| 34ème Congrès AFAP |
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Comment gagner un
prix de cartomagie sans même connaître Marlo |
par Mimosa
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Très touché par le renouveau des sectes en France en ce changement de millénaire où jai vu se perdre à jamais quelques jeunes de mon entourage, j'ai voulu réveiller les esprits de manière humoristique en parodiant le gourou (décédé récemment) de la secte du Mandarom, Gilbert BOURDIN, en minscrivant au concours de cartomagie du 34 ème congrès de lIllusion dIssy les moulineaux.
Ce n'était qu'un exercice de style et il était hors de question pour moi de m'embarquer dans un numéro de scène, du matériel, etc. surtout pour une unique représentation. La cartomagie est la plus économique des catégories des concours, alors allons y. Je ne suis jamais revenu bredouille dune dizaine de participations mais cette fois, je dois faire illusion dans une catégorie que je ne maîtrise pas.
Tout dabord, il eût été injuste
de se borner à déclamer un texte sans faire de magie en prenant
la place dun autre candidat vu que le nombre de places dans le concours
de close-up était limité à 8 seulement et que nombreux
sont ceux qui nont pu y participer, étant inscrit hors délai.
Alors que le close-up est à le vent en poupe, on a dédié
seulement deux heures à ce concours pour ne pas gêner lassemblée
générale qui suivait.
Au passage, je ne comprend pas que lorganisation
nest pas refusé des candidats passant avec deux numéros.
Enfin, quand on sinscrit dans un concours, ce doit être avec lintention
dy gagner un prix, sinon autant sabstenir.
Je dois aussi faire très attention. Les sectes sont partout et cest
incroyable le nombre de personnes qui se sentent visées quand on parle
des sectes et des gourous, même plus morts que vifs, comme dans le cas
de ma parodie. Il faut en effet savoir que les gourous sont, tout comme les
dictateurs, des PARANOIAQUES. Sachez quil sagit dune infirmité
tout comme lest le fait dêtre sourd ou aveugle, sauf que
cest moins repérable. En effet, le cerveau humain est une chose
incroyablement complexe.
Il existe par exemple une étonnante maladie du cortex
où le sujet reconnaît lutilité dun objet placé
dans sa main gauche sans pouvoir le nommer ("cela sert à couper")
tandis quau contraire, il dira ("cest un couteau") quand
cet objet sera placé dans sa main droite, mais il sera alors incapable
dexpliquer sa fonction !
Eh bien nos paranoïaques sont eux, incapables dattribuer plus dun sens à une phrase ou un acte. Ils sont ainsi insensible à toute forme dhumour reposant sur le double sens dun texte. Ne pouvant le comprendre, toute blague représente un missile de croisière qui leur est personnellement destiné. "pourquoi me regardez-vous ainsi ?" est lune de leur répartie favorite.
Un boniment comme le mien nest donc quun galimatias
indéchiffrable à leurs yeux. Ces malades sont le plus souvent
procéduriers, déambulent souvent en compagnie de leur avocat
pour les plus riches et engorgent les tribunaux où les textes de lois
sont censés navoir quune seule interprétation (ce
en quoi ils se trompent et perdent donc généralement leurs procès).
Mais soyons prudent.
Comme la plupart des gourous sont costumés de manière
identique et appliquent les mêmes recettes (privation de sommeil, esclaves
sexuelles, dépendance psychique, surveillance mutuelle, passages à
tabac), bon nombre dindividus peuvent à tort se croire concernés.
De toutes façons, lun des régisseurs du plateau est déjà
prêt à me couper le micro de la main gauche tout en fermant le
rideau de lautre. La psychose collective qui règne dans les coulisses
me fait limpression dêtre une vache folle que lon
emmène à labattoir. Lui montrer un extrait de mon boniment
ny changera rien
Je dois vraiment avoir lair vicieux dans mon costume de gourou car, tout comme Philippe ESCUDIÉ qui, trop convaincant dans son rôle dHerbert le pervers, avait eu un mal fou à dénicher deux spectatrices pour son numéro lors dun gala en juin dernier, une jeune fille présente dans les coulisses détournera constamment son regard du mien.
Avant de me lancer dans cette aventure, je me suis posé la question : pourquoi le fais tu ? pour ta gloire et ton ego ?, pour attaquer inutilement un gourou déjà mort ?, pour empêcher dautres jeunes daller dans les sectes ? Jai même demandé à mon ange gardien de me donner des signes si je devais poursuivre dans cette voie.
Peu de temps après, je suis entré par hasard aux Forum des Halles dans une boutique de gadgets et mon regard a été attiré par une sorte de fouet en forme de crinière à 70F et jai entendu : "voici laccessoire que tu cherches". Jai tout de suite compris car je navais pas le courage dinvestir 1700 F dans une véritable perruque et de ce moment, ma résolution de persévérer était prise contre vents et marées.
Maintenant, comment gagner un prix sans être cartomane ? Simplement grâce aux ficelles de lexpérience qui sont lapanage des vieux singes.
Depuis seize années, je réserve systématiquement la date du congrès de lAFAP (comme James HODGES dailleurs). Je délaisse volontiers les conférences et la foire aux trucs pour assister au concours de scène assis dans les premiers rangs. Perte de temps ? certes non. Tout artiste est, sans même sen rendre compte, un exhibitionniste et je vous jure quon peut y lire le livre ouvert de sa vie pendant ces dix minutes.
Pour gagner un prix, il faut savoir remonter la mécanique
en sens inverse : résumer sa vie en dix minutes. Un numéro est
le condensé de plusieurs strates significatives des périodes
de votre vie. Surtout, il est indispensable que les couches de base soit les
plus solides. Pour prendre un exemple dans un autre domaine que je connais
bien, à savoir linformatique, cest exactement le cas pour
un système dexploitation.
Microsoft pourrait mettre au travail un bataillon de programmeurs
pendant des siècles quil narriverait pas à obtenir
un windows sans bug car la couche de base (MSDOS) est trop médiocre.
Heureusement le monde de lentreprise commence à basculer en masse
vers unix qui repose sur un noyau très simple, robuste et ouvert. Apple
sapprête à emboîter le pas lan prochain avec
le système Mac OS X.
La couche la plus profonde, lâme centrale
de votre épée, celle qui fera que vous sonnez vrai
ou faux, est forgée dans votre prime enfance. Cest elle qui détermine
si vous avez une nature comique, le sens de lélégance,
un homme à femmes, lami des enfants, etc.
Ainsi, un manipulateur pourra répéter des
heures, être un brillant technicien, mais sil na pas lélégance
qui couronne le tout, il viendra enrichir le cimetière de ces nombreux
poulidors de la magie. Il en est de même de tous ceux qui
se construisent un numéro comique avec des effets achetés sans
reflexion chez les marchands. Sans une véritable fibre comique, leur
tentative est vouée à léchec. Et Dieu sait quelle
se paie cher, cette vis comica, ces funny bones car
dans mon cas personnel, je ne souhaite à personne dêtre
la cible des railleries de ses camarades pour avoir été le seul
rouquin dans ma maternelle. Faire rire était la seule façon
dêtre accepté des autres.
Quand je vois un Norbert FERRÉ qui a réussi
à intégrer sa nature comique et la manipulation, eh bien, je
lui tire mon chapeau bien bas.
Ensuite vous y soudez votre couche adolescente. Chez moi,
elle a été dessinée par lathlétisme, en
particulier le demi-fond. Pour vous ce sera sûrement autre chose. Entre
12 et 17 ans, je remportais toutes les courses longues de mon école
(je sais quon a du mal à limaginer vu ma condition physique
présente).
Un numéro de concours, cest le temps quil
me fallait pour boucler un 3000 mètres et les deux sont comparables.
Tout dabord le trac. Arrivé à la magie sur le tard, jai
été surpris de retrouver EXACTEMENT le même sensation
quau départ dune course de demi-fond alors que ce nest
pas du tout le cas dans un 100 mètres (où dailleurs il
faut être décontracté pour pouvoir mouliner ses jambes
rapidement). Le trac est là parce que vous savez que vous allez souffrir
longtemps et cest utile pour condenser votre énergie avant de
la libérer.
Le trac, je ne lai JAMAIS dans mes spectacles pour
enfants ou en petit comité car je nen ai pas besoin et ce serait
dailleurs mauvais car il est vital que votre aisance et sympathie se
propage dans le public. Par contre, devant 500 personnes et plus, cest
indispensable pour avoir de la PRÉSENCE. La présence, cest
rayonner une énergie invisible qui fait que lont vous regardera
et écoutera dans un silence religieux. Cette énergie se condense
dans les heures qui précèdent le numéro. Ici, javais
la trouille depuis la veille car je navais aucune raison de penser quun
texte olé olé puisse passer la rampe un dimanche matin à
lheure de la messe.
Mon numéro est construit comme un 3000 mètres.
Tout dabord le départ doit être rapide (alors que tous
les professeurs de gym disent le contraire !). Je me rappelle avoir gagné
une course lors de mon service militaire à 23 ans en étant loin
dêtre le favori en prenant 200 mètres davance dans
les deux premières minutes.
En spectacle, un départ rapide, cest faire
applaudir les spectateurs très vite, généralement par
un effet dentrée fracassant...que je nai pas. Je lai
remplacé par mon look en costume de gourou en entrant sur la musique
de la FISM de LA HAYE 1988. Si les spectateurs nont pas pris lhabitude
de vous applaudir dès le début, il ne le feront plus par la
suite et vous aurez du mal à trouver le rythme de vos effets car cest
le public qui vous donne les temps par ses applaudissements.
Dans un concours, RIEN ne se passe idéalement, jai eu les pépins suivants :
1- Le rideau ne ferme pas et les candidats doivent donc installer leur matériel devant le public. Impossible dans mon cas sous peine de casser mon entrée. Je dois confier mon matériel au présentateur (qui oubliera presque de linstaller)
2- Pour le final, je dois monter sur la table. Pour ne pas salir le tapis, pas dautre solution que de le faire enlever. Bref, si javais prévu un numéro avec servantes, lappings, etc. jétais échec et mat.
3- Jai décidé de travailler pour le public et non pour le jury. Mais la table est malheureusement orientée moitié vers le public, moitié vers le jury. Par ailleurs, cest grotesque mais il y a environ 40 personnes sur la scène pour seulement 10 juges officiels !! Tellement nombreux quils bouchent la vue au public. Une seule solution : obtenir fermement de faire éloigner la table des juges et de la replacer face au public. Jean PASSE adoptera dailleurs ma stratégie pour son second passage qui lui vaudra un second prix mérité.
4- Je devais passer en cinquième position. Mais quelques minutes avant
de passer, le candidat qui doit me précéder, Cyril BRIÈRE,
nest pas prêt ! On me signale que je vais devoir prendre son tour.
Ce nest pas mon intérêt car je désire être
vu par un maximum de monde et les gens continuent à rentrer. Mais bon,
je suis professionnel et davantage aguerri que ces espoirs talentueux. Il
est de mon devoir de ne pas faire de vagues. Je dévale lescalier
quatre à quatre pour enfiler ma perruque, le reste étant heureusement
prêt.
Ces problèmes résolus, il y a DEUX règles
fondamentales à ne JAMAIS transgresser : être VU et ENTENDU.
Par exemple, le jeune Fabien MIRAULT qui concourait en moins de 16
ans ne sest pas aperçu que son micro cravate ne fonctionnait
pas. Cest 30% dimpact en moins. Dans ce cas, il aurait dû
arrêter aussitôt son numéro. Jai donc prêté
une attention particulière à linstallation de ce micro.
Il ne faut pas se leurrer, faire du close-up sans micro
devant 400 personnes est suicidaire. Pour être vu, hormis le fait davoir
fait déplacer la table, jai ajouté un peu de rouge à
lèvres pour être plus expressif. En entrant je suis allé
directement vers lavant scène exécuter quelques pas de
danses. Résultat des courses : jai réussi à obtenir
un applaudissement nourri dès lentrée sans faire de magie
!
Autre chose : être VU durant TOUT le numéro de close-up par une salle aussi grande exige avant tout de NE PAS FAIRE de close-up. Il faut être un extra-terrestre comme Lehnart GREEN ou BEBEL pour espérer obtenir un prix de close-up en restant assis de nos jours. Rester debout est un impératif, faire du salon est même fortement conseillé.
Avant un concours, vous devez faire des choix. Ainsi,
comment concilier limpossible : pour une première, jouer simultanément
un personnage tout en déclamant un texte en étant à moitié
bègue sans avoir le droit à lerreur (on sait jamais, il
pourrait y avoir des avocats de la secte du Mandarom dans la salle mais là,
cest moi qui suis sûrement paranoïaque) tout en réalisant
des techniques de cartes. Mon point fort : le personnage.
Mon point faible, la cartomagie. Nimporte quel professeur
décole vous dirait après un 16 en maths et un 7 en orthographe
de travailler votre point faible : lorthographe. Eh bien dans un contexte
artistique, cest une erreur ! Entre le personnage et la technique, il
faut développer son point fort, à savoir ici le personnage.
Jai ainsi enlevé de mon programme initial certains effets comme
le retour instantané du jeu dans létui. Et pourtant, en
ne respectant pas cette règle de base lors dans mon final sur la table,
jai commis une énorme erreur : les cartes ne sortaient pas bien
de ma main et au lieu de tout bazarder et danser librement, je me suis accroché
à mes vaines manipulations.
Pour une seule et unique représentation, je nai
pratiquement pas répété. Je navais JAMAIS essayé
le costume et jai répété seulement une fois le
texte tout en exécutant 3 tours pour une durée totale de 13
mn.
Jai donc enlevé un tour mais sans faire de
nouveau chronométrage. Le texte était ma priorité et
il ne métait pas possible de surveiller à la fois ma diction,
rester dans mon personnage et jongler avec des bouts de carton.
Dans une course de fond, il faut à tout prix éviter
de courir sur un faux rythme, cest à dire alterner entre une
course rapide et lente. Dans un numéro, cest pareil. Mon personnage
a un certain débit, une gestuelle qui doit rester constante. Lidéal
serait même davoir un écart identique entre les rires ou
les applaudissements pour obtenir un effet de résonance.
Pour lassurer, javais prévu deux tours
parfaitement rôdés de mon répertoire en commençant
par la carte à la commande que je pratique depuis trois ans. Mais dans
le second numéro, la carte déchirée et reconstitué,
jétais trop obnubilé par lenchaînement de
mon tour et le rythme en a pâti. Encore une erreur
Il arrive parfois de se sentir bien au début de
la course malgré un départ en trombe. Je pense souvent à
une formule dEddy MERCKX après son record de lheure
à Mexico (ben oui, cétait mon époque) : "Partir
à fond la caisse, sinstaller dans la souffrance et compter sur
son courage pour tenir". Cela signifie accélérer en prenant
le risque dexploser (jargon du demi-fond) un peu plus tard.
En concours, se sentir bien cest avoir de la chance.
Eh là, jen ai malheureusement trop eu. La spectatrice nomme à
chaque fois une bonne carte, la seconde fois en citant naturellement le rang
de sa carte que je lui suggère par télépathie. Sur le
coup, jai pensé à mon ange et pensé : "là
tu en fais trop, je nen demandais pas tant". Et au lieu de prendre
confiance en moi et de continuer, eh bien le vieux routard que je suis, lauréat
fism, premier prix afap, qui a déjà eu lexpérience
des standings ovations pour des conneries, etc. a eu LES PÉTOCHES comme
un bleu.
Un peu comme si la trouille des heures précédentes
venait de me rattraper. Et pourtant, les rares impros que je me suis autorisées
étaient bonnes. Non, cétait vraiment la forme. Ce recul
en arrière était impardonnable pour la raison suivante : en
moins de 10 mn, il est illusoire despérer montrer toute sa technique.
Il métait donc facile de berner mon monde en marrangeant
pour placer le peu de fioritures de mon répertoire dans ce court laps
de temps.
La carte à la demande est idéale car je choisis
la méthode en fonction de la carte demandée avec une fioriture
adaptée à chaque cas (retournement dune main, change,
filage, faux mélange, etc.). De plus, cest au moins trois répliques
de mon texte qui ont été ainsi gâchées par ma trouille
dont malheureusement mon leitmotiv.
En effet, il est toujours très commercial dinclure un LEITMOTIV dans un numéro. Javais choisi une réplique dont on ne pouvait saisir toutes les subtilités que peu à peu : "je lai acheté dans une boutique pas nette, pas chic et terne, tenue par un pachyderme". Un poème ridicule, concentré dallitérations qui fait sourire la première fois, rire la seconde et plier en deux enfin, surtout avec la petite chorégraphie que javais préparé pour la circonstance. Encore un effet à leau. Mais quel con, quel con je suis !
Une course de fond se gagne dans la dernière minute
en plaçant son démarrage à la cloche (qui indique le
dernier tour) pour finir de plus en plus fort. Problème : je nai
évidemment pas de final, paresseux et nul comme je suis. A cette occasion,
je me suis souvenu du grand prix de la FISM 88 Johnny Ace Palmer dont
on na plus entendu jamais parler depuis.
Il avait obtenu son grand prix de close-up en produisant
des colombes à la fin de son numéro. Introduire ainsi au forceps
et au mépris de toute logique des manipulations de scène dans
un numéro de close-up était une jolie entourloupe.
Ce mélange des genres est en fait tout à
fait analogue aux sprints qui font la décision dans les longues courses.
Jai donc décidé dajouter moi aussi les deux misérables
manipulations de scène que je connaisse à la fin de mon numéro.
Malheureusement, je nai pas assuré sur le plan technique et comble
de malheur, la caméra de Xavier HODGE était évidemment
braquée sur ma main sous un angle destructeur.
Je me suis aussi souvenu de laustralien Tim Ellis,
second prix à la FISM de Yokohama en 1994 qui est monté sur
la table à la fin de son numéro pour chanter un play-back sur
le thème des six cartes. Il avait déjà obtenu un prix
spécial à la FISM de Lausanne en 1991 avec le même numéro...en
magie de scène.
Jai donc décidé de monter moi aussi
sur la table pour faire mes conneries en remplaçant le play back par
un zeste de musique techno. Une véritable escroquerie organisée
vous dis-je ! Notez quand même quAli Bongo , entré
dans la salle à ce moment là est venu me dire par la suite "il
faudrait que tous les close-up retiennent la leçon en vous voyant".
Charmant, non ?
Quelques lecteurs auront sûrement remarqué que je radote déjà et que jai déjà parlé de tout cela dans mon texte "comment avoir un grand numéro". Et alors ? Jai bien le droit de profiter de mes propres conseils, non ?
Allez, je vous remet une couche. Après celle de
ladolescence, cest celle de lâge adulte et la maturité.
Savoir accepter ses défauts au point den faire une arme de plus,
prendre conscience de ses limites, développer ses talents. Lécriture
du texte fut pour moi tout à fait comparable aux lignes de programmes
informatiques que jaligne plusieurs heures par jour : précision,
gribouillages, attention aux plus petits détails (même les allitérations
et le nombre de syllabes sont importantes dans plusieurs phrases de mon boniment).
Le texte était ma priorité et cest le seul point (avec
le costume) dont je suis plutôt satisfait.
Cette couche, cela consiste tout simplement faire les tours
que lon sait faire, mais vous aurez compris à ce stade que cest
vraiment pour moi un détail même si la plupart dentre nous
persiste à penser que cest la couche fondamentale qui fera deux
un magicien. Cest aussi la SEULE couche que lon peut vous dérober
par la copie. Si votre magie repose uniquement sur elle, je comprend que vous
cherchiez à vous protéger à tout prix.
La dernière couche, la patine de votre épée
pour lui donner son brillant, cest la couche du présent que lon
va lustrer en dernière minute. Il est toujours très commercial
(par opposition à artistique, mais quand on joue le rôle
dun gros cochon, il est dur de faire du lard) dajouter une référence
à la petite note qui marquera le congrès. Il y en a toujours
eu : ce fut par exemple les D-Lights à Tours, le refrain dune
chanson de MIKITO à Cannes en 1989, les effets dartifices à
La Haye en 88, les streamers à Lausanne en 91 (superbement exploité
dans un numéro comique par lartiste qui a déployé
un streamer
vers larrière au lieu de le lancer vers le public
!).
Ici, cétait clairement le bracelet anti-fraude. Jai trouvé
la réplique pendant les concours du samedi. Par ailleurs, en voyant
le rire provoqué par le Dr MARRAX avec le mot "fourrer",
je lai honteusement rajouté dans mon texte pour obtenir le même
succès.
Juste avant mon numéro, tout en regardant le premier candidat, jai aussi ajouté deux répliques en dernière minute : le don dubiquité du maître Zen qui se dédouble sur lécran vidéo et les vingt gardes du corps sur la scène. Les effets ont porté mais au passage, jai oublié deux répliques dans mon texte.
Vous vous dites : ben finalement, le Mimosa, il a tout piqué. Cest honteusement vrai mais comme on dit "Copier quelquun, cest du plagiat, copier plusieurs, cela devient de la recherche" et Coluche lui même prenait notes des brèves de comptoir dans les cafés. Il suffit dobserver, de savoir regarder autour de soi. Et je nai pas fini de citer mes emprunts (cest Daniel RHOD qui va être content ) :
Lidée dimproviser une explication psychologique pour trouver la carte tenue en main par la spectatrice est dYves CARBONNIER. La réplique que jai empruntée pour la seule et unique fois de ma vie "Chérie, vous allez tirer une carte et la regarder. Remarquez, avec mes concupines, je fais l'inverse : je les regarde puis je les tire. Vous vous tirez d'abord et vous regardez ensuite" est de Jean MERLIN. Désolé Jean, mais elle avait trop bien sa place dans ce numéro.
Lexcellent tour de la carte déchirée est de Gaëtan BLOOM. Jai eu loccasion de la décortiquer au cours dun atelier avec les membres du Cercle Français de lIllusion. La production (que jai ratée) dun main est inspirée de Patrick REYMOND.
Le chapelet utilisé est le mien, il est super et en vente libre sur Internet sur le site www.virtualmagie.com. Jen suis plutôt fier. Ayant cessé trop tôt la carte à commande sans faire de mélange et inséré le tour de Bloom, toute la valeur de ce chapelet et limpact final avec la séparation des rouges et noires (ces dernières en ordre) sont tombés à plat. Dommage.
En sortant, jai pensé : si jai un troisième
prix ce sera de justesse et sûrement pas grâce au niveau de cartomagie
que jai montré même si je pense valoir mieux que cela.
A la réflexion, obtenir un prix de cartomagie avec des techniques massacrées,
cest quand même un exploit ou alors cest un encouragement
du Jury dans mon sacerdoce.
Je dois reconnaître que dans lombre jai
été pas mal aidé en amont pour pouvoir présenter
ce numéro dont javais annoncé la couleur. Les sectes font
peur mais la résistance est là, je lai vue à luvre.
Merci à toutes ces personnes dont je ne peux citer les noms ici et
ils sont nombreux.
Cest tout. Jai été sincère avec vous. Je sais que beaucoup auront trouvé des trucs mystiques ou débiles mais jai envie de leur dire : "et pourtant çà marche, et je sais pourquoi même si vous ne me croyez pas". Jai aussi écrit un article ("idées fausses en magie") qui explique que lon peut copier nimporte quoi avec succès si lon comprend pourquoi çà marche.
Ceux qui désirent connaître le boniment complet pourront se référer au greffe de mon prochain passage au tribunal du Mandarom ou contacter lavocat de ceux qui me détestent. Et comme dhabitude, tout ce que je fais est du domaine public. Je suis le premier à mamuser de bon cur quand je vois mes tours présentés par les autres.
Le grand gourou
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