36ème Congrès AFAP

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Les Concours

par Mimosa

HAGIOGRAPHIE

   Mimosa est passionné par les concours des congrès qu’il fréquente assidûment depuis 1984, tour à tour comme concurrent, membre du jury, chroniqueur, ou simple spectateur. Citons pour mémoire :

   En tant que concurrent (toujours primé) :

   1986 : congrès de Bordeaux : première sortie publique lors de la scène libre du vendredi soir en faisant du mime et du jonglage. Standing ovation.
   1988 : 2ème prix de scène, congrès de Norvège.
   1988 : 1er prix magie comique AFAP (dans cette même salle Poirel de Nancy d’ailleurs)
   1990 : 1er prix magie pour enfants congrès de Bruxelles
   1991 : 2ème prix magie comique de la FISM à Lausanne
   1992 : 2ème prix magie comique Bruxelles
   1993 : hors concours en magie de rue dont il organisait la première édition
   1994 : 2ème prix magie comique AFAP au Puy (“tafapie”)
   1996 : 3ème prix magie pour enfants AFAP à Aix
   2000 : 3ème prix de cartomagie AFAP à Issy (“le grand gourou”)
   2002 : prix spécial magie de scène, congrès japonais de Sapporo

   Fut choisi contre son gré comme spectateur victime par le très jeune Boris SAUVAGE (pas encore WILD) au congrès d’Angers en 1987 qui ne s’était pas rendu compte de mon état d’ébriété après avoir échangé tous les tours de ma pochette de congressiste contre les mignonnettes de Cointreau des copains. Boris en avait perdu tous ses moyens…

   Membre du jury aux congrès d’Annecy en 1991 (où il eut à noter Sylvain MIROUF reparti bredouille) et à Saint-Malo en 1992. Là, inscrit en hors concours en magie pour enfants sous le nom de “Général Schwarzkopf”, il fut incapable de maîtriser 200 bambins déchaînés et se vit refermer le rideau au nez avant la fin de son numéro.

   A décrit à deux ou trois reprises dans la revue de la prestidigitation, parfois sévèrement. Ainsi, cette année, un jeune manipulateur est venu me trouver en me disant qu’il y a six ans à l’occasion du congrès de Dunkerque, j’avais écrit à propos de son numéro de boules insipide et passé inaperçu : “Maginor, un comique qui s’ignore”. Il s’agissait de Norbert FERRÉ !

   A raconté pour vous toutes les ficelles pour remporter à coup sûr un prix en concours sur ce même forum dans l’article “comment remporter un prix en cartomagie sans même connaître Marlo”. Cet article est l’une des pièces du procès qui m’est intenté aujourd’hui lundi 4 novembre 2002 (chambre 1 section A à 14h).

   Espère encore être engagé un jour au congrès de l’AFAP. On peut rêver…

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   Les congrès précédant une FISM sont plus relevés qu’à l’ordinaire car de nombreux candidats y effectuent un galop d’essai et le congrès de Nancy restera un cru d’exception. Le concours de scène a crevé les plafonds, ayant même flirté le samedi après midi avec un niveau de gala international.

   Cela commençait plutôt mal car en regardant le programme du concours, aucun numéro de magie comique n’apparaît. Est ce pour se plier au nouveau règlement de la FISM qui verra à La Haye cette catégorie disparaître pour fusionner avec la magie générale ? Ce n’est pas un mal car je me souviens avoir demandé à être inscrit dans cette catégorie au congrès du Puy car il m’aurait été impossible de faire rire étiqueté ‘magie comique’ avec mon numéro de magicien maladroit présenté alors. Toujours est-il que nous avons eu l’occasion de rire durant ce congrès grâce aux arts annexes et quelques imprévus.

   Arrivé en fin de matinée vendredi, je n’ai pu voir les sept premiers concurrents. Mais il y aura peut être d’autres comptes rendus sur ce forum ou dans votre revue associative préférée... dans quelques semaines.

Nicolas LEPAGE   Je suis entré pendant le numéro de Nicolas LEPAGE qui avait gagné le concours du C.F.I. il y a 3 ans et a fait un peu de chemin depuis. Il bouge bien. Je n’ai pas vu la lévitation d’entrée du numéro. Il avale du coton avant de le ressortir sous forme de ficelle interminable. S’ensuit une canne volante parfaitement maîtrisée. Des disparitions de bougies et enfin des manipulations de cartes. Otto WESSELY l’avait déjà signalé, sa bande son est remarquable. A Nancy on a découvert toute une génération de magiciens qui enrichissent leur musique d’effets sonores venant appuyer les effets visuels. Attention toutefois à ne pas exagérer. Nicolas m’a semblé un peu moins mobile, voire prisonnier de ces tempos imposés par sa bande son. On obtient un effet robot peut être voulu au détriment de la légèreté des manipulations. Nicolas obtiendra un second prix de manipulation amplement mérité.

   Reprise du concours de scène le samedi matin avec un numéro d’art annexe. Jadis il n’y avait guère que les ventriloques à peupler cette catégorie mal aimée et rarement récompensée. Puis les sculpteurs de ballons les ont rejoints et cette année on a vu arriver une nouvelle vague avec un mélange de clown, mime et jonglage. Jacques POUSTIX est de ceux-là. Il arrive de l’île de la Réunion. Son histoire est celle d’un jongleur raté qui déprime sur sa vie d’artiste. Un vrai personnage de théâtre sachant exprimer une émotion par un texte qui ne sent jamais le par-cœur et parsemé d’improvisations sur l’actualité du jour qui lui ont valu la sympathie du public. Il entend une petite voix qui lui conseille, vu son niveau, de faire de la magie déguisé en clown. Sa technique n’est pas impressionnante : petit jonglage avec trois balles, le tour de l’album à colorier et une pseudo ventriloquie mais le personnage fait tout passer. Par contre, sa maîtrise du couineur est stupéfiante, il arrive à improviser un ‘happy birthday to you’ pour l'anniversaire du présentateur Peter DIN et de nombreux effets sonores. Enfin, il fait preuve d'un talent réel de ventriloque. Ce personnage aux facettes très éclectiques parvient à transmettre une vraie émotion et fut très applaudi. Jacques obtiendra un premier prix d’art annexe tout à fait justifié.

   Le candidat suivant n’a que 13 ans. Il aurait pu s’inscrire chez les moins de 16 ans mais on sait bien que la valeur n’a jamais attendu le nombre des années. La suite lui a donné raison. ALEXANDRE vient d’Angers et a déjà été récompensé dans les ‘tremplins magiques’ avec ce numéro enlevé où il déboule en skateboard , coiffé d’une casquette qui changera de couleur à plusieurs reprises. Le leitmotiv est l’apparition de bouteilles (géantes) et de cannettes de coca-cola auxquelles il adapte des classiques du répertoire comme le verre qui tient tout seul quand on se verse à boire. Puis vient un changement de costume, un effet qui semble à la mode tellement on le voit depuis deux ans. Le final viendra de l’apparition de son jeune frère habillé comme lui qui lui dérobe son skate. Alexandre en fera apparaître un second. Final plein d’émotion avec un gros impact sur le public. Il recevra le second prix de magie générale à l’issue du congrès.

   C’est encore un tout jeune qui lui succède dans la catégorie des moins de 16 ans. Valentin est originaire de Verneuil. Le numéro est assez court et tient à la présentation de la boule zombie. Le matériel fait vraiment ‘cheap’ mais il paraît que c’est voulu, tout comme la tenue de ville. C’est en voyant ce numéro que j’ai compris combien les volutes de la soie qui virevolte contribuaient à donner de la légèreté à la zombie. Là ce n’était pas le cas et la boule semblait vraiment lourde, lourde. Mais Valentin a le temps de décoller et quand on sait qu’il est conseillé par HUGO on ne peut qu’être confiant.

   S’ensuit le numéro de manipulations d’Octave, venu de Belgique. Il est habillé un peu comme Cyril HARVEY, c’est à dire costumé de manière moderne dans un long manteau noir qu’on jurerait découpé par le couturier Yamamoto. Il manipule des boules vert-fluo très visibles. Il a chaussé de longs ongles argentés lui donnant un aspect un peu effrayant dans le ton ‘Edward aux mains d’argent’. Sa technique est indéniable, c’est même un vrai catalogue ambulant (car c’est qu’il arpente la scène en long et en large le bougre). Voici pourquoi ses manipulations n’ont pas passés la rampe selon moi :
   Sa première partie se déroule dans un éclairage tamisé style canne volante, donc trop sombre. C’est sans doute pour mettre en valeur l’apparition d’une boule dotée d’un D-light rouge à un moment de son numéro. Peu visible, il est aussi difficile d’apprécier ses manipulations qui sont constamment parasitées par des grands mouvements des bras et du corps. Enfin, on n’a jamais su quand applaudir car il n’y a jamais eu de pauses. Le public muet a regardé le numéro en apnée sans avoir eu le temps de respirer (c’est peut être cela le silence de la mer ?)
   La seconde partie, davantage éclairée, consiste en des manipulations de cartes, là aussi de très haut niveau gâchées par les mêmes erreurs.
   Tout cela a donné l’impression qu’il reproduisait une séance de répétition à domicile en enchaînant une foule de passes devant son miroir tout en écoutant la radio.
Le plus dur est fait (la technique), il reste à faire le tri parmi toutes ses manipulations et les mettre en valeur afin de leur faire passer la rampe et de récolter dans un proche avenir les applaudissements que ce jeune mérite.
   Signalons toutefois un final peu commun qui a recueilli tous les suffrages : Octave s’est déchaussé et réalisé un éventail de cartes entres les orteils ! De mauvaises langues en profiteraient pour dire qu’il manipule comme un pied…

   Pascal VINCENT, de Sens, est venu présenter une invention (qui ne fut pas primée). Il exécute un numéro de zombie avec un coffre en bois puis une chaise ! Depuis deux ans, on a vu fleurir ces matériaux légers ayant l’apparence de bois massif. Difficile de parler de nouveauté mais le final est assez incroyable : après avoir fait évoluer la chaise du bout des doigts en tous sens, il la dépose et monte debout dessus (tenant le coffre entre ses bras d’ailleurs). Dans un vrai numéro, je commencerai par m’asseoir sur la chaise avant de la faire tournoyer. Le matériau doit être vraiment spécial car je déconseille fortement de réaliser la même chose avec les guéridons conçus pour cet effet et vendus une petite fortune chez les marchands de trucs.

   Arrive le seul numéro de mentalisme de ce congrès. Ce n’est pas en général un moment de fou rire sauf quand on s’appelle HUGO. Christophe fut déjà primé lors du concours du C.F.I en février dernier où perçait déjà la force du personnage derrière la technique. En quelques mois, il a évolué de manière spectaculaire et a désormais sa place dans la cour des grands. Imaginez Pierre DESPROGES faisant de la magie et vous aurez une idée du bonhomme. Avec l’air de ne pas y toucher, un texte ciselé qui semble pourtant improvisé et qui fait mouche. Les mentalistes ont droit à 15 mn au lieu de 10 mn et HUGO ne fait que deux tours, auxquels je n’ai strictement rien compris d’ailleurs, ce qui prouve que la technique est là, mais cela je le savais déjà (demandez lui de vous présenter le pari de la chaîne avec le doigt libéré et vous comprendrez).
   Avec ce personnage, il pourrait d’ailleurs faire n’importe quel numéro de magie et aurait été sûrement primé en magie comique. Ce fut l’une des révélations de ce congrès et sa prestation fut couronnée par un second prix de mentalisme (quoiqu’un premier prix n’aurait provoqué aucun scandale). Il possède déjà un avantage énorme en n’ayant pas besoin de faire de la magie pour captiver 600 spectateurs et j’en connais qui donneraient très cher pour cela.

   Tiphaine est une jeune lyonnaise dont le thème du numéro est le vol d’objets d’arts dans un musée. Elle va jouer tour à tour les trois rôles : celui du voleur s’emparant des pièces (constitués de mobiles en mouvement d’aspect art moderne) , puis du policier venant constater le vol et enfin de la propriétaire qui les fera réapparaître une à une par magie. Ces trois personnages justifient trois changements de costumes. La mise en scène est parfaite et tous les effets sont motivés par le scénario. Elle est servie par un décor adapté et agréable à l’œil dans les tons rouge, noir et argent. J’aurais juré qu’il s’agissait d’une mise en scène de James HODGES mais ce n’est pas le cas.
   Tiphaine a obtenu un troisième prix de magie générale. Il lui reste à travailler son personnage dont le jeu est quand même sensiblement un ton en dessous de ce qu’on est en droit d’attendre.

   La matinée s’achève avec ARSLONGA. J’ai peur qu’avec la présélection des candidats sur vidéo, ce genre de tentatives désespérées ne disparaisse des scènes de nos congrès. Ce n’est pas le premier essai de ce sociétaire et quand on voit la somme de travail fournie, le décor imposant, les costumes élaborés, les bricolages abracadabrants, je ne peux que souhaiter que son amicale ou l’AFAP l’oriente sur la bonne voie. Il s’agit d’une grande illusion sur le thème d’un mannequin qui prend vie progressivement. Le mannequin est censé léviter, puis marcher et en final arracher sa tête bien vivante. L’ensemble est desservi par une installation poussive au son du boléro de Ravel dont les mesures cycliques soulignent les répétitions d’effets interminables. Tout cela contribue à donner un ton comique au numéro. Car les spectateurs ont ri bien malgré eux.

   Troisième et dernière partie du concours le samedi après-midi. Cela commence par l’honnête prestation de DAVID de Wattrelos (Nord). Le numéro est dynamique avec de nombreuses apparitions d’éventails japonais de grande taille. Les prises sont excellentes car j’ai rien vu. Il a malheureusement laissé échapper sa charge de neige japonaise mais l’a mimé comme si de rien n’était, prisonnier de sa bande son. Vu comment les musiques sont triturées sur ordinateur de nos jours, ce gag involontaire en laisse présager de nombreux autres du même acabit dans les années à venir. Des foulards ont un peu trop souvent servi à justifier les charges mais ce numéro aurait sûrement été primé dans un passé pas si lointain.

   On annonce une candidate. Le public exulte. Oui, mais dans la catégorie des moins de 16 ans. Petite déception mais pas pour longtemps car le petite demoiselle d’Avignon, Céline, se révèle déjà une superbe femme bien aguicheuse. C’est tout d’abord en tant que maîtresse de maison qui prépare une réception qu’elle fait apparaître des coupes de champagne. Un peu de neige japonaise et voici la belle en robe du soir écarlate qui se mute en une robe moulante noire plutôt sexy car largement échancrée en divers endroits stratégiques. S’ensuit une routine entremêlant 3 anneaux et son corps de pure esthétique. Nouveau changement de costume, encore plus déshabillé, laissant entrevoir un maillot blanc et une veste de smoking noire mettant en valeurs de superbes jambes laissant planer un doute sur ses 15 ans. Elle danse longtemps avec sa canne volante tout en usant de ses charmes pour faire misdirection avant de se fendre d’un grand écart en guise de final. Le jury ne s’y est pas trompé en lui octroyant un troisième prix tout en la félicitant d’être déjà une ‘professionnelle’ en se gardant d’être plus explicite.

   Avec Mortimer, originaire de Périgueux, j’ai cru me revoir 15 ans en arrière quand je présentai un numéro de mime et de jonglage. Il commence par la valise immobile avec un bon gag magique quand elle tient vraiment toute seule. Puis, il nous joue un air de flûte d’où sortira une bulle qui deviendra une boule de verre. Il mélange alors le ‘contact juggling’ (jonglage avec une seule balle restant en contact avec le corps et popularisé au début des années 90) et les manipulations traditionnelles des boules. Il jongle ensuite avec 3 et 4 boules qui disparaîtront (çà me rappelle vaguement un certain Mimosa en 1986 à Bordeaux). Gros succès auprès du public. Mortimer appartient à cette famille, un peu la mienne, mais aussi celle de CARMELO et dont les ténors du genre sont LES BUBB, l’américain Ardan JAMES et l’anglais DENIMO qui mélangent avec bonheur plusieurs arts visuels. Il doit un peu travailler sa technique de la valise (qui ne doit pas osciller) et surtout persévérer dans cette voie prometteuse car la magie est encore plus efficace quant elle se met au service d’autres disciplines artistiques. Certains se souviennent peut être qu’il avait présenté un numéro de boulettes Slydini en concours au congrès d’Issy en 2000. Il obtient un troisième prix d’art annexes qui en laisse augurer d’autres dans un proche avenir.

   Un congrès sans surprise ne reste jamais dans les mémoires. Avec les vidéos, il est difficile de franchir les fourches caudines des organisateurs. Le Suisse Daniel JULLIERAT y est parvenu en présentant un numéro enflammé alors que tous les concurrents avaient reçu expressément pour consigne de ne pas utiliser de feu sur scène. Au passage, c’est vraiment stupide car il est impossible qu’un incendie prenne à la barbe de 700 congressistes. Daniel a commencé par cracher trois énormes flammes dont on a ressenti la chaleur jusqu’au dixième rang ! Mais il s’est révélé incapable d’éteindre ses torches (on les range dans un fourreau en général mais il ne le savait sans doute pas) et il fut à un doigt de mettre le feu à son matériel et à sa veste. Il enchaîne sur un numéro de boules puis les D-Light qui semblent être un peu passés de mode. Comme final, visiblement peu répété vu la cherté des accessoires, on a eu droit à deux magnifiques gerbes d’artifices orientées dangereusement vers les spectateurs et un flash explosif laissant place à un nuage âcre persistant dans lequel il a eu largement le temps de s’éclipser.
Quand une forme humaine est enfin ressorti des brumes, il s’agissait en fait du présentateur Peter DIN qui explique que le directeur du palais des congrès a presque fait un infarctus dans les coulisses ! On voit alors Jean DENIS se lever et nous faire la morale en expliquant que les numéros de feu sont strictement interdits par la sécurité.

KAMYLEON   Le rideau s’ouvre alors sur le candidat suivant. C’est le messin KAMYLEON qui, cela on ne peut pas l’inventer, surgit sur la scène en agitant un bâton de dynamite allumé dégageant une épaisse fumée. Fou rire général dans la salle qui frisera l’apoplexie quand quelques instants plus tard dans le numéro il ira mettre le feu à sa poubelle. Le numéro n’est pas catalogué dans la magie comique mais c’est bien de cela dont il s’agit avec la participation d’une partenaire un peu déjantée qui n’est pas sans rappeler le grand prix hollandais de la dernière FISM de Lisbonne (NDTT : Scott the magician). Sa partenaire se révèle vraiment indocile et commet gaffe sur gaffe, par exemple en déclenchant par inadvertance la disparition automatique des fleurs du guéridon. On a évidemment droit à l’incontournable changement de costume qui fut vraiment le leitmotiv de ce congrès (l’influence d’Arturo BRACHETTI sans doute).
   Apparition d’une baguette géante du chapeau, puis d’un balai d’un sac en papier. Excédé, le magicien enferme sa partenaire dans une boîte essoreuse, une grande illusion désormais classique. Nouveau changement de costume et la voici en robe du soir d’une beauté à couper le souffle, ce qui ne laisse pas insensible notre magicien dont la cravate se raidit. Il tente de l’amadouer en faisant apparaître un collier sans la convaincre car elle se venge en l’enfermant dans une autre boîte qui va le rapetisser, prétexte à une seconde grande illusion rondement menée. Ils finiront par se réconcilier sous un tonnerre d’applaudissements chaudement nourris par leurs amis de Metz qui sont tous debout. Et moi qui croyais qu’il n’y avait que les américains à faire cela ... Il obtiendront le premier prix de magie générale de ce congrès et repasseront au gala de clôture.

   La salle est maintenant chauffée (dans tous les sens du terme), le public est ravi. C’est la première fois qu’un concours est de meilleure tenue que le gala du samedi soir. On pensait avoir atteint à ce moment le summum du concours, et pourtant ...

On dit qu’il est difficile de passer après un numéro triomphal. Je crois pourtant que si l’artiste suivant parvient à maintenir un niveau au moins égal, il peut faire exploser tous les records à la manière de ces lièvres engagés dans les meetings d’athlétisme pour soutenir le rythme. Christian GABRIEL y est parvenu.

   Ce ventriloque parisien est déjà connu, il était même à l’affiche de l’émission du plus grand cabaret du monde le mois dernier. Il arrive en champion de boxe chargé de défendre son titre de meilleur ventriloque du monde en faisant parler 15 personnages différents. Quand il ôte son peignoir et révèle une musculature bodybuildée en latex, on est déjà plié en quatre. Sa technique de ventriloquie est parfaite (il gonfle même un ballon en parlant) avec un large éventail de voix très différentes. Les textes sont drôles, courts et le rythme est excellent. Tout y passe : les gants de boxe, une balle de tennis, une raquette, une fleur et son pot, une tortue, un lapin et divers animaux. Il perdra quand même son record et déprimé, choisira de devenir chippendale. Ce sera l’occasion d’un dernier gag de ventriloquie avec la finesse et l’intelligence de ne pas finir au dessous de la ceinture.

   A l’issue du numéro, c’est une véritable standing ovation qui lui sera réservée. Sous la pression du public, on a même eu droit à quelque chose de strictement interdit dans un concours : un rappel ! J’adore ce genre de dérive. Christian sera le premier candidat en arts annexes à recevoir le grand prix d’un congrès et en prime, celui du public ! On mesurera son immense talent à l’occasion du gala de clôture dont il sera le point d’orgue. Il est pratiquement impossible à un comique de faire rire une seconde fois. Christian y parviendra en ajoutant des variantes à son numéro et en improvisant quelques répliques, fruit d’années de travail dans les cabarets parisiens. Il en sera remercié par une seconde standing ovation comme on n’en a jamais vue dans un congrès de l’AFAP.

   Il restait deux numéros après celui de Christian GABRIEL. Par chance, la qualité était au rendez-vous car il furent tous les deux primés.

   Ce fut d’abord une nouvelle grande illusion de YOUGOMAGIC présentée par Gilles MAGNIN. Un genre de translucube d’excellente facture qui s’ouvre toute seule et laissant perplexe quant à la position de la partenaire. Plutôt qu’une description tortueuse, j’espère qu’il y aura une photo de la boîte en position ouverte. Il sera récompensé par un troisième prix.

   Il est dur de passer en dernier après un tel feu d’artifice. Le jeune allemand WAVE y est parvenu dans le plus pur style germanique qui a produit de nombres prix FISM par le passé. Comme la plupart, j’ai vraiment cru revoir TOPAZ quand il avait 16 ans (NDTT : ils ont le même professeur ! ;)) : même modernité un peu artificielle, même maîtrise du topit, apparitions et disparitions saccadées, même chorégraphie du jeu de jambes, même style de musique, etc. Cela commence par des manipulations de baguettes ‘à la Flip’ et de boules. Le cœur du numéro est une partie d’échecs où le magicien est en prise avec un adversaire invisible (des pièces se déplacent seules, d’autres disparaissent). Il parviendra finalement à anéantir toutes les pièces adverses. Il conclut son numéro par une débauche de manipulations de cartes gratuites, beaucoup trop rapides selon moi et comme souvent sans pause qui auraient permis d’apprécier sa technique. Allié à sa jeunesse, il obtiendra un second prix de manipulation. On aura la chance de mieux apprécier son travail le lendemain à l’occasion du gala final. Pour l’heure, vivement une nuit de répit après une journée aussi féconde en talents.

   J’avais pris des notes du concours de close-up mais il ne fut pas exceptionnel. J’ai surtout remarqué combien il était difficile de réaliser des manipulations tout en déclamant un texte. Le vainqueur Yannes a écarté cet écueil en travaillant en musique tout en alignant un nombre impressionnant de techniques difficiles avec maestria. Impossible de prendre des notes sans rater un effet. Ses matrix de pièces sont exceptionnels. Yannes obtiendra le premier prix de micromagie et a refait son numéro devant toute la salle assisté d’un écran géant.

   Deux habitués de longue date des congrès, Michel RATS avec une routine de gobelets et balles mousses (en musique également) et Jean VALSEN de Poitiers avec un numéro de cordes parlé ont tous deux obtenu un troisième prix ex-aequo dans cette même catégorie. Par contre, aucun prix ne fut attribué en cartomagie alors que c’est la discipline favorite des jeunes magiciens. Comme quoi, il n’est pas si simple de passer d’un sport à un art.

Mimosa   Voilà, il est difficile de rester concentré deux jours durant et j’ai sans doute fait quelques erreurs d’appréciation. C’est nécessairement subjectif et ne reflète que la vision d’un spectateur ordinaire dont la seule légitimité est d’avoir travaillé des deux côtés du rideau à plusieurs reprises.

Merci à Bruno SANVOISIN pour la relecture.

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