34ème Congrès AFAP

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Comment gagner un prix de cartomagie sans même connaître Marlo
Ou le récit d’une aventure qui m’a foutu une belle trouille

par Mimosa

Né le 1 mai 1960
Elevé en Bretagne, bon élève condamné par ses parents à faire l'Ecole Centrale de Paris d'où il sortira en 1985 avec le premier prix d'Informatique.
Trésorier du Groupe de Paris de 90 à 93
Trésorier adjoint de l'AFAP de 91 à 93
Fondateur de la revue magique Sycophante 95-96 avec Michel FONTAINE
Président du CFI depuis mars 2000
Primés une dizaine de fois dans les congrès sous divers pseudonymes.
Professionnel depuis 1989 quoique pratiquant la magie en dilettante.
Ses maîtres : Michaël VADINI, Stanislas, Peter SHUB, Alan TURING, Evariste GALOIS, Yvonne-aimée de Malestroit.
Sa passion : la programmation des bases de données sur macintosh plusieurs heures par jour.
Principal défaut : n'a jamais pu s'empêcher de dire tout haut ce qu'il pense tout bas.

    Très touché par le renouveau des sectes en France en ce changement de millénaire où j’ai vu se perdre à jamais quelques jeunes de mon entourage, j'ai voulu réveiller les esprits de manière humoristique en parodiant le gourou (décédé récemment) de la secte du Mandarom, Gilbert BOURDIN, en m’inscrivant au concours de cartomagie du 34 ème congrès de l’Illusion d’Issy les moulineaux.

    Ce n'était qu'un exercice de style et il était hors de question pour moi de m'embarquer dans un numéro de scène, du matériel, etc. surtout pour une unique représentation. La cartomagie est la plus économique des catégories des concours, alors allons y. Je ne suis jamais revenu bredouille d’une dizaine de participations mais cette fois, je dois faire illusion dans une catégorie que je ne maîtrise pas.

    Tout d’abord, il eût été injuste de se borner à déclamer un texte sans faire de magie en prenant la place d’un autre candidat vu que le nombre de places dans le concours de close-up était limité à 8 seulement et que nombreux sont ceux qui n’ont pu y participer, étant inscrit hors délai. Alors que le close-up est à le vent en poupe, on a dédié seulement deux heures à ce concours pour ne pas gêner l’assemblée générale qui suivait.
    Au passage, je ne comprend pas que l’organisation n’est pas refusé des candidats passant avec deux numéros. Enfin, quand on s’inscrit dans un concours, ce doit être avec l’intention d’y gagner un prix, sinon autant s’abstenir.

Mimosa    Je dois aussi faire très attention. Les sectes sont partout et c’est incroyable le nombre de personnes qui se sentent visées quand on parle des sectes et des gourous, même plus morts que vifs, comme dans le cas de ma parodie. Il faut en effet savoir que les gourous sont, tout comme les dictateurs, des PARANOIAQUES. Sachez qu’il s’agit d’une infirmité tout comme l’est le fait d’être sourd ou aveugle, sauf que c’est moins repérable. En effet, le cerveau humain est une chose incroyablement complexe.
    Il existe par exemple une étonnante maladie du cortex où le sujet reconnaît l’utilité d’un objet placé dans sa main gauche sans pouvoir le nommer ("cela sert à couper") tandis qu’au contraire, il dira ("c’est un couteau") quand cet objet sera placé dans sa main droite, mais il sera alors incapable d’expliquer sa fonction !

    Eh bien nos paranoïaques sont eux, incapables d’attribuer plus d’un sens à une phrase ou un acte. Ils sont ainsi insensible à toute forme d’humour reposant sur le double sens d’un texte. Ne pouvant le comprendre, toute blague représente un missile de croisière qui leur est personnellement destiné. "pourquoi me regardez-vous ainsi ?" est l’une de leur répartie favorite.

    Un boniment comme le mien n’est donc qu’un galimatias indéchiffrable à leurs yeux. Ces malades sont le plus souvent procéduriers, déambulent souvent en compagnie de leur avocat pour les plus riches et engorgent les tribunaux où les textes de lois sont censés n’avoir qu’une seule interprétation (ce en quoi ils se trompent et perdent donc généralement leurs procès). Mais soyons prudent.
    Comme la plupart des gourous sont costumés de manière identique et appliquent les mêmes recettes (privation de sommeil, esclaves sexuelles, dépendance psychique, surveillance mutuelle, passages à tabac), bon nombre d’individus peuvent à tort se croire concernés. De toutes façons, l’un des régisseurs du plateau est déjà prêt à me couper le micro de la main gauche tout en fermant le rideau de l’autre. La psychose collective qui règne dans les coulisses me fait l’impression d’être une vache folle que l’on emmène à l’abattoir. Lui montrer un extrait de mon boniment n’y changera rien…

    Je dois vraiment avoir l’air vicieux dans mon costume de gourou car, tout comme Philippe ESCUDIÉ qui, trop convaincant dans son rôle d’Herbert le pervers, avait eu un mal fou à dénicher deux spectatrices pour son numéro lors d’un gala en juin dernier, une jeune fille présente dans les coulisses détournera constamment son regard du mien.

    Avant de me lancer dans cette aventure, je me suis posé la question : pourquoi le fais tu ? pour ta gloire et ton ego ?, pour attaquer inutilement un gourou déjà mort ?, pour empêcher d’autres jeunes d’aller dans les sectes ? J’ai même demandé à mon ange gardien de me donner des signes si je devais poursuivre dans cette voie.

    Peu de temps après, je suis entré par hasard aux Forum des Halles dans une boutique de gadgets et mon regard a été attiré par une sorte de fouet en forme de crinière à 70F et j’ai entendu : "voici l’accessoire que tu cherches". J’ai tout de suite compris car je n’avais pas le courage d’investir 1700 F dans une véritable perruque et de ce moment, ma résolution de persévérer était prise contre vents et marées.

    Maintenant, comment gagner un prix sans être cartomane ? Simplement grâce aux ficelles de l’expérience qui sont l’apanage des vieux singes.

    Depuis seize années, je réserve systématiquement la date du congrès de l’AFAP (comme James HODGES d’ailleurs). Je délaisse volontiers les conférences et la foire aux trucs pour assister au concours de scène assis dans les premiers rangs. Perte de temps ? certes non. Tout artiste est, sans même s’en rendre compte, un exhibitionniste et je vous jure qu’on peut y lire le livre ouvert de sa vie pendant ces dix minutes.

    Pour gagner un prix, il faut savoir remonter la mécanique en sens inverse : résumer sa vie en dix minutes. Un numéro est le condensé de plusieurs strates significatives des périodes de votre vie. Surtout, il est indispensable que les couches de base soit les plus solides. Pour prendre un exemple dans un autre domaine que je connais bien, à savoir l’informatique, c’est exactement le cas pour un système d’exploitation.
    Microsoft pourrait mettre au travail un bataillon de programmeurs pendant des siècles qu’il n’arriverait pas à obtenir un windows sans bug car la couche de base (MSDOS) est trop médiocre. Heureusement le monde de l’entreprise commence à basculer en masse vers unix qui repose sur un noyau très simple, robuste et ouvert. Apple s’apprête à emboîter le pas l’an prochain avec le système Mac OS X.

    La couche la plus profonde, l’âme centrale de votre épée, celle qui fera que vous ‘sonnez’ vrai ou faux, est forgée dans votre prime enfance. C’est elle qui détermine si vous avez une nature comique, le sens de l’élégance, un homme à femmes, l’ami des enfants, etc.
    Ainsi, un manipulateur pourra répéter des heures, être un brillant technicien, mais s’il n’a pas l’élégance qui couronne le tout, il viendra enrichir le cimetière de ces nombreux ‘poulidors de la magie’. Il en est de même de tous ceux qui se construisent un numéro comique avec des effets achetés sans reflexion chez les marchands. Sans une véritable fibre comique, leur tentative est vouée à l’échec. Et Dieu sait qu’elle se paie cher, cette ‘vis comica’, ces ‘funny bones’ car dans mon cas personnel, je ne souhaite à personne d’être la cible des railleries de ses camarades pour avoir été le seul rouquin dans ma maternelle. Faire rire était la seule façon d’être accepté des autres.
    Quand je vois un Norbert FERRÉ qui a réussi à intégrer sa nature comique et la manipulation, eh bien, je lui tire mon chapeau bien bas.

    Ensuite vous y soudez votre couche adolescente. Chez moi, elle a été dessinée par l’athlétisme, en particulier le demi-fond. Pour vous ce sera sûrement autre chose. Entre 12 et 17 ans, je remportais toutes les courses longues de mon école (je sais qu’on a du mal à l’imaginer vu ma condition physique présente).
    Un numéro de concours, c’est le temps qu’il me fallait pour boucler un 3000 mètres et les deux sont comparables. Tout d’abord le trac. Arrivé à la magie sur le tard, j’ai été surpris de retrouver EXACTEMENT le même sensation qu’au départ d’une course de demi-fond alors que ce n’est pas du tout le cas dans un 100 mètres (où d’ailleurs il faut être décontracté pour pouvoir mouliner ses jambes rapidement). Le trac est là parce que vous savez que vous allez souffrir longtemps et c’est utile pour condenser votre énergie avant de la libérer.
    Le trac, je ne l’ai JAMAIS dans mes spectacles pour enfants ou en petit comité car je n’en ai pas besoin et ce serait d’ailleurs mauvais car il est vital que votre aisance et sympathie se propage dans le public. Par contre, devant 500 personnes et plus, c’est indispensable pour avoir de la PRÉSENCE. La présence, c’est rayonner une énergie invisible qui fait que l’ont vous regardera et écoutera dans un silence religieux. Cette énergie se condense dans les heures qui précèdent le numéro. Ici, j’avais la trouille depuis la veille car je n’avais aucune raison de penser qu’un texte olé olé puisse passer la rampe un dimanche matin à l’heure de la messe.

    Mon numéro est construit comme un 3000 mètres. Tout d’abord le départ doit être rapide (alors que tous les professeurs de gym disent le contraire !). Je me rappelle avoir gagné une course lors de mon service militaire à 23 ans en étant loin d’être le favori en prenant 200 mètres d’avance dans les deux premières minutes.
    En spectacle, un départ rapide, c’est faire applaudir les spectateurs très vite, généralement par un effet d’entrée fracassant...que je n’ai pas. Je l’ai remplacé par mon look en costume de gourou en entrant sur la musique de la FISM de LA HAYE 1988. Si les spectateurs n’ont pas pris l’habitude de vous applaudir dès le début, il ne le feront plus par la suite et vous aurez du mal à trouver le rythme de vos effets car c’est le public qui vous donne les temps par ses applaudissements.

Dans un concours, RIEN ne se passe idéalement, j’ai eu les pépins suivants :

    1- Le rideau ne ferme pas et les candidats doivent donc installer leur matériel devant le public. Impossible dans mon cas sous peine de casser mon entrée. Je dois confier mon matériel au présentateur (qui oubliera presque de l’installer)

    2- Pour le final, je dois monter sur la table. Pour ne pas salir le tapis, pas d’autre solution que de le faire enlever. Bref, si j’avais prévu un numéro avec servantes, lappings, etc. j’étais échec et mat.

    3- J’ai décidé de travailler pour le public et non pour le jury. Mais la table est malheureusement orientée moitié vers le public, moitié vers le jury. Par ailleurs, c’est grotesque mais il y a environ 40 personnes sur la scène pour seulement 10 juges officiels !! Tellement nombreux qu’ils bouchent la vue au public. Une seule solution : obtenir fermement de faire éloigner la table des juges et de la replacer face au public. Jean PASSE adoptera d’ailleurs ma stratégie pour son second passage qui lui vaudra un second prix mérité.

Cyril BRIERE    4- Je devais passer en cinquième position. Mais quelques minutes avant de passer, le candidat qui doit me précéder, Cyril BRIÈRE, n’est pas prêt ! On me signale que je vais devoir prendre son tour. Ce n’est pas mon intérêt car je désire être vu par un maximum de monde et les gens continuent à rentrer. Mais bon, je suis professionnel et davantage aguerri que ces espoirs talentueux. Il est de mon devoir de ne pas faire de vagues. Je dévale l’escalier quatre à quatre pour enfiler ma perruque, le reste étant heureusement prêt.

    Ces problèmes résolus, il y a DEUX règles fondamentales à ne JAMAIS transgresser : être VU et ENTENDU. Par exemple, le jeune Fabien MIRAULT qui concourait en moins de 16 ans ne s’est pas aperçu que son micro cravate ne fonctionnait pas. C’est 30% d’impact en moins. Dans ce cas, il aurait dû arrêter aussitôt son numéro. J’ai donc prêté une attention particulière à l’installation de ce micro.
    Il ne faut pas se leurrer, faire du close-up sans micro devant 400 personnes est suicidaire. Pour être vu, hormis le fait d’avoir fait déplacer la table, j’ai ajouté un peu de rouge à lèvres pour être plus expressif. En entrant je suis allé directement vers l’avant scène exécuter quelques pas de danses. Résultat des courses : j’ai réussi à obtenir un applaudissement nourri dès l’entrée sans faire de magie !

    Autre chose : être VU durant TOUT le numéro de close-up par une salle aussi grande exige avant tout de NE PAS FAIRE de close-up. Il faut être un extra-terrestre comme Lehnart GREEN ou BEBEL pour espérer obtenir un prix de close-up en restant assis de nos jours. Rester debout est un impératif, faire du salon est même fortement conseillé.

    Avant un concours, vous devez faire des choix. Ainsi, comment concilier l’impossible : pour une première, jouer simultanément un personnage tout en déclamant un texte en étant à moitié bègue sans avoir le droit à l’erreur (on sait jamais, il pourrait y avoir des avocats de la secte du Mandarom dans la salle mais là, c’est moi qui suis sûrement paranoïaque) tout en réalisant des techniques de cartes. Mon point fort : le personnage.
    Mon point faible, la cartomagie. N’importe quel professeur d’école vous dirait après un 16 en maths et un 7 en orthographe de travailler votre point faible : l’orthographe. Eh bien dans un contexte artistique, c’est une erreur ! Entre le personnage et la technique, il faut développer son point fort, à savoir ici le personnage. J’ai ainsi enlevé de mon programme initial certains effets comme le retour instantané du jeu dans l’étui. Et pourtant, en ne respectant pas cette règle de base lors dans mon final sur la table, j’ai commis une énorme erreur : les cartes ne sortaient pas bien de ma main et au lieu de tout bazarder et danser librement, je me suis accroché à mes vaines manipulations.

    Pour une seule et unique représentation, je n’ai pratiquement pas répété. Je n’avais JAMAIS essayé le costume et j’ai répété seulement une fois le texte tout en exécutant 3 tours pour une durée totale de 13 mn.
    J’ai donc enlevé un tour mais sans faire de nouveau chronométrage. Le texte était ma priorité et il ne m’était pas possible de surveiller à la fois ma diction, rester dans mon personnage et jongler avec des bouts de carton.

    Dans une course de fond, il faut à tout prix éviter de courir sur un faux rythme, c’est à dire alterner entre une course rapide et lente. Dans un numéro, c’est pareil. Mon personnage a un certain débit, une gestuelle qui doit rester constante. L’idéal serait même d’avoir un écart identique entre les rires ou les applaudissements pour obtenir un effet de résonance.
    Pour l’assurer, j’avais prévu deux tours parfaitement rôdés de mon répertoire en commençant par la carte à la commande que je pratique depuis trois ans. Mais dans le second numéro, la carte déchirée et reconstitué, j’étais trop obnubilé par l’enchaînement de mon tour et le rythme en a pâti. Encore une erreur…

    Il arrive parfois de se sentir bien au début de la course malgré un départ en trombe. Je pense souvent à une formule d’Eddy MERCKX après son record de l’heure à Mexico (ben oui, c’était mon époque) : "Partir à fond la caisse, s’installer dans la souffrance et compter sur son courage pour tenir". Cela signifie accélérer en prenant le risque ‘d’exploser’ (jargon du demi-fond) un peu plus tard.
    En concours, se sentir bien c’est avoir de la chance. Eh là, j’en ai malheureusement trop eu. La spectatrice nomme à chaque fois une bonne carte, la seconde fois en citant naturellement le rang de sa carte que je lui suggère par télépathie. Sur le coup, j’ai pensé à mon ange et pensé : "là tu en fais trop, je n’en demandais pas tant". Et au lieu de prendre confiance en moi et de continuer, eh bien le vieux routard que je suis, lauréat fism, premier prix afap, qui a déjà eu l’expérience des standings ovations pour des conneries, etc. a eu LES PÉTOCHES comme un bleu.
    Un peu comme si la trouille des heures précédentes venait de me rattraper. Et pourtant, les rares impros que je me suis autorisées étaient bonnes. Non, c’était vraiment la forme. Ce recul en arrière était impardonnable pour la raison suivante : en moins de 10 mn, il est illusoire d’espérer montrer toute sa technique. Il m’était donc facile de berner mon monde en m’arrangeant pour placer le peu de fioritures de mon répertoire dans ce court laps de temps.
    La carte à la demande est idéale car je choisis la méthode en fonction de la carte demandée avec une fioriture adaptée à chaque cas (retournement d’une main, change, filage, faux mélange, etc.). De plus, c’est au moins trois répliques de mon texte qui ont été ainsi gâchées par ma trouille dont malheureusement mon leitmotiv.

    En effet, il est toujours très commercial d’inclure un LEITMOTIV dans un numéro. J’avais choisi une réplique dont on ne pouvait saisir toutes les subtilités que peu à peu : "je l’ai acheté dans une boutique pas nette, pas chic et terne, tenue par un pachyderme". Un poème ridicule, concentré d’allitérations qui fait sourire la première fois, rire la seconde et plier en deux enfin, surtout avec la petite chorégraphie que j’avais préparé pour la circonstance. Encore un effet à l’eau. Mais quel con, quel con je suis !

    Une course de fond se gagne dans la dernière minute en plaçant son démarrage à la cloche (qui indique le dernier tour) pour finir de plus en plus fort. Problème : je n’ai évidemment pas de final, paresseux et nul comme je suis. A cette occasion, je me suis souvenu du grand prix de la FISM 88 Johnny Ace Palmer dont on n’a plus entendu jamais parler depuis.
    Il avait obtenu son grand prix de close-up en produisant des colombes à la fin de son numéro. Introduire ainsi au forceps et au mépris de toute logique des manipulations de scène dans un numéro de close-up était une jolie entourloupe.
    Ce mélange des genres est en fait tout à fait analogue aux sprints qui font la décision dans les longues courses. J’ai donc décidé d’ajouter moi aussi les deux misérables manipulations de scène que je connaisse à la fin de mon numéro. Malheureusement, je n’ai pas assuré sur le plan technique et comble de malheur, la caméra de Xavier HODGE était évidemment braquée sur ma main sous un angle destructeur.

    Je me suis aussi souvenu de l’australien Tim Ellis, second prix à la FISM de Yokohama en 1994 qui est monté sur la table à la fin de son numéro pour chanter un play-back sur le thème des six cartes. Il avait déjà obtenu un prix spécial à la FISM de Lausanne en 1991 avec le même numéro...en magie de scène.
    J’ai donc décidé de monter moi aussi sur la table pour faire mes conneries en remplaçant le play back par un zeste de musique techno. Une véritable escroquerie organisée vous dis-je ! Notez quand même qu’Ali Bongo , entré dans la salle à ce moment là est venu me dire par la suite "il faudrait que tous les close-up retiennent la leçon en vous voyant". Charmant, non ?

    Quelques lecteurs auront sûrement remarqué que je radote déjà et que j’ai déjà parlé de tout cela dans mon texte "comment avoir un grand numéro". Et alors ? J’ai bien le droit de profiter de mes propres conseils, non ?

    Allez, je vous remet une couche. Après celle de l’adolescence, c’est celle de l’âge adulte et la maturité. Savoir accepter ses défauts au point d’en faire une arme de plus, prendre conscience de ses limites, développer ses talents. L’écriture du texte fut pour moi tout à fait comparable aux lignes de programmes informatiques que j’aligne plusieurs heures par jour : précision, gribouillages, attention aux plus petits détails (même les allitérations et le nombre de syllabes sont importantes dans plusieurs phrases de mon boniment). Le texte était ma priorité et c’est le seul point (avec le costume) dont je suis plutôt satisfait.
    Cette couche, cela consiste tout simplement faire les tours que l’on sait faire, mais vous aurez compris à ce stade que c’est vraiment pour moi un détail même si la plupart d’entre nous persiste à penser que c’est la couche fondamentale qui fera d’eux un magicien. C’est aussi la SEULE couche que l’on peut vous dérober par la copie. Si votre magie repose uniquement sur elle, je comprend que vous cherchiez à vous protéger à tout prix.

    La dernière couche, la patine de votre épée pour lui donner son brillant, c’est la couche du présent que l’on va lustrer en dernière minute. Il est toujours très commercial (par opposition à ‘artistique’, mais quand on joue le rôle d’un gros cochon, il est dur de faire du lard) d’ajouter une référence à la petite note qui marquera le congrès. Il y en a toujours eu : ce fut par exemple les D-Lights à Tours, le refrain d’une chanson de MIKITO à Cannes en 1989, les effets d’artifices à La Haye en 88, les streamers à Lausanne en 91 (superbement exploité dans un numéro comique par l’artiste qui a déployé un streamer…vers l’arrière au lieu de le lancer vers le public !).
Docteur MARRAX    Ici, c’était clairement le bracelet anti-fraude. J’ai trouvé la réplique pendant les concours du samedi. Par ailleurs, en voyant le rire provoqué par le Dr MARRAX avec le mot "fourrer", je l’ai honteusement rajouté dans mon texte pour obtenir le même succès.

    Juste avant mon numéro, tout en regardant le premier candidat, j’ai aussi ajouté deux répliques en dernière minute : le don d’ubiquité du maître Zen qui se dédouble sur l’écran vidéo et les vingt gardes du corps sur la scène. Les effets ont porté mais au passage, j’ai oublié deux répliques dans mon texte.

    Vous vous dites : ben finalement, le Mimosa, il a tout piqué. C’est honteusement vrai mais comme on dit "Copier quelqu’un, c’est du plagiat, copier plusieurs, cela devient de la recherche" et Coluche lui même prenait notes des brèves de comptoir dans les cafés. Il suffit d’observer, de savoir regarder autour de soi. Et je n’ai pas fini de citer mes emprunts (c’est Daniel RHOD qui va être content…) :

    L’idée d’improviser une explication psychologique pour trouver la carte tenue en main par la spectatrice est d’Yves CARBONNIER. La réplique que j’ai empruntée pour la seule et unique fois de ma vie "Chérie, vous allez tirer une carte et la regarder. Remarquez, avec mes concupines, je fais l'inverse : je les regarde puis je les tire. Vous vous tirez d'abord et vous regardez ensuite" est de Jean MERLIN. Désolé Jean, mais elle avait trop bien sa place dans ce numéro.

    L’excellent tour de la carte déchirée est de Gaëtan BLOOM. J’ai eu l’occasion de la décortiquer au cours d’un atelier avec les membres du Cercle Français de l’Illusion. La production (que j’ai ratée) d’un main est inspirée de Patrick REYMOND.

    Le chapelet utilisé est le mien, il est super et en vente libre sur Internet sur le site www.virtualmagie.com. J’en suis plutôt fier. Ayant cessé trop tôt la carte à commande sans faire de mélange et inséré le tour de Bloom, toute la valeur de ce chapelet et l’impact final avec la séparation des rouges et noires (ces dernières en ordre) sont tombés à plat. Dommage.

    En sortant, j’ai pensé : si j’ai un troisième prix ce sera de justesse et sûrement pas grâce au niveau de cartomagie que j’ai montré même si je pense valoir mieux que cela. A la réflexion, obtenir un prix de cartomagie avec des techniques massacrées, c’est quand même un exploit ou alors c’est un encouragement du Jury dans mon sacerdoce.
    Je dois reconnaître que dans l’ombre j’ai été pas mal aidé en amont pour pouvoir présenter ce numéro dont j’avais annoncé la couleur. Les sectes font peur mais la résistance est là, je l’ai vue à l’œuvre. Merci à toutes ces personnes dont je ne peux citer les noms ici et ils sont nombreux.

    C’est tout. J’ai été sincère avec vous. Je sais que beaucoup auront trouvé des trucs mystiques ou débiles mais j’ai envie de leur dire : "et pourtant çà marche, et je sais pourquoi même si vous ne me croyez pas". J’ai aussi écrit un article ("idées fausses en magie") qui explique que l’on peut copier n’importe quoi avec succès si l’on comprend pourquoi çà marche.

    Ceux qui désirent connaître le boniment complet pourront se référer au greffe de mon prochain passage au tribunal du Mandarom ou contacter l’avocat de ceux qui me détestent. Et comme d’habitude, tout ce que je fais est du domaine public. Je suis le premier à m’amuser de bon cœur quand je vois mes tours présentés par les autres.

    Le grand gourou

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