé en imposant à son tour une démonstration de marchands de trucs à ses victimes. Ainsi nous avons eu droit dans l'ordre à : - la corde blanche transformée en foulard rouge, - une parodie de balles mousses même pas drôle.

   A cet instant, l'opérateur déguise l'un des enfants en lapin et l'autre en carotte, leur fait répéter un petit texte, avant de poursuivre avec : - les petits foulards qui s'agrègent en un grand foulard blendo, - le tour de la quêteuse (NDLR : accessoire de magie populaire au début siècle dernier . On en exhibe encore quelques spécimens dans les musées ou durant les présentations de concours à titre pédagogique), - la fontaine de foulards de couleurs, - le foulard géant montrant un lapin, - déposé sur un dé, il en sort un véritable lapin, final du numéro.

   Le public commençait à scander " le lapin, le lapin " et il s'en aurait fallu de peu pour que l'on rigole enfin dans ce concours. Merci pour ce numéro d'utilité publique.

 

   > Thibaud MARTINENT de Lyon, toujours en magie pour enfants.

   Le début du numéro est emprunté au début de la saga d'Harry POTTER où le destinataire n'arrive pas à se débarrasser des lettres de plus en plus nombreuses envoyées par le hibou . Les cartes postalesjetées à la poubelle en ressortent illico, sans doute par électronique vu que le technicien ne se donne même pas la peine de se dissimuler dans les travées du plateau. Ou alors, il avait prévu un fil trop court pour déclencher un autre effet. C'est vrai que l'on na pas souvent l'occasion de travailler sur des plateaux de 12 mètres d'ouverture. Cette partie est toutefois excellente et très appréciée par le public. Là aussi, c'est une invitation à entrer dans une école de sorcier avec une première leçon dispensée par un CD audio : déplacer une louche à distance à l'aide d'une formule magique. Malheureusement, c'est une chaussette qui s'agite à sa place. Le reste du numéro est entièrement basé sur cet effet.
   Il s'agit du foulard dansant de Dan WAYNE revu et corrigé par Sean BEGUNIA. Ce tour existe en deux versions : la version minimale, entièrement mécanique et son complément avec un barillet électrique permettant de réaliser le foulard dansant dans une bouteille (effet popularisé par Doug HENNING) sans l'aide de complices dans les coulisses. Ici, c'est le kit complet à 800 euros qui est utilisé. Les effets sont ceux de la vidéo donné avec le kit. Thibaud a amorti son achat en l'étirant sur au moins 6 mn. Même si le tour est bon, c'est un peu longuet et cela a desservi le numéro. Enfin, le décorum me semble un peu envahissant pour cet unique effet : une poubelle, le bocal qui ne sert que quelques secondes se trouve sur une chaise blanche omniprésente, une malle, une valise et même un immense paravent qui n'a jamais servi. On le remarque du fait de sa couleur blanche qui éclipse le magicien tout de noir vêtu. Il se peut aussi que le numéro présenté ne soit qu'un extrait d'un spectacle plus copieux. La musique, fort commerciale, sur laquelle danse la chaussette, est entraînante. Il m'a semblé que c'était la même que ce soit celle utilisée la veille lors du final du gala international.

LES ARTS ANNEXES

   Depuis le couronnement de Christian GABRIEL, le genre revient à la mode. On a même vu pour la première fois un numéro de pur jonglage investir ce créneau qui risque fort de devenir encombré dans les prochaines années (ombromanie, ventriloquie, ballons, jonglage). Inversement dans les conventions de jonglerie, la magie est bien reléguée dans les 'renegade shows' à côté des clowns, acrobates, mimes, musiciens.

 

   > TROISIÈME PRIX : " CIBOULETTE ET OSCAR " par Virgine DROUIN du Var.

   Nous étions sûr qu'il s'agissait d'une grande illusion, vu l'énormité du décor : un deux-pièces reconstitué sur un disque pivotant divisé en deux parties : une chambre et un grenier. Ce décor imposant sert probablement à un spectacle complet. Ciboulette s'endort dans son lit. Nous entrons dans son rêve quand le décor pivote nous faisant découvrir le grenier. Elle fait parler sa marionnette Oscar puis ne veut plus jouer avec. Alors, comme dans un film d'horreur, pour se venger d'être abandonnée, Oscar se met à bouger, à parler et à ensorceler le grenier. Ciboulette s'élève à un mètre au-dessus de son tabouret de marque yogano. Son livre prend feu, une plume se met à écrire toute seule. Brusquement le coffre et la marionnette qui s'y trouve disparaissent instantanément. Il me semble qu'un portrait du pantin se trouve désormais su r le mur. Le cauchemar est fini et ciboulette regagne sa chambre quand soudain… la créature infernale refait son apparition dans la chambre.
   La ventriloque est convaincante, on est captivé par l'histoire, admiratif devant l'énergie déployée. Pour nous faire patienter durant le démontage, un film sur les magiciens au cinéma de Pascal FRIAUT et Maurice SALTANO nous est présenté. Merci aux organisateurs d'avoir eu le courage d'aménager le concours pour nous offrir un tel numéro. J'imagine la tête du régisseur quand il a reçu la fiche technique !!

 

   > SECOND PRIX : Clément DEBAILLEUL de Montreuil

   Ce numéro de jonglage inscrit en art annexe clôturait deux journées de concours. Hormis en une ou deux occasions, le public n'est pas sorti de son silence religieux comme à l'habitude. Pourtant, en connaisseur, j'ai été bluffé par le c ôté novateur et le haut niveau de technique requise. Il s'agit d'un numéro de jonglerie de boules fluo en lumière noire. On ne voit jamais l'artiste, uniquement ses balles. C'est le genre de numéro à regarder deux fois, une première pour voir beau, une seconde pour voir juste. Cela commence par un peu de swinging (c'est le terme technique). S'ensuit une séquence de jonglage à 6 balles, extrêmement difficile où l'on déplore un ou deux ratés gênant dans la mesure où l'artiste a du sortir de scène pour récupérer ses balles. Il y eu aussi une cascade à 5 balles de toute beauté, très haute et bien régulière, qui a même résisté à un flash assassin dispensé par l'appareil photo d'un congressiste dont la culture des numéros visuelles doit se limiter à l'émission du plus grand cabaret du monde de Patrick SEBASTIEN.
   Quand il y passera, il pourra prendre des photos. Viennent ensuite des manipulations de jonglerie à 4 puis 6 boules, solidaires deux à deux. Je n'ai strictement rien compris sauf que c'est du jamais vu et révolutionnaire dans le domaine du jonglage. En final, dans un style propre au cirque Plume, l'artiste pose en noir devant un drap blanc. Il s'en va et son ombre reste imprégnée sur le tissu. Chapeau bas. Ce numéro n'a pas reçu l'accueil qu'il méritait de la part du public mais le jury a vu juste dans le noir.

 

Sylvain GÉRARD   > Sylvain GÉRARD de Seez (73) a fait une annexe d'art plutôt que de l'art annexe. Etait-ce un numéro de ballons, un numéro de caricature, de la magie pour enfant, de la magie comique ? Je ne sais. Dans une première partie, il dessine un visage sur son bloc-notes. Soudain les yeux et la bouche du personnage s'animent et ses mimiques suivent la chanson qui accompagne le numéro. Bien mais beaucoup trop long. En final, Sylvain efface progressivement son dessin pour le réduire au silence. Vous pouvez voir ce joli effet réalisé par Peter DIN une fois par mois au théâtre de la Mainate à Paris. Peter l'exploite d'autant mieux que le dessin répond au ventriloque (et vice versa).
   Après ce long préambule, Sylvain vient kidnapper une malheureuse enfant dans le public, allemande de surcroît. Comme il baragouine le teuton comme une vache espagnole, on imagine la qualité de la communication. Pas du tout déstabilisé, il la recoiffe violemment à sa manière, crachant dans ses mains en guise de gel. Malgré ses 10 ans environ, je dois vous prévenir que dans un spectacle normal, il est probable que la fille regagnerait sa place en courant. Le public a commencé à réagir pour la première fois. C'est bon signe car il sent que le pire est à venir. En effet, notre homme demande aux parents de traduire qu' " il va se positionner derrière elle, au niveau de ses fesses, et qu'elle doit donc éviter de péter ", le tout traduit une seconde fois en anglais " no prout " avec des mimiques suggestives. La salle éclate de rire. Enfin un numéro qui a échappé on ne sait trop comment à la censure des vidéos de sélection. Il se réfugie sous une cape derrière la fille, les bras devant elle, simulant qu'elle sculpte les ballons. La prouesse consiste à réaliser ces ballons en aveugle sauf que le résultat est vraiment n'importe quoi mais je le soupçonne de l'avoir fait exprès car une main baladeuse s'en va parfois ostensiblement récupérer dans sa hotte un duplicata des sculptures ratées . Il est malheureusement stoppé net dans son élan par la lampe rouge. Il se jette alors par terre complètement déjanté et quitte la scène en laissant sa victime seule sur scène.

   Mon conseil de vieux briscard des concours de l'AFAP : Sylvain aurait dû s'inscrire en magie pour enfants. Faire subir autant d'outrages à une pré-adolescente sans la faire pleurer est un authentique exploit. Mais surtout, dans cette catégorie, on a droit à 5 mn de plus pour donner libre cours à sa folie (il paraît que c'est pour avoir le temps de dépêcher la police et un médecin psychiatre sur les lieux du délit). Sylvain était le seul candidat capable de faire chavirer le palais de congrès et c'est le meilleur souvenir que je garderai du concours.

LES GRANDES ILLUSIONS

   2 candidats dont un fut primé.

 

   > TROISIÈME PRIX : Frédéric LABELLE de Blois

   Frédéric travaille tous les jours dans le théâtre du musée de la magie de Blois. Cela s'est vu car les illusions semblaient rôdées et furent conduites de manière fluide. Le principal reproche est la combinaison de grandes illusions sans que l'on saisisse la trame du scénario. Pour leur défense, il n'est pas aisé de condenser un spectacle d'une heure en 10 mn. Contrairement à certains candidats un peu perdus par la taille du plateau, Frédéric a semblé un peu à l'étroit. Au musée, il a le théâtre pour lui tout seul. Ici, il doit partager avec les autres concurrents. Quand d'un vigoureux coup de reins, il a éjecté son fenwick en direction des coulisses, tout le monde a pu entendre le fracas de la collision avec le matériel du candidat suivant. Le plus drôle, c'est qu'il a réitéré la chose quelques secondes plus tard.
   Excellente méthode pour éliminer les concurrents potentiels. Frédéric est le gardien d'un musée. Cela débute avec une femme qui sort d'un tableau. Une caisse de bois montée sur un fenwick (habilement montré vide peu de temps avant) est ouverte de tous les côtés. Il place dedans une momie visiblement creuse. On referme la boîte de laquelle dépasse par inadvertance un morceau de bandelettes. En tirant dessus, on déroule la momie et la partenaire re-apparaît. Elle est alors allongée sur le lit et lévite à l'horizontale toute seule sur le fond noir sans l'aide du magicien. Très convaincant. S'ensuit une permutation entre la partenaire et le magicien à l'aide d'un simple drap. Puis, il la couvre d'un manteau noir, esquisse quelques pas de danse, retire le manteau, elle a disparu. C'est un effet à la mode mais très commercial.

 

GILLES WEISS   > Gilles WEISS

   Il inaugurait le concours. Impossible de faire autrement vu l'ampleur du matériel disséminé sur la scène parmi lequel on cherche un bon moment le personnage du magicien, habillé en roi. C'e n'est pas gênant car il ne se passe RIEN durant les 2 premières minutes. On peut à loisir admirer les costumes et le décor. Enfin un chandelier s'allume tout seul. Le roi place son épée dans un socle, manière Durandal, et s'endort dans un fauteuil. Une femme arrive alors, s'empare de l'épée et décapite son maître. Elle promène sa tête mais finit par rendre à César ce qui est à César. Lui se venge alors en l'empalant (sur l'épée). C'est l'illusion du piercing bien connue. Il place ensuite sa partenaire dans une caisse 'tube-entonnoir' assez volumineuse pour y incarcérer deux belles-mères. Il récupère la fille dans un ballon de verre sous la forme d'une poupée de 20 cm de haut. Je pense qu'elle aurait dû s'animer mais le charme (ou autre chose) a visiblement été rompu.

INVENTIONS

YOGANO   > TROISIÈME ET UNIQUE PRIX : YOGANO

   3 appelés pour un unique lauréat. On dira que c'est toujours le même qui gagne mais qui s'en plaindra. Il s'agit cette fois encore d'une lévitation impliquant une chaise mais cette fois, c'est la chaise ET le partenaire qui décollent à un mètre du sol. Pour une fois, dire qu'un numéro est lourd est un compliment. L'illusion est courte, à peine quelques secondes, mais contrairement à son invention précédente où le partenaire s'élevait verticalement de manière strictement rectiligne, ici l'ensemble se meut avec au moins deux degrés de liberté ce qui apporte un plus indéniable au sentiment de flottement de la chaise. YOGANO se tient debout contre la chaise (sinon, ce serait un miracle).

 

   > Jean-Pierre BERTHOLUS d'Antibes

   Invention assez mal présentée mais c'est récurrent chez les inventeurs. Au contraire, c'est souvent l'occasion de rire un peu. Une spectatrice vient choisir librement deux boules parmi une vingtaine. Sans l'air d'y toucher, notre Bertholus montre qu'elle a choisi le 6 et le 9 !! En fait, c'est le 2 et le 9. Lapsus freudien. Il présente alors son appareil : au centre trône un verre vide. Des boules sont disposées toutes autour, dont celles choisies par la spectatrice. On recouvre le tout et les boules choisies se retrouvent mystérieusement dans le verre.

   Cela me rappelle bigrement le tour du cocotier débiné par Bloom (l'explication est infiniment plus divertissante que le tour sans intérêt). Maintenant, vous avez la version électronique…

 

   > Philipp ROSEMBERG

   Divers objets sont présentés : couteau, peluche, bougie, etc. Un spectateur en choisit un et le place dans un sac opaque. L'inventeur place le sac dans un cylindre bizarroïde de 50 cm de hauteur décoré comme un sapin de noël clignotant de partout dans la pure tradition des films de science-fiction du début XX ème siècle. Il nous inflige alors 2 mn d'un suspense intenable, prétendant capter par ondes les lettres composant le nom de l'objet mystère, malheureusement dans le désordre (tiens, il y aurait là matière à amélioration), avant d'annoncer triomphalement l'objet C.H.R.O.N.O.

   Je suggère au jury de lui offrir la vidéo de Bloom sur les fils invisibles indirects permettant d'aboutir au même résultat avec seulement un gramme de matériel.

LES JEUNES DE MOINS DE 16 ANS

Sammy NESVILLE   Seul Sammy -NESVILLE- MAKKAWI de Paris a obtenu un encouragement à persévérer sous la forme d'un stage au CIPI. Son numéro est basé sur les téléphones portables (apparitions, disparitions) avec quelques classiques adaptés comme la canne volante, le flip-move, les boules excelsior.

   Mais plus que le contenu, je parlerai de ce qui est plus important : - sa bande son vient très bien appuyer ses effets comme c'est de plus souvent la norme, - il danse remarquablement bien et ses mouvements sur les chansons et chorégraphies de Michaël JACKSON sont plus que convaincants.

   Le numéro (et le danseur) a obtenu les faveurs du public. Un prix n'aurait pas du tout été usurpé.

EN GUISE DE CONCLUSION

   Que les candidats me pardonnent mes critiques acerbes. Qui aime bien châtie bien. Pour eux, je n'ai vu aucune conférence et je ne le regrette pas. Il y a des erreurs dans mes descriptions, c'est inévitable (j'espère de fréquence moindre que dans le livre du centenaire de l'AFAP). Pour une description plus fidèle des numéros, reportez vous au compte-rendu officiel de l'AFAP réalisé par trois personnes prenant des notes simultanément, idéalement placés devant et face à la scène et ayant recours à des extraits vidéo des numéros. A ma décharge, je n'ai pas été engagé pour ce compte-rendu, j’aime la liberté d'expression et je n'ai plus peur de voir les médiocres donner des photocopies de mes écrits aux juges des tribunaux.

   En cas d'énorme bourde, on peut m'écrire à mimosa@wanadoo.fr pour correction.

   Vive les congrès de l'AFAP et un énorme merci aux organisateurs.

  Merci à Hugo. pour la relecture et à Zakary BELAMY pour les photos.

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